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Chapitre 814 minAvancé

Durcir le domaine : NTLM, LLMNR, SMBv1, signatures et RC4

Par Josselyn C., prof de BTS SIO. Mis à jour le .

À la fin de ce chapitre, tu sauras

  • auditer puis restreindre NTLM par GPO ;
  • désactiver LLMNR, NetBIOS et SMBv1 et exiger les signatures ;
  • repérer les comptes qui exigent encore RC4 ;
  • appliquer une baseline de sécurité aux contrôleurs et aux postes.

4 exercices corrigés

Durcir un domaine, c'est fermer les portes que des protocoles anciens, gardés pour la compatibilité, laissent ouvertes : NTLM, LLMNR et NetBIOS, SMBv1, les échanges non signés, le chiffrement RC4. Chacun est une faiblesse connue, exploitée par les attaques du chapitre 3. Ce chapitre explique le risque de chacun et la mesure qui le ferme, en suivant toujours la même prudence : auditer avant de restreindre, pour ne pas couper un service qui en dépend encore.

La méthode : auditer, puis restreindre

Un durcissement brutal casse des applications et retombe sur le service informatique. La bonne démarche, pour chaque protocole :

  1. Auditer : activer le journal qui enregistre les usages, laisser tourner quelques semaines, repérer qui utilise le protocole et pourquoi.
  2. Corriger les dépendances : mettre à jour ou reconfigurer les applications et équipements concernés.
  3. Restreindre par étapes, en commençant par un périmètre de test, en gardant une porte de secours.
  4. Vérifier que plus personne n'utilise le protocole, puis le couper.

NTLM : auditer puis restreindre

NTLM (chapitre 2) est vulnérable au pass-the-hash et au relais. Microsoft l'a déclaré obsolète et prévoit de le désactiver sur le réseau par défaut dans une prochaine version de Windows Server ; en attendant, on le restreint.

NTLMv1 a été supprimé de Windows 11 24H2 et de Windows Server 2025 : ces systèmes ne l'acceptent plus. Il reste des traces de sa cryptographie dans certains scénarios (l'authentification MS-CHAPv2 du Wi-Fi ou du VPN par exemple) ; Microsoft les ferme par le réglage BlockNtlmv1SSO, dont la valeur par défaut passe en mode blocage avec la mise à jour d'octobre 2026 sur les systèmes éligibles.

NTLMv2 reste présent et actif. On procède par l'audit, avec les stratégies Sécurité réseau : restreindre NTLM (Configuration ordinateur > Stratégies > Paramètres Windows > Paramètres de sécurité > Stratégies locales > Options de sécurité) :

ÉtapeStratégieValeur
Auditer, sur les serveursRestreindre NTLM : auditer le trafic NTLM entrantActiver la vérification pour tous les comptes
Auditer, sur les contrôleursRestreindre NTLM : auditer l'authentification NTLM dans ce domaineActiver pour tous
Lire les tracesJournal Microsoft > Windows > NTLM > Operational (événements 8001 à 8004 : qui, vers quel serveur, pour quel service)—
Restreindre, ensuiteRestreindre NTLM : trafic NTLM entrant puis ... sortant vers des serveurs distantsRefuser, avec une liste d'exceptions pour les serveurs encore dépendants

Le réglage niveau d'authentification LAN Manager (LmCompatibilityLevel) doit être à « Envoyer uniquement des réponses NTLMv2, refuser LM et NTLM » (valeur 5) : il interdit les versions les plus faibles. Le groupe Protected Users (chapitre 5) refuse déjà NTLM pour ses membres : c'est la première restriction à poser, sur les comptes d'administration.

LLMNR et NetBIOS : couper les résolutions de secours

Quand un poste ne résout pas un nom par le DNS, Windows essaie, par défaut, deux mécanismes de secours qui diffusent la question à tout le réseau local : LLMNR (Link-Local Multicast Name Resolution) et NetBIOS sur TCP/IP. Un attaquant sur le même réseau répond « c'est moi » à ces questions et capture l'authentification NTLM du poste, qu'il peut relayer. C'est l'empoisonnement LLMNR/NBT-NS, l'un des premiers gestes d'un attaquant interne. Ces mécanismes ne servent presque jamais dans un domaine, où le DNS d'Active Directory fait le travail.

