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Chapitre 217 minIntermédiaire

Les besoins DICP : disponibilité, intégrité, confidentialité, preuve

Par Josselyn C., prof de BTS SIO. Mis à jour le .

À la fin de ce chapitre, tu sauras

  • définir les quatre critères DICP et dire ce qui fait tomber chacun ;
  • noter un besoin sur une échelle et le justifier par ses conséquences ;
  • évaluer les besoins d'une application (SLAM) ou d'un service (SISR) ;
  • passer d'un besoin élevé aux mesures qui y répondent.

3 exercices corrigés1 schéma

Les besoins DICP expriment le niveau de sécurité qu'exige une information, une fonctionnalité ou un service selon quatre critères : la disponibilité, l'intégrité, la confidentialité et la preuve. Les évaluer est la première étape de toute analyse de risques : on ne peut pas dire ce qui est grave sans savoir ce qui compte. Ce chapitre définit les quatre critères, montre comment noter un besoin sur une échelle, comment recenser les conséquences d'une perte, et comment justifier un niveau comme le demandent les sujets d'E7.

Les quatre critères DICP

CritèreDéfinitionLa question à poserCe qui le fait tomber
DisponibilitéL'information ou le service est accessible et utilisable au moment voulu par les personnes autoriséesQue se passe-t-il si on ne peut plus s'en servir pendant une heure, un jour, une semaine ?Panne, rançongiciel, déni de service, suppression, coupure réseau
IntégritéL'information est exacte et complète, et n'est modifiée que par les personnes autorisées, de la façon prévueQue se passe-t-il si elle est fausse, incomplète ou modifiée à notre insu ?Falsification, injection, erreur de saisie, bug, corruption de fichier
ConfidentialitéL'information n'est accessible qu'aux personnes autoriséesQue se passe-t-il si elle est lue par quelqu'un qui n'a pas à la voir ?Fuite, vol de base, interception, accès non contrôlé, erreur d'envoi
PreuveLes actions sont tracées de façon fiable, de sorte qu'on peut établir qui a fait quoi et quand, et l'opposer en cas de contestationQue se passe-t-il si on ne peut pas prouver qui a fait cette action ?Comptes partagés, journaux absents ou modifiables, horloges désynchronisées

Le sujet 2022 de l'option SLAM donnait des définitions courtes, à connaître par cœur : la confidentialité, c'est que les informations ne doivent pas être divulguées ; l'intégrité, que les données doivent être exactes et complètes ; la disponibilité, que la fonctionnalité puisse être utilisée au moment voulu ; la preuve, que les traces de l'activité du système soient opposables en cas de contestation.

DDisponibilitéAccessible au moment voulu.Attaque : rançongiciel, déni de serviceMesures : sauvegardes, redondanceIIntégritéExacte, complète, non altérée.Attaque : falsification, injectionMesures : contrôle d'accès, empreintesCConfidentialitéLue seulement par les personnes autorisées.Attaque : fuite, vol de baseMesures : authentification, chiffrementPPreuveQui a fait quoi et quand, de façon opposable.Attaque : usurpation, traces effacéesMesures : comptes nominatifs, journaux
Les quatre critères DICP, avec une attaque typique et des mesures pour chacun

DIC, DICP, DICT : d'où viennent les lettres

La base, c'est la triade DIC (en anglais CIA : Confidentiality, Integrity, Availability). Les méthodes françaises y ajoutent un quatrième critère, appelé selon les documents :

  • P pour preuve : c'est le terme des sujets de l'épreuve de cybersécurité depuis 2022 (E6 jusqu'en 2024, E7 depuis 2025) ;
  • T pour traçabilité (DICT) : un terme courant, mais plus étroit, car tracer ne suffit pas, il faut que la trace soit fiable et opposable ;
  • A pour authenticité ou auditabilité dans certains référentiels.

Deux notions accompagnent la preuve. L'imputabilité consiste à pouvoir attribuer une action à une personne identifiée, ce qui suppose des comptes nominatifs. La non-répudiation empêche quelqu'un de nier une action qu'il a faite : la signature électronique d'un document la garantit, un simple journal applicatif beaucoup moins.

