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Chapitre 1613 minIntermédiaire

AD CS : une autorité de certification d'entreprise

Par Josselyn C., prof de BTS SIO. Mis à jour le .

À la fin de ce chapitre, tu sauras

  • expliquer l'intérêt d'une autorité de certification interne ;
  • concevoir une hiérarchie à deux niveaux ;
  • publier un modèle et distribuer des certificats par GPO ;
  • diagnostiquer un problème de révocation et repérer un modèle dangereux.

4 exercices corrigés

AD CS (Active Directory Certificate Services, services de certificats Active Directory) est le rôle de Windows Server qui transforme un serveur en autorité de certification (AC) : il délivre, renouvelle et révoque les certificats électroniques des utilisateurs, des ordinateurs et des services de l'organisation, en s'appuyant sur l'annuaire. Ce chapitre explique à quoi sert une autorité interne, comment organiser sa hiérarchie, l'installer, publier des modèles de certificats, distribuer les certificats automatiquement par GPO, gérer la révocation et protéger l'autorité. Le fonctionnement des certificats et de la PKI (clés, signature, chaîne de confiance) est expliqué dans le chapitre Certificat électronique et PKI du cours Cryptographie.

À quoi sert une autorité de certification interne

Dans un réseau d'entreprise, beaucoup de services ont besoin d'un certificat :

UsageCertificat délivré àExemple chez Sorbier
LDAPS (LDAP chiffré, port 636)Chaque contrôleur de domaineLes applications qui interrogent l'annuaire en LDAPS
HTTPS interneLes serveurs web interneshttps://intranet.ad.sorbier.example, WSUS en HTTPS, Windows Admin Center
802.1X (Wi-Fi et filaire)Le serveur RADIUS (NPS), et les postes en EAP-TLSLe Wi-Fi des salariés (802.1X et RADIUS)
Bureau à distanceLes serveursPlus d'avertissement de certificat à la connexion
VPNLa passerelle et, parfois, les postesAuthentification des postes nomades
Signature de codeLes administrateursLes scripts PowerShell signés (chapitre 9)
Authentification forteLes utilisateursCartes à puce, Windows Hello Entreprise

Pourquoi pas une autorité publique ? Les autorités publiques ne délivrent plus de certificats pour des noms internes (ad.sorbier.example non publié, srv-ad, une adresse IP privée), chaque certificat a un coût et une durée de validité de plus en plus courte, et l'on ne maîtrise ni les modèles ni la révocation. Une autorité interne, elle, n'est reconnue que par les machines qui lui font confiance : c'est suffisant pour les postes et serveurs du domaine, qui reçoivent son certificat racine automatiquement, mais pas pour un site web public, qui garde un certificat d'une autorité publique.

Racine, autorité secondaire, entreprise ou autonome

Une PKI est une hiérarchie : l'autorité racine signe le certificat d'une ou plusieurs autorités secondaires (ou intermédiaires), qui signent les certificats des utilisateurs, des machines et des services. Un client fait confiance au certificat d'un serveur s'il remonte la chaîne jusqu'à une racine présente dans son magasin des autorités de certification racines de confiance.

AD CS propose deux types d'autorités :

AC d'entrepriseAC autonome
Lien avec l'annuaireMembre du domaine, intégrée à Active DirectoryIndépendante, peut être hors domaine
Modèles de certificatsOui : les demandes sont traitées selon des modèles et les autorisations de l'annuaireNon : chaque demande est validée à la main
Inscription automatiqueOui, par GPONon
Usage typiqueAutorité secondaire qui délivre les certificats au quotidienAutorité racine hors ligne

La hiérarchie recommandée, à deux niveaux :

  1. une AC racine autonome hors ligne : un serveur (souvent une machine virtuelle) qui n'est pas membre du domaine, éteint et débranché du réseau la plupart du temps. Il ne sert qu'à signer le certificat de l'autorité secondaire (pour 10 ans, par exemple) et à publier sa liste de révocation (une fois par an, par exemple). Sa clé privée ne court ainsi presque aucun risque ;
  2. une AC secondaire d'entreprise, en ligne, membre du domaine, qui délivre tous les certificats.