Couper LLMNR par GPO : Configuration ordinateur > Stratégies > Modèles d'administration > Réseau > Client DNS > Désactiver la résolution de noms multidiffusion (Turn off multicast name resolution) → Activé.

Couper NetBIOS sur TCP/IP : historiquement via les options DHCP ou les propriétés de la carte réseau. Depuis Windows 11 24H2 et Windows Server 2025, une GPO le règle proprement : Réseau > Paramètres NetBT > Configurer NetBIOS → désactivé. On vérifie ensuite qu'aucune application ancienne ne dépend de la résolution NetBIOS (partages désignés par un nom court non qualifié, vieux logiciels).

SMBv1 et la signature SMB

SMBv1 est la version du protocole de partage de fichiers exploitée par le ver WannaCry en 2017. Elle ne doit plus être installée ; elle ne l'est plus par défaut depuis Windows 10 1709 et Windows Server 2019. On vérifie son absence :

powershell
Get-WindowsOptionalFeature -Online -FeatureName SMB1Protocol | Select-Object State
# Si Enabled, la désinstaller :
Disable-WindowsOptionalFeature -Online -FeatureName SMB1Protocol -NoRestart

La signature SMB empêche de relayer ou de modifier un échange de partage : chaque paquet est signé. Depuis Windows 11 24H2 (éditions Professionnel, Entreprise et Éducation), la signature est exigée par défaut pour les connexions SMB sortantes et entrantes ; Windows Server 2025 ne l'exige par défaut que pour les connexions sortantes (avant, elle ne l'était que pour les partages SYSVOL et NETLOGON des contrôleurs). Sur les serveurs de fichiers comme srv-fichiers, on l'exige donc par GPO côté serveur : Options de sécurité > Serveur réseau Microsoft : communications signées numériquement (toujours) → Activé. Côté client, le réglage symétrique est Client réseau Microsoft : communications signées numériquement (toujours), utile sur les postes plus anciens. Vérification sur le serveur : Get-SmbServerConfiguration | Format-List RequireSecuritySignature.

La signature LDAP et la liaison de canal

Les contrôleurs de domaine répondent aux requêtes LDAP sur le port 389. Sans signature, un attaquant peut relayer ou modifier ces échanges. Deux protections :

  • la signature LDAP (LDAP server signing requirements), qui signe les échanges ;
  • la liaison de canal LDAP (channel binding), qui lie l'authentification au canal TLS, contre le relais vers LDAPS.

Sur une nouvelle forêt en Windows Server 2025, la signature LDAP est exigée par défaut et la liaison de canal est activée « quand elle est prise en charge ». Sur un domaine plus ancien mis à niveau, ces réglages ne changent pas tout seuls : on les impose par la GPO des contrôleurs (Options de sécurité > Contrôleur de domaine : exigences de signature du serveur LDAP → Exiger la signature), après avoir vérifié dans le journal Service d'annuaire (Directory Service) des contrôleurs qu'aucun client n'envoie encore de requêtes non signées : l'événement 2887 en donne le nombre chaque jour, et l'événement 2889 l'adresse de chaque client fautif une fois la journalisation de diagnostic « 16 LDAP Interface Events » réglée à 2. Pour la liaison de canal, ce sont les événements 3074 et 3075 qui signalent les clients non conformes. Le cours Authentification rappelle pourquoi toute application qui interroge l'annuaire doit passer par LDAPS.

RC4 et DES dans Kerberos

RC4 rend un ticket Kerberos cassable hors ligne (chapitre 2) et facilite le Kerberoasting ; DES est encore plus faible. Microsoft a retiré RC4 par étapes : depuis les mises à jour d'avril 2026, les contrôleurs de domaine n'émettent plus par défaut que des tickets AES pour les comptes dont l'attribut msDS-SupportedEncryptionTypes n'est pas renseigné, et depuis juillet 2026 le retour en arrière par une clé de registre a disparu (changements liés à la CVE-2026-20833). Avant de couper RC4 complètement, on repère ce qui l'exige encore :

  • les événements 201 à 209 du journal Système des contrôleurs (source KDCSVC) signalent les comptes et clients qui demandent ou n'acceptent que RC4 ;
  • l'attribut msDS-SupportedEncryptionTypes de chaque compte dit quels chiffrements il accepte ;
  • les applications et équipements anciens (NAS, imprimantes, logiciels Java mal configurés) sont les coupables habituels.
powershell
# Comptes qui autorisent encore DES ou RC4 (bits 0x1, 0x2 et 0x4 de msDS-SupportedEncryptionTypes)
Get-ADObject -LDAPFilter '(msDS-SupportedEncryptionTypes:1.2.840.113556.1.4.804:=7)' `
    -Properties msDS-SupportedEncryptionTypes, samAccountName |
    Select-Object samAccountName, msDS-SupportedEncryptionTypes