Noter un besoin sur une échelle

On exprime chaque besoin par un niveau. Les sujets utilisent des échelles courtes, avec une légende à lire attentivement :

SujetÉchelle utilisée
2022 (SLAM)0 : pas de besoin ; + : besoin important ; ++ : besoin très important
2025 (SLAM)- : sans objet ; * : modéré ; ** : important
En entrepriseSouvent de 1 à 4, chaque niveau étant défini précisément pour chaque critère

Une échelle n'a de valeur que si chaque niveau est défini concrètement. Voici celle que Claire Fabre a fixée pour Rhône Analyses :

NiveauDisponibilité (interruption tolérable)IntégritéConfidentialitéPreuve
1Plus d'une semaineDes erreurs sont tolérables, elles se corrigent sans conséquenceInformation publiqueAucune trace nécessaire
2Jusqu'à 2 joursLes erreurs doivent être détectées et corrigées rapidementUsage interne : tous les salariésTraces techniques conservées quelques semaines
3Moins de 4 heuresAucune erreur tolérée sans détection immédiateRestreint : un service ou des personnes nomméesActions sensibles imputables à une personne, journaux protégés
4Moins d'une heureAucune erreur tolérée ; contrôle systématique avant usageSecret : données de santé, quelques personnes habilitéesPreuve opposable devant un juge : signature, horodatage fiable

Recenser les conséquences d'une perte

Le référentiel du bloc 3 attend que tu saches recenser les conséquences d'une perte de disponibilité, d'intégrité ou de confidentialité. Pour ne rien oublier, passe en revue cinq familles d'impacts, celles qu'on retrouve dans les échelles de gravité :

Famille d'impactExemples de conséquences
Sécurité des personnesRetard de soins, mauvaise décision médicale, accident sur un site industriel
Fonctionnement, missionsActivité arrêtée ou dégradée, retards, travail refait à la main
FinancierChiffre d'affaires perdu, coûts de remise en état, rançon, pénalités contractuelles
Juridique et réglementaireViolation du RGPD, sanction de la CNIL, non-respect d'un contrat ou d'une obligation légale, mise en cause de la responsabilité
Image et confianceClients ou patients qui partent, presse négative, partenaires qui exigent des garanties

Appliquons-le aux résultats d'analyses de Rhône Analyses :

  • Perte de disponibilité : les médecins n'ont plus les résultats, les patients hospitalisés attendent leur traitement (sécurité des personnes) ; les techniciens repassent en procédure papier (fonctionnement) ; les analyses non rendues ne sont pas facturées (financier).
  • Perte d'intégrité : un taux de potassium faux peut conduire à une mauvaise décision médicale (sécurité des personnes) ; la responsabilité du laboratoire est engagée (juridique) ; la confiance des médecins s'effondre (image).
  • Perte de confidentialité : des diagnostics (grossesse, VIH, maladies génétiques) sont révélés (atteinte grave à la vie privée des patients) ; violation de données de santé à notifier à la CNIL et aux patients, sanction possible (juridique) ; départ des patients (image et financier).

Justifier un niveau : la méthode

Une justification qui rapporte les points suit toujours trois temps :

  1. Imaginer la perte du critère dans le contexte précis : « si ces informations étaient divulguées… », « si cette fonctionnalité était indisponible une journée… ».
  2. Énoncer des conséquences concrètes, tirées du contexte du sujet : qui est touché, quelles données, quelle activité.
  3. Conclure sur le niveau, en le reliant à l'échelle : « … ce qui justifie un besoin très important (++) ».

Exemple de justification. Besoin de confidentialité très important (++) pour la consultation des résultats par le patient : les résultats sont des données de santé, une catégorie particulière au sens du RGPD. Leur divulgation porterait atteinte à la vie privée du patient (diagnostic révélé à son employeur ou à son entourage) et exposerait le laboratoire à une violation de données à notifier à la CNIL et aux patients, avec un risque de sanction.

Ce qui ne rapporte rien : recopier la définition (« la confidentialité, c'est que l'information ne soit pas divulguée ») sans dire pourquoi cette information-là est sensible.

Les besoins d'une application (SLAM)

En SLAM, on évalue les besoins par fonctionnalité, par cas d'utilisation ou par récit utilisateur. Voici l'évaluation de quatre récits du portail MonRésultat, sur l'échelle de 1 à 4 de Rhône Analyses.

Récit utilisateurDICPJustification des niveaux les plus hauts
En tant que patient, je consulte mes résultats2442C : données de santé. I : un résultat affiché faux peut conduire le patient à mal réagir. D : le médecin les reçoit aussi par messagerie, une interruption de deux jours est supportable
En tant que biologiste, je valide un résultat pour le rendre visible3444P : la validation engage la responsabilité du biologiste ; il faut prouver qui a validé quoi et quand. D : les résultats urgents doivent partir dans l'heure
En tant que médecin, je télécharge le compte rendu de mon patient2443P : en cas de litige, on doit savoir qui a consulté le dossier
En tant que visiteur, je consulte les horaires des laboratoires1211Informations publiques : une erreur d'horaire gêne, sans plus

Remarque la différence de preuve entre la consultation (2) et la validation (4) : consulter ne modifie rien et ne crée aucun engagement, alors que valider rend un résultat officiel. C'est exactement le type de comparaison que demandait le sujet 2025 de l'option SLAM entre deux récits utilisateurs.

