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TP1re année18 livrables

Enquête cyber chez GSB

Une séance entière pour penser en défenseur : reconnaître ce qui est menacé, et le protéger pour de vrai.

Par Josselyn C., prof de BTS SIO. Publié le , mis à jour le .

Objectif
maîtriser la triade C · I · D et la mettre en pratique sur des cas réels
On manipule
analyses de cas, mots de passe, empreintes (PowerShell), hameçonnage, RGPD
Pré-requis
avoir vu les slides « La cybersécurité » · un poste Windows
Pour qui
SLAM et SISR, 1re année
Durée
environ 3 h

Compétences : C3.1 Protéger les données à caractère personnel, C3.3 Sécuriser les équipements et les usages des utilisateurs, C3.4 Garantir la disponibilité, l'intégrité et la confidentialité, C3.5 Assurer la cybersécurité d'une solution applicative

Aucune attaque réelle : on raisonne en défenseur. Avance à ton rythme — il y a largement de quoi remplir la séance.

Introduction — pourquoi on fait ça

Avant d'apprendre à attaquer (ça viendra), il faut comprendre ce qu'on défend. Un bon défenseur, devant n'importe quel incident, sait répondre à une seule question : qu'est-ce qui vient d'être menacé, et comment l'empêcher ? Toute cette séance muscle ce réflexe, sur le décor de notre laboratoire GSB, où les données de santé sont parmi les plus sensibles qui soient.

Ce que tu vas apprendre

NotionÀ quoi ça te sert
La triade C · I · Dnommer précisément ce qu'une menace fait tomber
Mots de passe & force brutejuger et fabriquer un secret réellement solide
Hachage & empreintecomprendre pourquoi on ne stocke jamais un mot de passe en clair, et prouver qu'un fichier est intact
Moindre privilègedonner le bon accès à la bonne personne
Sauvegarde 3-2-1 & ransomwaregarder un service en vie face à une attaque
Hameçonnage & RGPDrepérer la manipulation, protéger les données personnelles

Pré-requis

Aucune connaissance préalable en sécurité. Tu as besoin d'un poste Windows (pour les manips PowerShell) et d'un accès à un moteur de recherche (pour les enquêtes documentaires). C'est tout.

Vocabulaire express — les mots qu'on va répéter

MotTraduction
Pilierune des trois promesses de sécurité : C, I ou D
Menacece qui peut casser un pilier (vol, panne, falsification…)
Force bruteessayer tous les mots de passe possibles, un par un, à toute vitesse
Empreinte (hash)une « signature » calculée à partir d'un contenu, qui change du tout au tout si le contenu change
DCPdonnée à caractère personnel : toute info qui identifie quelqu'un

Mise en place — ton carnet d'enquête

Ta boussole : la triade C · I · D

Schéma : l'information · C — Confidentialité · I — Intégrité · D — Disponibilité

PilierLa promesseCe qui la casse
C — Confidentialitéseuls les ayants droit accèdent à l'infovol / fuite
I — Intégritél'info n'est pas modifiée en doucefalsification, suppression
D — Disponibilitél'info répond quand on en a besoinransomware, panne, saturation

Partie 1 — Reconnaître quel pilier tombe

Le réflexe de base de tout défenseur. On le muscle avec une méthode, un exemple décortiqué, puis tes propres cas.

1.1 — La méthode des trois questions

Devant un incident, pose-toi, dans l'ordre :

QuestionSi oui → pilier touché
Quelqu'un a-t-il vu une info sans en avoir le droit ?C — Confidentialité
Une info a-t-elle été modifiée ou supprimée sans autorisation ?I — Intégrité
Un service ou une donnée est-il devenu inaccessible ?D — Disponibilité

1.2 — Exemple travaillé (on le fait ensemble)

On applique la méthode :

Quelqu'un a-t-il VU sans droit ?     -> OUI (le visiteur lit des dossiers)   => C
Une info a-t-elle été MODIFIÉE ?     -> non (il ne fait que lire)
Un service est-il INACCESSIBLE ?     -> non (tout fonctionne)

Conclusion : pilier touché = C (Confidentialité). Remarque : le visiteur n'a rien cassé ni bloqué — pourtant c'est bien un incident de sécurité. Voir une donnée sans droit suffit.