Le filtre utilise la règle de comparaison LDAP « OU bit à bit » (1.2.840.113556.1.4.804) : il retient les comptes dont l'attribut a au moins un des bits de la valeur 7 (DES-CBC-CRC, DES-CBC-MD5, RC4). Les comptes où l'attribut est vide n'apparaissent pas : depuis avril 2026, ils reçoivent de l'AES par défaut.

On corrige chaque cas (mettre à jour l'équipement, régler le compte en AES), puis on retire RC4 de la liste des chiffrements autorisés du domaine.

Fermer les autres portes

ÉlémentRisqueMesure
Spouleur d'impression sur les contrôleursVulnérabilités d'impression (PrintNightmare), coercition d'authentification du contrôleurDésactiver le service Spouleur d'impression sur les contrôleurs de domaine (aucune impression n'y passe)
ms-DS-MachineAccountQuota à 10Tout utilisateur peut créer 10 comptes d'ordinateur, utile à plusieurs attaquesPasser à 0 ; déléguer la jonction au domaine au service informatique
Comptes et ordinateurs sous un système hors supportFailles connues jamais corrigéesMigrer ou isoler ; PingCastle les signale
WDigest (mot de passe en clair en mémoire)Vol du mot de passe en clair dans LSASSDésactivé par défaut depuis Windows 8.1/2012 R2 ; vérifier qu'il n'a pas été réactivé
Protection du processus LSASSVol des secrets en mémoireCredential Guard (actif par défaut sur Windows 11 22H2+ et Windows Server 2025 éligibles, sauf sur les contrôleurs, où il n'apporte rien) ; LSA Protection (RunAsPPL) sur les contrôleurs

Appliquer une baseline plutôt que régler à la main

Régler tous ces points un par un est long et source d'erreurs. Microsoft fournit des baselines de sécurité : des ensembles de GPO testés, à importer et à lier. Pour Windows Server 2025, on peut :

  • importer les GPO de la baseline livrée avec le Security Compliance Toolkit, les adapter, puis les lier aux OU (des contrôleurs, des serveurs, des postes), après test ;
  • ou, directement sur un serveur, appliquer la baseline avec OSConfig : Set-OSConfigDesiredConfiguration -Scenario SecurityBaseline/WS2025/DomainController -Default pour un contrôleur, et le scénario correspondant pour un serveur membre.

L'ANSSI complète ces baselines par ses recommandations (document de 2023 sur l'administration sécurisée) et ses points de contrôle (chapitre 4). On ne prend jamais une baseline telle quelle en production : on la teste, car certains réglages stricts cassent des usages légitimes.

Exercices

Exercice 1 sur 4 Auditer avant de couper NTLM Réussi À revoir

Antoine veut « couper NTLM tout de suite partout » après avoir lu un article sur le pass-the-hash. Explique pourquoi c'est risqué et décris la démarche correcte en quatre étapes.

Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 1

Risque. Beaucoup d'usages légitimes reposent encore sur NTLM sans qu'on le sache : accès à des partages par adresse IP, applications anciennes, équipements (NAS, imprimantes) hors domaine, scripts. Couper NTLM d'un coup bloquerait ces accès et provoquerait une panne généralisée, dont le service informatique serait tenu responsable.

Démarche. (1) Auditer : activer les stratégies Restreindre NTLM : auditer... sur les contrôleurs et les serveurs, laisser tourner quelques semaines, lire le journal NTLM/Operational pour savoir qui utilise NTLM, vers quels serveurs et pour quels services. (2) Corriger les dépendances : utiliser les noms au lieu des adresses IP, mettre à jour ou remplacer les applications, joindre les équipements au domaine quand c'est possible. (3) Restreindre par étapes : d'abord refuser NTLM pour les comptes d'administration (groupe Protected Users), puis restreindre le trafic entrant et sortant avec une liste d'exceptions pour les serveurs encore dépendants. (4) Vérifier que le journal ne montre plus d'usage inattendu, puis resserrer les exceptions.

