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Chapitre 313 minIntermédiaire

RPO et RTO : définition et calcul

Par Josselyn C., prof de BTS SIO. Mis à jour le .

À la fin de ce chapitre, tu sauras

  • définir le RPO et le RTO, et leurs équivalents PDMA et DMIA ;
  • calculer la perte de données réelle d'un plan de sauvegarde ;
  • additionner les étapes d'une reprise pour obtenir le RTO réel ;
  • relier le RTO à un engagement de disponibilité et au coût d'un arrêt ;
  • fixer des objectifs par application avec le métier.

5 exercices corrigés1 schéma

Le RPO (Recovery Point Objective) est la quantité maximale de données qu'on accepte de perdre, exprimée en temps : avec un RPO de 4 heures, on accepte de perdre au plus les 4 dernières heures de travail. Le RTO (Recovery Time Objective) est la durée maximale d'interruption acceptée : avec un RTO de 8 heures, le service doit être rétabli au plus tard 8 heures après l'incident. En français, l'ANSSI parle de PDMA (perte de données maximale admissible) et de DMIA (durée maximale d'interruption admissible). Ces deux objectifs viennent du métier, et ils décident de tout le reste : la fréquence des sauvegardes, le support, l'architecture de secours et le budget.

Dernière sauvegarderéussieIncidentpanne, chiffrement…Service rétablivérifié, rendutempsPerte de données (≤ RPO)regarde en arrièreInterruption (≤ RTO)détecter, décider, restaurer, vérifier
Le RPO regarde en arrière (les données perdues), le RTO regarde en avant (le temps d'arrêt)

Le RPO : combien de données on accepte de perdre

Le RPO répond à la question : « si tout s'arrête maintenant, jusqu'à quand pouvons-nous revenir ? ». Il se mesure en temps, parce que la perte est faite de tout ce qui a été saisi depuis le dernier point de restauration.

  • Un RPO de 24 heures se satisfait d'une sauvegarde nocturne : on accepte de ressaisir une journée.
  • Un RPO de 1 heure demande une sauvegarde plus fréquente qu'horaire (toutes les 45 minutes si elle dure 15 minutes), ou une sauvegarde des journaux de transactions de la base.
  • Un RPO proche de zéro ne s'obtient pas par la sauvegarde : il faut une réplication, synchrone pour zéro perte, asynchrone pour quelques secondes ou minutes. L'ANSSI range d'ailleurs le besoin d'une perte de données maximale admissible de moins de 24 heures parmi les cas que la sauvegarde ne couvre pas à elle seule, et conseille alors de privilégier la réplication, synchrone ou asynchrone. Des sauvegardes plus fréquentes ou des journaux de transactions réduisent aussi la perte, au prix d'une exploitation plus lourde.

Le RPO pilote donc la fréquence.

Le RTO : en combien de temps on doit repartir

Le RTO répond à la question : « combien de temps l'activité peut-elle se passer de ce service ? ». Il pilote la méthode de reprise : support rapide ou lent, serveur de secours prêt ou à commander, procédure répétée ou improvisée.

  • Un RTO de plusieurs jours se contente de restaurer sur du matériel racheté.
  • Un RTO de quelques heures demande une sauvegarde proche (sur site), un serveur ou un hyperviseur capable d'accueillir la restauration, et une procédure écrite et testée.
  • Un RTO de quelques minutes demande une infrastructure de secours qui tourne déjà : réplique prête à démarrer, cluster qui bascule seul. On parle alors de haute disponibilité et de PCA (chapitre 12).

Calculer le RPO réel d'un plan de sauvegarde

Le RPO est un objectif ; le plan de sauvegarde donne une perte réelle, qu'il faut comparer à l'objectif. La perte maximale n'est pas toujours l'intervalle entre deux sauvegardes.

Prenons SRV-ERP, sauvegardé toutes les 4 heures (0 h, 4 h, 8 h, 12 h, 16 h, 20 h), chaque sauvegarde durant 30 minutes. Le point de restauration est l'instant où la sauvegarde commence à lire les données.