1.3 — Comment ça marche : un incident peut casser DEUX piliers

Beaucoup d'attaques touchent plusieurs promesses à la fois. Décortiquons un ransomware :

Ransomware = il chiffre les fichiers
   -> on ne peut plus y accéder ............. D (Disponibilité) tombe
   -> ET souvent il copie les données avant de chiffrer
      (pour faire chantage) .................. C (Confidentialité) tombe aussi
   => un seul incident, deux piliers

D'où le réflexe : ne t'arrête pas au premier pilier trouvé, vérifie les trois questions à chaque fois.

1.4 — À toi : l'enquête des 8 incidents

#Incident
1Un pirate modifie le dosage inscrit dans une ordonnance déjà enregistrée.
2Une panne de serveur rend l'appli de commande inaccessible deux jours.
3Un ransomware chiffre tous les fichiers ; rien n'est lisible sans payer.
4Un mot de passe volé permet de lire les e-mails du directeur.
5Quelqu'un supprime sans autorisation des lignes de la base de données.
6Le site public de GSB est saturé de requêtes et tombe en pleine campagne.
7Une clé USB perdue contenait la liste non chiffrée des patients.
8Un employé envoie par erreur un tableau de patients à la mauvaise adresse e-mail.

Flag B1

L'enquête

Pour les 8 incidents, applique la méthode des trois questions et indique le ou les piliers touchés (C, I, D), avec une justification courte. Rends : une ligne par incident, ex. 1 → I (le dosage est modifié).

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1.5 — De l'incident à l'impact

Reconnaître le pilier, c'est l'étape 1. Un pro mesure aussi l'impact. Exemple travaillé pour l'incident 2 (panne 2 jours → D) :

Pilier : D (Disponibilité)
Impact concret chez GSB :
  - les pharmacies ne sont plus livrées en médicaments
  - perte de chiffre d'affaires + image dégradée
  - les commandes urgentes (patients) sont retardées

Flag B2

Analyse d'impact

Choisis 3 incidents de la liste 1.4 et, pour chacun, rends : le pilier + 2 conséquences concrètes pour GSB ou ses patients.

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Partie 2 — Confidentialité : verrouiller les accès

La confidentialité repose d'abord sur deux choses : des secrets solides (mots de passe) et des droits bien réglés (qui accède à quoi). On va comprendre pourquoi un mot de passe tombe, pas seulement le constater.

2.1 — Comment ça marche : casser un mot de passe

Un attaquant qui veut deviner un mot de passe a deux grandes méthodes :

1) Attaque par DICTIONNAIRE
   -> il teste d'abord tous les mots connus, prénoms, "azerty", "123456",
      et leurs variantes ("P@ssw0rd"). Très rapide.

2) Attaque par FORCE BRUTE
   -> il teste TOUTES les combinaisons possibles, une par une.
      Le seul rempart : la LONGUEUR. Chaque caractère en plus
      multiplie le nombre de combinaisons -> le temps explose.

Conséquence : un mot de passe court avec des symboles (P@ss1!) tombe vite ; une longue phrase simple (cactus-vélo-tonnerre-42) résiste des siècles.

Longueur / typeCombinaisons possiblesGPU RTX 4090, hash MD5 (≈100 Mrd tests/s)Avec bcrypt coût 12 (≈1 000 tests/s)
6 chiffres (PIN)1 000 000< 1 milliseconde∼ 17 minutes
8 minuscules seules∼ 208 milliards∼ 2 secondes∼ 6 600 ans
8 car. alphanum. + symboles (~90 car.)∼ 4 × 10¹⁵∼ 11 heureshors de portée
12 car. alphanumériques∼ 3 × 10²¹> 1 000 ans (SHA-256)hors de portée
20+ car. (phrase de passe type)∼ 10³⁸des milliards d'annéeshors de portée

2.2 — Exemple travaillé : pourquoi « P@ssw0rd! » est faible

P@ssw0rd!
  -> c'est le mot "Password" déguisé (a->@, o->0)
  -> les attaquants connaissent CES substitutions par cœur :
     elles sont dans tous les dictionnaires d'attaque
  -> 9 caractères seulement
  => faible, malgré les symboles

2.3 — À toi : audit de mots de passe

Pour chacun, dis faible ou fort, et pourquoi.

a) azerty
b) Marc2024
c) P@ssw0rd!
d) cactus-vélo-tonnerre-42
e) Tr0ub4dor&3

Flag B4

Audit

Classe a→e en faible/fort avec une raison. Rappelle-toi : la longueur prime sur les symboles.