Une petite structure se contente parfois d'une seule AC racine d'entreprise en ligne. C'est plus simple, mais sa compromission oblige à reconstruire toute la PKI : à documenter comme un risque accepté.

Installer une autorité de certification d'entreprise

L'autorité de certification est une ressource du tier 0 (chapitre 13) : celui qui la contrôle peut délivrer un certificat d'authentification au nom de n'importe quel compte, administrateurs du domaine compris. On l'installe sur un serveur dédié, protégé comme un contrôleur de domaine, et on ne change ni son nom ni son appartenance au domaine après l'installation.

powershell
# Le rôle et la console
Install-WindowsFeature ADCS-Cert-Authority -IncludeManagementTools

# Une AC racine d'entreprise (cas simple, à un niveau) : clé RSA 4096, SHA-256, 10 ans
Install-AdcsCertificationAuthority -CAType EnterpriseRootCA -CACommonName "Sorbier-AC" `
    -KeyLength 4096 -HashAlgorithmName SHA256 -ValidityPeriod Years -ValidityPeriodUnits 10

Pour une autorité secondaire d'entreprise, on utilise -CAType EnterpriseSubordinateCA : l'installation produit une demande de certificat qu'on porte (sur un support amovible) jusqu'à l'AC racine hors ligne, qui la signe ; on installe ensuite le certificat signé sur l'autorité secondaire.

Les consoles : Autorité de certification (certsrv.msc) pour gérer l'autorité, les certificats délivrés et révoqués ; Modèles de certificats (certtmpl.msc) ; Certificats - ordinateur local (certlm.msc) sur chaque machine, pour voir ses certificats.

Une autorité d'entreprise publie son certificat dans l'annuaire : tous les membres du domaine lui font automatiquement confiance, sans rien installer sur les postes.

Les modèles de certificats

Un modèle définit ce que sera un certificat : son usage (authentification du serveur, du client, signature de code), sa durée de validité, la longueur de la clé, la façon dont le nom du sujet est construit, et qui a le droit de le demander. Windows fournit des modèles par défaut (Ordinateur, Utilisateur, Serveur Web, Contrôleur de domaine, Authentification Kerberos…).

La méthode :

  1. dans certtmpl.msc, dupliquer un modèle proche (ne modifie pas les modèles d'origine) : par exemple Serveur Web devient Sorbier - Serveur Web ;
  2. régler la durée de validité, la longueur de la clé et, dans l'onglet Nom du sujet, la façon dont le nom est fourni ;
  3. dans l'onglet Sécurité, donner Lecture et Inscrire (et Inscription automatique si besoin) au groupe concerné, par exemple GG_Serveurs_Web ;
  4. dans certsrv.msc, publier le modèle sur l'autorité : Modèles de certificats > Nouveau > Modèle de certificat à délivrer.

L'inscription automatique par GPO

Pour que les ordinateurs ou les utilisateurs obtiennent et renouvellent seuls leur certificat, on active l'inscription automatique :

  1. sur le modèle, donner Lecture, Inscrire et Inscription automatique au groupe concerné (par exemple Ordinateurs du domaine pour le modèle Ordinateur, utilisé par 802.1X) ;
  2. dans une GPO liée aux OU concernées : Configuration ordinateur > Stratégies > Paramètres Windows > Paramètres de sécurité > Stratégies de clé publique > Client des services de certificats - Inscription automatique : Activé, avec Renouveler les certificats expirés, mettre à jour les certificats en attente et supprimer les certificats révoqués et Mettre à jour les certificats qui utilisent les modèles de certificats cochés (la même stratégie existe en configuration utilisateur pour les certificats d'utilisateurs).
powershell
# Sur un poste : déclencher l'inscription automatique sans attendre
certutil -pulse