Les besoins d'une infrastructure (SISR)

En SISR, on évalue plutôt les besoins par service ou par équipement.

ServiceDICPJustification
Active Directory4433Sans annuaire, plus personne ne se connecte : tout s'arrête. Un groupe modifié frauduleusement donne des droits d'administrateur. Les condensats de mots de passe qu'il contient sont très convoités
Serveur DHCP3312Sans bail, les postes et les automates ne rejoignent plus le réseau. Un faux serveur DHCP peut détourner le trafic. Les informations de bail ne sont pas confidentielles
Sauvegardes3442Une sauvegarde altérée est inutilisable le jour où on en a besoin. Elles contiennent toutes les données de santé : leur vol vaut celui de la base
Wi-Fi des patients en salle d'attente1113Un service de confort. Mais la loi impose de conserver certaines données de connexion pour un accès offert au public : on doit pouvoir les produire sur réquisition
Journaux du pare-feu2424Leur valeur tient à leur fiabilité : un journal modifiable ne prouve rien

Des besoins aux mesures

Un besoin élevé appelle des mesures sur le critère concerné. Ce tableau sert de réservoir d'idées pour les questions « proposer des mesures ».

Besoin élevé en…Mesures côté application (SLAM)Mesures côté infrastructure (SISR)
DisponibilitéTests de charge, gestion des erreurs sans plantage, déploiement avec retour arrièreRedondance (serveurs, liens, alimentation), sauvegardes testées, supervision, plan de reprise
IntégritéValidation des entrées côté serveur, requêtes préparées, transactions, contrôle des droits avant chaque modification, déclencheurs de contrôleContrôle d'intégrité des fichiers, mises à jour signées, RAID, sauvegardes versionnées
ConfidentialitéAuthentification forte, contrôle d'accès à chaque requête, mots de passe hachés, chiffrement des colonnes sensibles, HTTPSChiffrement des disques et des flux (TLS, VPN), cloisonnement en VLAN, moindre privilège, filtrage
PreuveComptes nominatifs, journalisation des actions sensibles (qui, quoi, quand, depuis où), signature électroniqueJournaux centralisés et protégés en écriture, horloges synchronisées (NTP), conservation définie

Comment les besoins DICP tombent à l'E7

Les sujets de l'option SLAM ont posé ce type de question deux fois sur la période 2022-2025, avec un tableau de besoins à compléter ou à justifier :

  • Session 2022 : un tableau de besoins de sécurité par cas d'utilisation, sur l'échelle 0, +, ++ ; il fallait proposer l'évaluation des quatre critères pour deux cas d'utilisation laissés vides.
  • Session 2025 : un tableau de besoins pour trois récits utilisateurs, sur l'échelle sans objet, modéré, important ; il fallait justifier le niveau de confidentialité d'un récit, celui d'intégrité d'un autre, et expliquer la différence de niveau de preuve entre deux récits.

Les erreurs qui coûtent des points :

  • mettre le niveau maximal partout : un besoin se justifie, et « tout est critique » montre qu'on n'a pas réfléchi ;
  • confondre disponibilité et intégrité (« les données sont perdues » relève de la disponibilité si elles sont inaccessibles, de l'intégrité si elles sont altérées) ;
  • oublier la preuve, ou la confondre avec la confidentialité ;
  • justifier sans le contexte : le nom de la fonctionnalité, le type de données et la conséquence pour cette organisation doivent apparaître.

Pour aller plus loin. Les outils qui protègent chaque critère sont détaillés ailleurs : la confidentialité et l'intégrité dans le cours Cryptographie, la preuve dans le chapitre Quoi journaliser du cours Réponse à incident.

Exercices

Exercice 1 sur 3 Quel critère est touché ? Réussi À revoir

Pour chaque incident survenu dans une entreprise, indique le ou les critères DICP atteints, le principal en premier.