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2.4 — Construis ton secret

Flag B5

Production

Crée une phrase de passe (4 mots + 1 chiffre), différente de l'exemple, et explique en une phrase pourquoi elle bat P@ssw0rd!.

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2.5 — Pourquoi on ne stocke jamais un mot de passe « en clair »

Si GSB rangeait les mots de passe tels quels, un seul vol de base = tous les comptes ouverts. La parade : le hachage. On va le voir en vrai, dans le terminal.

C'est quoi le hachage ?

Ouvre PowerShell (menu Démarrer → tape « PowerShell »). Écris le mot azerty dans un fichier :

"azerty" | Out-File mdp.txt

Calcule son empreinte SHA-256 :

powershell
Get-FileHash mdp.txt -Algorithm SHA256

Tu vois s'afficher une longue empreinte (toujours la même pour « azerty ») :

Ce que tu dois voir
Algorithm   Hash
---------   ----
SHA256      C9C1E91A... (64 caractères en tout)

Pourquoi SHA-256 seul ne suffit pas pour les mots de passe

SHA-256 est conçu pour être rapide — vérifier l'intégrité d'un fichier de 1 Go en quelques secondes est une qualité. Pour les mots de passe, c'est un défaut : à 100 milliards de tests par seconde, un dictionnaire de 10 millions de mots courants se vérifie en 0,1 milliseconde. La contre-mesure : bcrypt.

Bcrypt — comment ça marche

bcrypt(mot_de_passe, coût=12)
  1. génère un sel aléatoire de 128 bits
  2. itère la fonction interne 2^12 = 4 096 fois
  3. produit une empreinte de 60 caractères :
     $2b$12$[22 chars sel][31 chars hash]
       ^^  ^^
       |   coût stocké dans l'empreinte elle-même
       version bcrypt (2b)

Deux calculs bcrypt du même mot (coût 12) — vois la différence :

Ce que tu dois voir
bcrypt("azerty") → $2b$12$Lm8...xY4   (60 caractères)
bcrypt("azerty") → $2b$12$Qr3...mZ7   (60 caractères différents !)
  → sel différent à chaque appel → empreintes uniques
  → pour VÉRIFIER : bcrypt compare en interne automatiquement
AlgorithmeVitesse GPU (RTX 4090)Sel intégréUsage recommandéOK pour les mots de passe ?
MD5∼ 164 Mrd/snonNE PLUS UTILISER (cassé cryptographiquement)non
SHA-256∼ 22 Mrd/snonintégrité de fichier, signatures TLS/JWTnon — trop rapide
SHA-512∼ 8 Mrd/snonsignatures, TLSnon — encore trop rapide
bcrypt (coût 12)∼ 1 000/soui (128 bits)mots de passe utilisateursoui
Argon2id∼ quelques centaines/souimots de passe (favori OWASP 2024)oui — champion actuel

Flag D1

Investigation

En vrai, pour les mots de passe on n'utilise pas SHA-256 seul mais bcrypt (une fonction faite pour être lente). Cherche « bcrypt mot de passe ». Rends : en 2 phrases, pourquoi une fonction lente protège mieux ici qu'une fonction rapide.

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2.6 — Le bon accès à la bonne personne (moindre privilège)

Tout le monde n'a pas à tout voir. Principe du moindre privilège : chacun n'a que les droits dont il a besoin. Complète par oui/non.

ActionMédecinSecrétaireVisiteur
Lire un dossier patient???
Modifier une ordonnance???
Voir le planning des RDV???
Exporter toute la base???

Flag B6

Matrice des droits

Recopie le tableau complété, et justifie la ligne « Exporter toute la base » avec le principe du moindre privilège.

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2.7 — La double authentification (2FA) : quand le mot de passe seul ne suffit plus

Même un mot de passe solide peut être volé — phishing ciblé, fuite de base, keylogger. La 2FA ajoute un second facteur : même avec le mot de passe, un attaquant ne peut pas entrer sans l'avoir.