# Voir les certificats de l'ordinateur et leur date d'expiration
Get-ChildItem Cert:\LocalMachine\My | Select-Object Subject, NotAfter, Issuer

# Demander un certificat à partir d'un modèle publié (nom interne du modèle)
Get-Certificate -Template "SorbierServeurWeb" -DnsName "intranet.ad.sorbier.example" -CertStoreLocation Cert:\LocalMachine\My

Les contrôleurs de domaine obtiennent automatiquement un certificat dès qu'une AC d'entreprise existe : c'est ce qui active LDAPS sur le port 636, sans autre configuration.

La révocation : CRL et OCSP

Un certificat dont la clé a été volée, ou délivré par erreur, doit être révoqué avant son expiration : dans certsrv.msc, Certificats délivrés > clic droit > Toutes les tâches > Révoquer le certificat, avec un motif.

Les clients apprennent la révocation par deux moyens :

  • la liste de révocation de certificats (CRL), publiée régulièrement par l'autorité (chaque semaine par défaut, avec des CRL delta plus fréquentes), aux emplacements inscrits dans chaque certificat : les points de distribution de CRL (CDP), un chemin LDAP dans l'annuaire et une adresse HTTP ;
  • le répondeur en ligne (OCSP, service de rôle ADCS-Online-Cert), qui répond pour un certificat précis sans télécharger toute la liste.

Protéger et sauvegarder l'autorité

  • La clé privée de l'autorité est le bien le plus précieux de la PKI : protégée par un module matériel de sécurité (HSM) dans les grandes organisations, au minimum par l'accès restreint au serveur et le chiffrement de ses sauvegardes.
  • Sauvegarder régulièrement la clé, le certificat et la base de l'autorité : Backup-CARoleService -Path "D:\Sauvegardes\AC" -Password (Read-Host -AsSecureString), ou certutil -backup. Sans sauvegarde, la perte du serveur oblige à reconstruire toute la PKI et à redéployer tous les certificats.
  • Auditer l'autorité (demandes, délivrances, révocations, modifications de modèles) et collecter ces événements (chapitre 14).
  • Réviser régulièrement les modèles publiés et leurs autorisations d'inscription.

Exercices

Exercice 1 sur 4 Autorité publique ou interne ? Réussi À revoir

Pour chaque besoin de Sorbier, choisis entre un certificat d'une autorité publique et un certificat de l'AC d'entreprise, et justifie.

  1. Le site web public www.sorbier.example, consulté par les clients.
  2. Le serveur RADIUS du Wi-Fi des salariés, dont les postes sont tous membres du domaine.
  3. L'intranet intranet.ad.sorbier.example, consulté depuis les postes du domaine.
  4. Le portail de suivi des livraisons, consulté par les transporteurs partenaires depuis leurs propres ordinateurs.
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 1
  1. Autorité publique : les navigateurs des clients ne connaissent pas l'AC interne et afficheraient une erreur.
  2. AC d'entreprise : les postes du domaine lui font confiance automatiquement, et l'inscription automatique peut aussi fournir des certificats aux postes pour EAP-TLS.
  3. AC d'entreprise : nom interne, que les autorités publiques ne certifient pas, et postes qui font confiance à l'AC.
  4. Autorité publique : les ordinateurs des partenaires ne font pas confiance à l'AC interne, et leur faire installer la racine de Sorbier serait à la fois compliqué et dangereux (cette racine pourrait alors signer des certificats pour n'importe quel site à leurs yeux).

Tu avais trouvé ?

Exercice 2 sur 4 Le Wi-Fi qui ne marche plus Réussi À revoir

Lundi matin, aucun poste ne se connecte au Wi-Fi des salariés (802.1X en EAP-TLS : chaque poste présente un certificat délivré par l'AC d'entreprise). Rien n'a été modifié sur le serveur RADIUS. Le serveur web interne qui publie les CRL a été arrêté vendredi soir pour une maintenance qui s'est mal terminée.