Tu avais trouvé ?

Exercice 2 sur 4 Empoisonnement LLMNR Réussi À revoir

Un stagiaire en sécurité, sur mandat, branche un portable sur le réseau des postes et constate qu'il reçoit des demandes de résolution de noms auxquelles il pourrait répondre pour capturer des authentifications. Quel mécanisme exploite-t-il, pourquoi fonctionne-t-il, et quelles deux mesures le bloquent ?

Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 2

Il exploite LLMNR (et NetBIOS sur TCP/IP), les mécanismes de résolution de noms de secours : quand un poste ne trouve pas un nom par le DNS (faute de frappe, nom court, partage disparu), il diffuse la question à tout le réseau local, et n'importe quelle machine peut répondre « c'est moi » et recevoir l'authentification NTLM du poste. Mesures : (1) désactiver LLMNR par GPO (Désactiver la résolution de noms multidiffusion → Activé) et NetBIOS sur TCP/IP ; (2) exiger la signature SMB et restreindre NTLM, pour que l'authentification capturée ne puisse être ni rejouée ni relayée. On y ajoute la segmentation réseau (VLAN) et la sécurité des ports des switchs, qui limitent ce qu'un poste pirate peut atteindre (cours Cybersécurité des infrastructures).

Tu avais trouvé ?

Exercice 3 sur 4 Repérer ce qui exige RC4 Réussi À revoir

Après les mises à jour de 2026, les journaux Système des contrôleurs de Sorbier montrent des événements KDCSVC 201 pour un compte svc-nas, utilisé par un boîtier de stockage ancien. Que signifie cet événement, quel est le risque, et comment traiter le cas sans couper l'accès au stockage ?

Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 3

L'événement 201 indique qu'un client (ici le boîtier NAS, via le compte svc-nas) demande ou n'accepte que le chiffrement RC4 pour Kerberos, alors que les contrôleurs émettent désormais de l'AES par défaut. Risque : les tickets de ce compte restent cassables hors ligne (Kerberoasting), et RC4 est déprécié. Traitement sans coupure : d'abord vérifier si le NAS sait faire de l'AES (mise à jour de son firmware, réglage Kerberos) ; si oui, l'activer et régler msDS-SupportedEncryptionTypes du compte sur AES uniquement. Si le NAS ne sait vraiment faire que du RC4, le laisser en RC4 explicitement sur ce seul compte (en renseignant RC4 dans son msDS-SupportedEncryptionTypes) le temps de le remplacer, en lui donnant un mot de passe très long et aucun privilège, et planifier son remplacement : une exception documentée et limitée vaut mieux qu'un retour global à RC4.

Tu avais trouvé ?

Exercice 4 sur 4 Classer des mesures de durcissement Réussi À revoir

Pour chaque mesure, dis si elle se règle plutôt par baseline/GPO de masse, par réglage ponctuel sur un objet, ou par vérification d'absence : (a) désactiver SMBv1 ; (b) passer ms-DS-MachineAccountQuota à 0 ; (c) exiger la signature SMB sur tous les postes ; (d) désactiver le spouleur sur les deux contrôleurs ; (e) décocher « Ne pas exiger de pré-authentification » sur trois comptes.

Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 4
  • (a) Vérification d'absence d'abord (il n'est plus installé par défaut), puis désinstallation ponctuelle là où il traîne.
  • (b) Réglage ponctuel sur l'objet domaine (un seul attribut à changer).
  • (c) Baseline/GPO de masse liée aux OU des postes : Client réseau Microsoft : communications signées numériquement (toujours) et, puisque les postes reçoivent aussi des connexions SMB (partages administratifs), Serveur réseau Microsoft : communications signées numériquement (toujours). Les postes Windows 11 24H2 Professionnel l'exigent déjà par défaut dans les deux sens ; la GPO rend la règle explicite pour tout le parc. Pour les serveurs de fichiers sous Windows Server 2025, qui n'exigent par défaut que la signature sortante, c'est le réglage Serveur qui compte, par une GPO liée à l'OU des serveurs.
  • (d) GPO liée à l'OU Domain Controllers (deux machines, mais on le fait par GPO pour que ce soit durable et documenté).
  • (e) Réglage ponctuel sur chacun des trois comptes.

Tu avais trouvé ?

Chapitre terminé !

Fais les 4 exercices avant de passer à la suite : c'est en t'entraînant que tout se fixe.

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