Facteur 1 — ce que tu SAIS      : ton mot de passe
Facteur 2 — ce que tu AS        : ton téléphone (code TOTP ou push)
          — ce que tu ES        : empreinte digitale, reconnaissance faciale
Type 2FAComment ça marcheSoliditéPiège réel
SMS (OTP 6 chiffres)code valide ~3 min envoyé par SMSmoyenSIM swapping : l'attaquant convainc l'opérateur de transférer ton numéro sur sa SIM → il reçoit tes codes. Technique documentée sur des dirigeants d'entreprises.
TOTP (Google Auth, Authy)appli génère un code à 6 chiffres, valide 30 s, basé sur heure + secret partagé (RFC 6238)bonRelay attack : un site pirate relaie ton code vers le vrai site en temps réel, avant que les 30 s expirent.
Push notification (Duo, MS Auth)appli envoie « Accepter / Refuser »bonMFA fatigue : l'attaquant spamme les push à 3h du matin jusqu'à ce que l'utilisateur accepte par erreur. Microsoft a documenté des attaques réelles sur cette technique en 2022.
Clé hardware FIDO2 (YubiKey)clé USB/NFC, cryptographie à clé publique — la clé privée ne quitte jamais le dispositif, liée au domaine exact du siteexcellentPerte de la clé → compte verrouillé si pas de backup. Protège nativement contre le phishing (la clé vérifie l'URL).

Partie 3 — Intégrité : garder l'info exacte

L'intégrité garantit que l'information n'est pas modifiée ou supprimée en douce. Chez GSB, un dosage faussé peut être dangereux. On va même manipuler une empreinte pour le prouver.

3.1 — Exemple travaillé : repérer une atteinte à l'intégrité

A-t-on VU sans droit ?     -> non
A-t-on MODIFIÉ ?           -> OUI (le prix a changé sans contrôle)   => I
Service INACCESSIBLE ?     -> non
=> pilier touché = I (Intégrité)

3.2 — À toi : le tri

#Situation
aUn fichier confidentiel est copié sur une clé USB.
bUne mise à jour bugguée corrompt des enregistrements.
cLe serveur ne répond plus du tout.
dQuelqu'un antidate une facture dans la base.

Flag B7

Tri

Indique pour a→d le(s) pilier(s) touché(s), et entoure ceux qui relèvent de l'intégrité.

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3.3 — Le journal d'audit : savoir qui a fait quoi

Pour protéger l'intégrité, on garde une trace horodatée de chaque action sensible : le journal (audit log). Après un incident, c'est lui qui dit ce qui a changé, quand, et par qui. Un journal utile ne note pas « quelqu'un a fait quelque chose » — il enregistre au minimum 5 champs :

ChampExemple GSB — modification d'ordonnancePourquoi indispensable
timestamp2026-03-15 14:32:07 UTCsituer l'action dans le temps, corréler avec d'autres événements (log serveur, badge d'entrée…)
user_idmedecin_dupont / ID 42identifier QUI — un nom affiché est falsifiable, un ID en base ne l'est pas
actionUPDATE ordonnance SET dosagesavoir CE QUI a changé, assez précis pour rejouer ou annuler
old_value / new_value« 1 cp/j » → « 2 cp/j »la preuve de l'altération, indispensable en cas de litige médical ou pénal
ip_source192.168.1.55 (poste cabinet)D'OÙ vient l'action — une IP inhabituelle (ex. adresse étrangère à 3h du matin) lève une alerte

Flag D2

Investigation

Cherche « audit log application ». Rends : 2 informations que le journal devrait enregistrer pour une modification d'ordonnance, et en quoi ça aide après coup.

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3.4 — Hands-on : prouver qu'un fichier est intact

Comment être sûr qu'une ordonnance, une facture, n'a pas été altérée ? On compare son empreinte avant/après. Même outil qu'en 2.5, appliqué à l'intégrité. On le fait étape par étape.

Étape 1 — Créer le fichier de test

"Ordonnance : 1 comprimé par jour" | Out-File ordo.txt

Étape 2 — Relever son empreinte

powershell
Get-FileHash ordo.txt -Algorithm SHA256

Note les 8 premiers caractères de l'empreinte affichée :

Ce que tu dois voir
Algorithm   Hash
---------   ----
SHA256      A1B2C3D4...