  1. Un serveur de messagerie est saturé par un afflux de requêtes et ne répond plus pendant trois heures.
  2. Un comptable reçoit par erreur le fichier des salaires de toute l'entreprise.
  3. Un pirate modifie l'IBAN d'un fournisseur dans le logiciel de comptabilité ; les virements partent sur son compte.
  4. Tous les techniciens se connectent à l'outil de tickets avec le même compte « support » ; on ne sait pas qui a clôturé un ticket sans le résoudre.
  5. Un rançongiciel chiffre le serveur de fichiers ; les attaquants menacent de publier les documents volés.
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 1
  1. Disponibilité (déni de service).
  2. Confidentialité (données personnelles divulguées à une personne non autorisée).
  3. Intégrité (donnée modifiée par une personne non autorisée), avec des conséquences financières directes.
  4. Preuve : le compte partagé empêche l'imputabilité. Ce n'est pas un problème de confidentialité, puisque tous les techniciens ont le droit d'accéder aux tickets.
  5. Disponibilité (données chiffrées) et confidentialité (données exfiltrées) : double extorsion.

Tu avais trouvé ?

Exercice 2 sur 3 Justifier des niveaux (SLAM) Réussi À revoir

Une agence d'intérim développe une application de gestion des missions. Voici trois récits utilisateurs et leurs besoins, sur l'échelle 0 (pas de besoin), + (important), ++ (très important).

RécitDICP
1. En tant que commercial, je consulte la liste des offres de mission publiées++00
2. En tant qu'intérimaire, je déclare mes heures travaillées de la semaine++++++
3. En tant que gestionnaire de paie, j'exporte les heures validées pour établir les salaires++++++
  1. Justifie le niveau de confidentialité du récit 1.
  2. Justifie le niveau d'intégrité du récit 2.
  3. Explique la différence de niveau de preuve entre les récits 1 et 2.
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 2
  1. Confidentialité 0 : les offres de mission publiées sont destinées à être diffusées aux candidats ; ce sont des informations publiques, leur divulgation n'a aucune conséquence.
  2. Intégrité ++ : les heures déclarées servent à calculer la paie de l'intérimaire et la facturation au client. Une heure modifiée (par erreur ou par fraude) fausse le salaire versé et la facture, avec un préjudice financier et un litige possible avec l'intérimaire ou l'entreprise cliente.
  3. Preuve 0 contre ++ : consulter une offre ne crée aucun engagement et ne modifie rien, il n'est pas nécessaire de tracer qui l'a lue. Déclarer ses heures engage l'intérimaire et sert de base à la paie : en cas de contestation (« je n'ai jamais déclaré ces heures »), l'agence doit pouvoir prouver qui a saisi quoi et quand. D'où une journalisation fiable, avec un compte nominatif et un horodatage.

Tu avais trouvé ?

Exercice 3 sur 3 Évaluer des services (SISR) Réussi À revoir

Une mairie de 15 000 habitants héberge trois services. Propose un niveau de 1 à 4 pour chaque critère DICP, avec l'échelle de Rhône Analyses, et justifie les niveaux de 3 et plus en une phrase chacun.

  1. Le serveur de l'état civil (actes de naissance, de mariage, de décès).
  2. Le site web public d'information (horaires, actualités).
  3. Le serveur de sauvegarde, qui copie chaque nuit tous les serveurs.
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 3

Plusieurs réponses sont acceptables si elles sont justifiées. Une proposition :

  1. État civil : D 2, I 4, C 3, P 4. I 4 : un acte d'état civil faux a des conséquences juridiques durables (filiation, succession), aucune erreur n'est tolérable. C 3 : les actes contiennent des données personnelles dont la délivrance est encadrée ; seuls les agents habilités y accèdent. P 4 : chaque création ou mention marginale doit être imputable à l'officier d'état civil et opposable. D 2 : une interruption de deux jours retarde des démarches mais les urgences (déclaration de décès) peuvent être enregistrées et saisies ensuite.
  2. Site web public : D 2, I 3, C 1, P 1. I 3 : une page défigurée ou une fausse information (une fausse alerte, un faux numéro de paiement) nuit à l'image de la mairie et peut tromper les habitants ; il faut la détecter immédiatement. Le reste est public et non critique.
  3. Sauvegardes : D 3, I 4, C 3, P 2. I 4 : une sauvegarde altérée ne sert à rien le jour où on en a besoin. C 3 : elle contient les données de tous les serveurs, y compris l'état civil ; son vol vaut celui de toutes les données. D 3 : il faut pouvoir restaurer vite après un sinistre, mais une indisponibilité du serveur de sauvegarde lui-même n'arrête pas les services.

Tu avais trouvé ?

Chapitre terminé !

Fais les 3 exercices avant de passer à la suite : c'est en t'entraînant que tout se fixe.

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