  1. Quel est le lien entre les deux ?
  2. Quelle commande permet de le confirmer ?
  3. Que faire tout de suite, et pour la suite ?
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 2
  1. Le serveur RADIUS (NPS) vérifie la révocation du certificat de chaque poste en téléchargeant la CRL à l'adresse HTTP inscrite dans les certificats. Le serveur qui la publie est arrêté et la CRL en cache a expiré : NPS ne peut plus vérifier et refuse toutes les authentifications (le journal Sécurité de NPS montre des refus, événement 6273, avec un motif de révocation hors ligne).
  2. certutil -verify -urlfetch sur le certificat d'un poste (exporté en .cer) : la commande indique pour chaque point de distribution s'il est joignable et si la CRL est valide.
  3. Tout de suite : redémarrer le serveur web qui publie les CRL, ou republier la CRL à un autre emplacement déclaré dans les certificats. Pour la suite : publier les CRL à deux emplacements (LDAP et HTTP sur un serveur hautement disponible), envisager un répondeur OCSP, et superviser la date d'expiration des CRL.

Tu avais trouvé ?

Exercice 3 sur 4 Le modèle dangereux Réussi À revoir

En auditant l'AC de Sorbier, tu trouves un modèle Copie de Utilisateur publié, avec : usage « authentification du client », droit d'inscription pour Utilisateurs du domaine, et l'option Fournir dans la demande cochée dans l'onglet Nom du sujet. Explique le risque et propose une correction.

Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 3

Le risque. N'importe quel utilisateur du domaine peut demander à ce modèle un certificat d'authentification en indiquant lui-même le nom de n'importe quel compte, par exemple celui d'un administrateur du domaine, puis s'authentifier avec ce certificat sous l'identité de l'administrateur. C'est une élévation de privilèges directe, du simple utilisateur à l'administrateur du domaine.

La correction. Dépublier le modèle s'il n'a pas d'usage légitime. Sinon : construire le nom du sujet à partir des informations de l'annuaire (et non fourni par le demandeur), restreindre le droit d'inscription au seul groupe qui en a besoin, et exiger l'approbation d'un gestionnaire de certificats pour toute demande. Ensuite, vérifier dans l'autorité si des certificats ont déjà été délivrés avec ce modèle pour d'autres comptes que leur demandeur, et les révoquer.

Tu avais trouvé ?

Exercice 4 sur 4 Concevoir la hiérarchie Réussi À revoir

Une entreprise de 400 salariés veut déployer 802.1X en EAP-TLS sur tous ses postes, LDAPS et HTTPS interne. Propose une hiérarchie d'autorités de certification et justifie le rôle et l'état (en ligne ou hors ligne) de chacune.

Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 4

Une hiérarchie à deux niveaux :

  • une AC racine autonome hors ligne : non membre du domaine, éteinte la plupart du temps, elle signe le certificat de l'autorité secondaire (validité longue, par exemple 10 à 20 ans) et publie sa CRL une fois par an. Hors ligne, sa clé est presque inattaquable ; si l'autorité secondaire est compromise, on la révoque et on en recrée une sans toucher à la racine, déjà connue de tous les postes ;
  • une AC secondaire d'entreprise en ligne, membre du domaine, sur un serveur dédié de tier 0 : elle délivre les certificats des postes (modèle Ordinateur en inscription automatique pour EAP-TLS), des contrôleurs (LDAPS), des serveurs web et du serveur RADIUS, avec CRL publiée en HTTP et dans l'annuaire, et éventuellement un répondeur OCSP.

On ajoute la sauvegarde des deux autorités, l'audit de leurs événements et une revue des modèles publiés.

Tu avais trouvé ?

Chapitre terminé !

Fais les 4 exercices avant de passer à la suite : c'est en t'entraînant que tout se fixe.

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