Étape 3 — Altérer le fichier, puis recommencer

Ouvre ordo.txt (Bloc-notes), change « 1 comprimé » en « 2 comprimés », enregistre. Recalcule l'empreinte :

powershell
Get-FileHash ordo.txt -Algorithm SHA256
Ce que tu dois voir
SHA256      9Z8Y7X6W...   <- TOTALEMENT différent

Flag C1

Manipulation (effet avalanche)

Rends : les 8 premiers caractères de l'empreinte AVANT et APRÈS ta modification, et une phrase expliquant pourquoi ce comportement permet de détecter n'importe quelle altération.

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Partie 4 — Disponibilité : rester en ligne

La disponibilité garantit que le service répond quand on en a besoin. Si l'appli de commande de GSB tombe, les pharmacies ne sont plus livrées. Le rempart universel : la sauvegarde.

4.1 — Ce qui casse la disponibilité

CauseComment ça frappe
Ransomwarechiffre les fichiers : présents mais illisibles
Panne matérielleun disque serveur lâche, le service s'arrête
Déni de service (saturation)on noie le serveur de requêtes jusqu'à le faire tomber
Erreur humaineune suppression ou une fausse manip

Point commun : si une copie saine existe, on restaure et on repart. D'où la règle de sauvegarde.

4.2 — La règle 3-2-1

3 copies des données
2 supports différents   (ex. disque interne + disque externe)
1 copie hors site       (déconnectée / dans le cloud)

Flag D4

Investigation

Cherche « règle de sauvegarde 3-2-1 ». Rends : ce que représentent le 3, le 2 et le 1, et une phrase expliquant pourquoi la copie hors site est cruciale contre un ransomware.

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4.3 — Cas : réagir au ransomware de GSB

Lundi, tous les écrans : « Vos fichiers sont chiffrés. Payez. » Voici le plan modèle d'un défenseur — étudie-le, tu devras l'adapter ensuite.

Étape 1 — ISOLER     : débrancher du réseau les machines touchées
                       (on stoppe la propagation avant tout)
Étape 2 — RESTAURER  : repartir d'une sauvegarde saine (hors ligne)
                       (la copie hors site de la règle 3-2-1)
Étape 3 — ANALYSER   : comprendre par où c'est entré, l'étendue
Étape 4 — PRÉVENIR   : changer les mots de passe, corriger la faille,
                       sensibiliser les employés
On ne paie PAS.

Flag B8

Plan de réaction

Variante : le ransomware s'est propagé et les pirates menacent de publier les données patients (donc C et D tombent). Rédige un plan en 4 étapes ordonnées adapté à CETTE variante (pense à la notification des personnes et de la CNIL). Pour chaque étape : quoi + pourquoi.

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4.4 — RTO et RPO : les deux métriques d'un plan de reprise

Face à un incident, deux questions dictent tout le plan :

MétriqueDéfinitionExemple GSB concret
RTO
(Recovery Time Objective)
Délai maximum acceptable pour remettre le service en ligne après l'incidentRTO = 4 h pour l'appli de commande (au-delà, les pharmacies ne sont plus livrées en médicaments d'urgence)
RPO
(Recovery Point Objective)
Perte de données maximale tolérable, exprimée en durée : jusqu'à quel point dans le passé remonterRPO = 24 h (on tolère de perdre une journée de saisies, mais pas plus — sinon ressaisie impossible)
RTO = 4 h  →  la restauration doit s'achever en moins de 4 h
              (ce qui impose des TESTS réguliers de restauration :
              une sauvegarde jamais testée est une sauvegarde qu'on
              découvre corrompue au pire moment)
RPO = 24 h →  sauvegarde toutes les 24 h minimum, stockée hors site
              (si incident à 15h, on repart du backup de 7h : on perd 8h)

Partie 5 — L'humain, le maillon visé

La plupart des attaques ne cassent pas la technique : elles trompent une personne. L'hameçonnage (phishing) est la porte d'entrée n°1 des incidents en entreprise. On apprend à le démasquer, indice par indice — mais d'abord à le nommer précisément.