  • Panne à 11 h : la sauvegarde de 8 h est terminée depuis 8 h 30. On revient à 8 h, on perd 3 heures.
  • Panne à 12 h 20 : la sauvegarde de 12 h est en cours, donc inutilisable. On revient à 8 h, on perd 4 h 20.
  • Pire cas : une panne juste avant la fin d'une sauvegarde, à 12 h 29. On perd 4 h 29, presque l'intervalle plus la durée de la sauvegarde.

perte maximale ≈ intervalle entre deux sauvegardes + durée d'une sauvegarde

Et si une sauvegarde échoue sans que personne ne s'en aperçoive, la perte double : on revient deux points en arrière. C'est pourquoi la supervision des sauvegardes fait partie du plan (chapitre 11).

Calculer le RTO réel : additionner les étapes

Le RTO réel est la somme de toutes les étapes de la reprise, et la restauration elle-même n'en est qu'une. Pour SRV-FIC, qui contient maintenant 540 Go, voici une estimation :

ÉtapeDuréeCe qui la conditionne
Détecter l'incident15 minUne supervision qui alerte, plutôt qu'un appel d'utilisateur
Décider de restaurer, prévenir15 minUne procédure claire : qui décide, qui fait
Préparer la cible (VM vide sur l'hyperviseur)30 minUn hyperviseur qui a de la place, un modèle prêt
Restaurer 540 Go à 150 Mo/s1 h540 000 Mo ÷ 150 Mo/s = 3 600 s
Vérifier (droits, partages, fichiers témoins)30 minUne liste de contrôles écrite à l'avance
Total2 h 30

Si la seule copie disponible est dans le cloud, téléchargée à 100 Mbit/s, soit 12,5 Mo/s, la restauration seule prend 540 000 ÷ 12,5 = 43 200 s, soit 12 heures, et le RTO réel passe à 13 h 30. Le choix du support décide du RTO (chapitre 5).

RPO, RTO, SLA et coût

Le lien avec le SLA. Un contrat de service (SLA) promet une disponibilité, par exemple 99,5 % sur le mois. Sur 30 jours en continu, cela tolère 0,5 % de 720 heures, soit 3 h 36 min d'arrêt. Si le RTO du service est de 4 heures, un seul incident sérieux suffit à rompre l'engagement. Le RTO doit donc être cohérent avec la disponibilité promise. Le calcul de la disponibilité et ses pièges sont détaillés dans le chapitre SLA, OLA et contrat de service du cours ITIL.

Disponibilité promiseArrêt toléré sur 30 joursArrêt toléré sur 365 jours
99 %7 h 12 min3 j 15 h 36 min
99,5 %3 h 36 min1 j 19 h 48 min
99,9 %43 min 12 s8 h 45 min 36 s
99,99 %4 min 19 s52 min 34 s

Le lien avec le coût. Réduire le RPO et le RTO coûte de plus en plus cher : passer de 24 heures à 4 heures demande un meilleur outil et une procédure ; passer de 4 heures à quelques minutes demande une infrastructure doublée qui tourne en permanence. La bonne question n'est pas « quel est le meilleur RTO ? » mais « combien coûte une heure d'arrêt, et combien coûte chaque heure gagnée ? ».

Chez Alvéa, l'arrêt de l'ERP bloque la préparation des commandes : on l'estime à 1 500 € par heure. Avec un RTO de 24 heures, un incident coûte 36 000 €. Avec une réplique de la VM prête à démarrer sur un second serveur, le RTO tombe à 2 heures, et l'incident coûte 3 000 €. Si la réplique coûte 6 000 € par an, elle se rentabilise dès qu'elle évite un incident tous les cinq ans et demi : le gain par incident, 33 000 €, couvre 5,5 années d'abonnement (5,5 × 6 000 = 33 000 €).

La durée maximale tolérable. Certaines méthodes distinguent la durée au-delà de laquelle l'activité est en péril (on parle aussi de durée maximale d'interruption tolérable) et le RTO que l'on choisit, qui doit rester en dessous avec une marge. Le bilan d'impact sur l'activité (BIA) sert à les établir (chapitre 12).

Des objectifs par application, pas un chiffre global

Un seul RPO et un seul RTO pour toute l'entreprise, c'est soit trop cher, soit trop faible. On classe les applications par criticité, avec le métier.