5.0 — Taxonomie : les formes d'hameçonnage à connaître

TermeVecteurExemple concretCible type
Phishinge-mail de masse non cibléfaux e-mail « Ameli » envoyé à des millions de personnesgrand public
Spear phishinge-mail ciblé, personnalisé« Bonjour Dupont, suite à notre réunion du 12 mars avec GSB… » — l'attaquant se documente (LinkedIn, presse) avant d'écriredirigeants, comptables, RH
SmishingSMSfaux SMS « Chronopost — votre colis est bloqué, cliquez ici »grand public
Vishingappel vocalfaux « technicien informatique » qui demande d'installer un logiciel de prise en main à distanceentreprises, personnes âgées
Whalingspear phishing sur PDG / DAFfausse demande de virement urgente, signée « PDG » — le DAF reçoit et exécute sans vérifierdirection, finance

5.0 bis — Pourquoi les e-mails peuvent être usurpés

L'e-mail a été conçu dans les années 1970 sans authentification de l'expéditeur : n'importe qui peut mettre From: support@gsb.fr dans un en-tête. Trois standards modernes limitent (mais n'éliminent pas) ce problème :

StandardCe qu'il faitLimite
SPFliste dans le DNS les serveurs autorisés à envoyer pour ce domaine ; le serveur destinataire vérifiene protège pas si l'attaquant loue un domaine sosie (gsb-support.fr)
DKIMajoute une signature cryptographique à l'e-mail ; le destinataire vérifie via le DNS que le message n'a pas été altéréne prouve pas l'identité réelle de l'expéditeur, juste l'intégrité du message
DMARCpolitique qui dit quoi faire si SPF ou DKIM échoue : rejeter, mettre en spam, ou juste signalerbeaucoup de domaines restent en mode « p=none » (rapport seulement) — sans effet bloquant

5.1 — Exemple travaillé : ce faux e-mail, décortiqué

De : support-gsb@secure-verif-account.com
Objet : URGENT — votre compte sera suspendu sous 24h

Bonjour,
Nous avons détecter une activité inhabituel sur votre compte.
Cliquez immédiatement ici pour confirmer votre mot de passe :
http://gsb-verification-login.ru/confirm

L'équipe Sécurité GSB
IndiceCe qui cloche
Expéditeursecure-verif-account.com n'est pas le vrai domaine de GSB
Urgence« sous 24h », « immédiatement » : on te presse pour t'empêcher de réfléchir
Lien...login.ru : domaine étranger douteux, pas le site officiel
Fautes« détecter », « inhabituel » : un vrai service se relit
Demandejamais un service sérieux ne demande ton mot de passe par e-mail

5.2 — Comment ça marche : vérifier sans se faire avoir

5.3 — À toi : un cas plus subtil

Tu reçois un SMS : « GSB-RH : votre fiche de paie est disponible, connectez-vous : gsb-rh-portail.com/login ». Pas de faute, ton crédible.

Flag D5

Esprit critique

Rends : 2 vérifications à faire avant de cliquer, et le réflexe sûr pour accéder à ta fiche de paie sans utiliser ce lien.

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5.4 — Que fais-tu ?

#Situation
aUn e-mail « urgent » te demande ton mot de passe pour « vérification ».
bUne clé USB est posée sur ton bureau, sans mot. Tu es curieux.
cAu téléphone, quelqu'un se dit « technicien » et demande ton code d'accès.

Flag B9

Mises en situation

Pour a, b, c : dis ce que tu fais (et ne fais pas), et la raison en une phrase.

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5.5 — Ton mémo pour GSB

Flag E1

Production

Rédige un mémo de 5 règles d'or contre l'hameçonnage, pour tous les employés de GSB. Court, clair, applicable par n'importe qui.

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Partie 6 — Les données personnelles

Tout ce qu'on protège vise surtout les données à caractère personnel (DCP) — toute info qui identifie une personne. Chez GSB, ce sont des données de santé : parmi les plus sensibles qui soient, et les plus encadrées par la loi.

6.1 — Exemple travaillé : DCP ou pas ?

"L'adresse e-mail d'un patient"   -> identifie une personne  => DCP
"La marque du serveur de GSB"     -> identifie un matériel    => PAS une DCP
"Le traitement médical de M. X"   -> donnée de santé          => DCP TRÈS sensible

La question test : cette info, seule ou recoupée, permet-elle de remonter à une personne ?

#Information
aLe numéro de sécurité sociale
bLa version de Windows d'un poste
cLe nom et l'adresse d'un patient
dL'adresse IP publique du site GSB
eLe groupe sanguin d'une personne nommée

Flag B10

Tri des données

Classe a→e en DCP / pas DCP. Pour les DCP, signale celles que tu juges très sensibles.

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6.2 — Ce que dit le RGPD — les articles qui comptent vraiment

Le RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données, en vigueur depuis mai 2018) crée des droits pour les personnes et des obligations pour les organisations qui traitent leurs données. Pour un développeur SLAM, voici les articles à connaître par cœur :

ArticlePrincipe / ObligationCe que ça veut dire pour GSB
Art. 5Principes fondamentaux : licéité, loyauté, transparence, limitation des finalités, minimisation, exactitude, limitation de la conservation, intégrité et confidentialitéNe collecter que les champs utiles pour la finalité déclarée. Supprimer les données quand la finalité est atteinte (ex. ordonnances d'un patient décédé).
Art. 9Catégories spéciales de données — interdiction par défaut de traiter : données de santé, origine ethnique, opinions politiques, données biométriques…Tous les dossiers patients de GSB contiennent des données de santé = catégorie spéciale → protection renforcée obligatoire : chiffrement au repos, accès strictement limité, journalisation des accès.
Art. 17Droit à l'effacement (« droit à l'oubli »)Un patient peut demander la suppression de toutes ses données. GSB a 1 mois pour répondre (et 3 mois si traitement complexe). Exceptions : obligation légale de conservation (ex. dossier médical = 20 ans en France).
Art. 32Obligation de sécurité appropriée : mesures techniques et organisationnelles proportionnées au risqueChiffrement des données en transit (TLS) et au repos, hachage bcrypt des mots de passe, contrôle d'accès (moindre privilège), journalisation des accès aux dossiers sensibles.
Art. 33Notification à l'autorité (CNIL) dans les 72 h après découverte d'une violationRansomware avec exfiltration détecté lundi à 9h → notification CNIL au plus tard jeudi à 9h. Formulaire en ligne sur notifications.cnil.fr.
Art. 34Notification aux personnes concernées si risque élevéSi les dossiers patients ont été volés → informer chaque patient concerné « dans les meilleurs délais ».
Art. 83SanctionsJusqu'à 20 M€ ou 4 % du CA mondial pour les violations les plus graves (art. 5, 9, 25, 35). Jusqu'à 10 M€ ou 2 % pour les violations organisationnelles (art. 33, 34…). Cumulables.

Amendes réelles prononcées par la CNIL (exemples)

OrganisationViolationAmende
Amazon Europe (2021)Cookies sans consentement valide35 M€
Groupe Caisse d'Épargne (2024)Failles de sécurité, accès non contrôlé3 M€
Boulanger (2024)Données clients exposées suite à une faille3 M€
Libre Software (PME)Absence de mesures de sécurité élémentaires75 000 €

La CNIL ne sanctionne pas seulement les grandes entreprises. Une PME sans mesures de sécurité élémentaires est aussi exposée.

Flag D7

Investigation

Cherche « droits RGPD des personnes ». Rends : trois droits (en plus du droit à l'effacement cité ci-dessus), et lequel s'applique quand un patient demande à récupérer ses données pour les transmettre à un autre médecin.

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6.3 — Exemple travaillé : collecter le juste nécessaire

Le RGPD impose la minimisation : ne demander que ce qui est utile à la finalité. Exemple, un formulaire d'inscription à la newsletter de GSB demande :

nom, e-mail, date de naissance, n° sécurité sociale, traitement en cours
              ^^^^^^^^^^^^^^^   ^^^^^^^^^^^^^^^^^^   ^^^^^^^^^^^^^^^^^^
              utile ?            aucun rapport       aucun rapport
                                 avec une newsletter avec une newsletter

Flag B11

Minimisation

Rends : quels champs tu retires de ce formulaire et pourquoi, et lesquels tu gardes. Justifie avec le principe de minimisation.

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6.4 — Cas travaillé : la violation de données de GSB

Appliquons le RGPD sur un scénario réaliste. Lis le cas, puis réponds aux questions.

ANALYSE RGPD — que doit faire GSB ?

1. Données volées = données de santé (traitements) + numéro SS
   → CATÉGORIE SPÉCIALE (art. 9) + DCP très sensibles
   → Risque ÉLEVÉ pour les personnes concernées

2. Art. 33 — Notification CNIL :
   Découverte : lundi 09h00
   Deadline   : jeudi 09h00 (72h exactement)
   → Formulaire sur notifications.cnil.fr
   → Inclure : nature de la violation, données concernées,
     nbre de personnes, mesures prises, contact DPO

3. Art. 34 — Notification des patients :
   1 840 patients doivent être informés individuellement
   → Délai : « meilleurs délais » (quelques jours max)
   → Contenu : ce qui a été exposé, risques, ce que fait GSB
   → Si GSB ne dispose pas des coordonnées de tous : annonce publique

4. Art. 32 — Mesures correctives immédiates :
   → Désactiver la route vulnérable
   → Auditer toutes les routes de l'API (contrôle d'accès systématique)
   → Renforcer la revue de code (vérification auth avant déploiement)
   → Former les stagiaires aux règles de mise en prod

5. Exposition aux sanctions :
   → Violation art. 32 (sécurité insuffisante) : jusqu'à 10 M€ ou 2% CA
   → Violation art. 9 (données de santé mal protégées) : jusqu'à 20 M€ ou 4% CA
   → Circonstance atténuante : notification rapide, mesures correctives proactives

Flag B12

Cas GSB

À partir du scénario 6.4 : rends (a) la deadline exacte de notification CNIL en heure et jour, (b) pourquoi GSB doit aussi notifier les patients directement (cite l'article), (c) une mesure technique qui aurait empêché la fuite — et le principe OWASP qu'elle respecte.

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Pour finir

Ce que tu sais faire maintenant

DomaineTu sais…
Triade C·I·Dappliquer la méthode des 3 questions à n'importe quel incident
Confidentialitéexpliquer force brute/dictionnaire, juger un mot de passe, appliquer le moindre privilège
Intégritéreconnaître une altération, calculer et comparer une empreinte (PowerShell)
Disponibilitéexpliquer la sauvegarde 3-2-1 et bâtir un plan anti-ransomware
Facteur humaindémasquer un hameçonnage, vérifier un lien/un expéditeur
Données persoreconnaître une DCP, appliquer la minimisation, citer des droits RGPD

Glossaire

MotDéfinition
Triade C·I·Dles trois promesses : Confidentialité, Intégrité, Disponibilité
Force brutetester toutes les combinaisons d'un mot de passe, une par une
Attaque par dictionnairetester d'abord tous les mots/variantes connus
Phrase de passemot de passe fait de plusieurs mots : long et mémorisable
Hachagetransformation à sens unique (mot de passe → empreinte)
Empreinte (SHA-256)signature d'un contenu ; change totalement si le contenu change
Moindre privilègene donner que les droits strictement nécessaires
2FAdouble authentification (un second facteur)
Journal (audit log)trace horodatée de qui a fait quoi
Ransomwarelogiciel qui chiffre les fichiers et réclame une rançon
Sauvegarde 3-2-13 copies, 2 supports, 1 hors site
Hameçonnagefaux message pour voler identifiants/argent (phishing)
Ingénierie socialemanipuler une personne pour obtenir un accès/une info
DCPdonnée à caractère personnel (toute info qui identifie une personne)
Catégorie spéciale (art. 9)données sensibles à protection renforcée : santé, origine ethnique, biométrie, opinions politiques…
RGPDRèglement Général sur la Protection des Données — loi européenne en vigueur depuis mai 2018
CNILautorité française de contrôle du RGPD, peut infliger jusqu'à 20 M€ ou 4 % du CA mondial
ANSSIAgence Nationale de la Sécurité des Systèmes d'Information — autorité nationale de cybersécurité
RTORecovery Time Objective — délai max pour remettre un service en ligne après incident
RPORecovery Point Objective — perte de données maximale tolérée (exprimée en durée)
SIM swappingattaque où l'attaquant convainc un opérateur de rediriger le numéro de téléphone d'une victime sur sa SIM
MFA fatigueattaque sur la 2FA : spam de push notifications pour que l'utilisateur finisse par valider par erreur
Spear phishinghameçonnage ciblé et personnalisé (vs phishing de masse)
SPF / DKIM / DMARCstandards d'authentification des e-mails (qui peut envoyer, intégrité du message, politique si échec)
OWASP Top 10classement des 10 vulnérabilités applicatives les plus critiques, mis à jour régulièrement (2021 en vigueur)
Broken Access Control (A01)vulnérabilité n°1 OWASP — une route ou ressource accessible sans les bons droits
art. 323-1 CPaccès/maintien frauduleux dans un système informatique — jusqu'à 3 ans / 100 000 € (5 ans / 150 000 € si données de santé)

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