Application d'AlvéaConséquence d'un arrêtRPORTO
ERP (commandes, production)Atelier à l'arrêt, livraisons en retard1 h4 h
Annuaire Active Directory, DNSPlus personne ne se connecte à rien24 h2 h
Serveur de fichiersGêne forte, contournable quelques heures24 h8 h
Messagerie Microsoft 365Gêne forte, assurée par le fournisseur24 h (copie de sauvegarde)Selon le fournisseur
GLPITickets notés à la main en attendant24 h2 jours
Intranet d'informationAucune urgence1 semaine3 jours

L'annuaire montre que les deux objectifs ne vont pas ensemble : ses données changent peu (un RPO de 24 heures suffit), mais rien ne fonctionne sans lui (RTO court). Et les dépendances comptent : l'ERP ne redémarre pas sans l'annuaire et le DNS, qui doivent donc revenir avant lui (l'ordre de restauration).

Exercices

Exercice 1 sur 5 RPO réel d'un plan Réussi À revoir

Un serveur est sauvegardé toutes les 6 heures, à 0 h, 6 h, 12 h et 18 h. Chaque sauvegarde dure 40 minutes.

  1. Une panne survient à 15 h 10. Jusqu'à quelle heure peut-on revenir, et combien de temps de données est perdu ?
  2. Même question pour une panne à 18 h 30.
  3. Quelle est la perte maximale possible avec ce plan ?
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 1
  1. La sauvegarde de 12 h est terminée depuis 12 h 40 : on revient à 12 h, la perte est de 3 h 10.
  2. La sauvegarde de 18 h est en cours : elle est inutilisable. On revient à 12 h, la perte est de 6 h 30.
  3. Le pire cas est une panne juste avant la fin d'une sauvegarde, par exemple à 18 h 39 : on revient à 12 h, soit environ 6 h 40 de perte (intervalle de 6 h + durée de 40 min).

Tu avais trouvé ?

Exercice 2 sur 5 Choisir la fréquence Réussi À revoir

Le service comptable accepte de perdre au plus 2 heures de saisie. Une sauvegarde de la base comptable dure 15 minutes. Quel intervalle maximal peux-tu fixer entre deux sauvegardes ? Propose une planification simple.

Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 2

La perte maximale vaut environ intervalle + durée. Il faut intervalle + 15 min ≤ 2 h, donc un intervalle d'au plus 1 h 45. Une planification simple et lisible : une sauvegarde toutes les heures pendant les heures de travail (par exemple de 8 h à 19 h), plus une sauvegarde nocturne. Il faut aussi une alerte en cas d'échec : une sauvegarde ratée doublerait la perte.

Tu avais trouvé ?

Exercice 3 sur 5 RTO réel Réussi À revoir

Un serveur de 900 Go tombe en panne. Les étapes prévues sont : alerte de la supervision en 10 minutes, arrivée du technicien d'astreinte en 45 minutes, restauration depuis le NAS à 125 Mo/s, reconfiguration en 20 minutes, tests en 25 minutes. Le RTO fixé est de 4 heures.

  1. Calcule le RTO réel. L'objectif est-il tenu ?
  2. Le NAS a brûlé avec la salle serveur ; la seule copie est dans le cloud, téléchargeable à 300 Mbit/s. Que devient le RTO réel ?
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 3
  1. Restauration : 900 000 Mo ÷ 125 Mo/s = 7 200 s = 2 h. Total : 10 + 45 + 120 + 20 + 25 = 220 min = 3 h 40 min. L'objectif de 4 heures est tenu, avec 20 minutes de marge seulement.
  2. 300 Mbit/s = 37,5 Mo/s. Restauration : 900 000 ÷ 37,5 = 24 000 s = 6 h 40 min = 400 min. Total : 10 + 45 + 400 + 20 + 25 = 500 min = 8 h 20 min. L'objectif n'est plus tenu : il faudrait soit un débit bien supérieur, soit une copie hors site plus rapide à récupérer, soit un objectif différent pour le scénario « perte du site », à faire valider par la direction.

Tu avais trouvé ?

Exercice 4 sur 5 RTO et SLA Réussi À revoir

Un hébergeur promet à un client une disponibilité de 99,9 % sur l'année, en continu. Son RTO interne pour ce service est de 4 heures. Combien d'incidents graves peut-il subir dans l'année sans rompre son engagement, si chacun dure exactement le RTO ?

Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 4

99,9 % sur 365 jours tolèrent 0,1 % de 8 760 heures, soit 8,76 h = 8 h 45 min 36 s. Deux incidents de 4 heures font 8 heures : l'engagement est tenu. Un troisième le rompt (12 heures). Avec un tel SLA, un RTO de 4 heures laisse très peu de marge, d'autant que les petites coupures s'ajoutent aux incidents graves.

Tu avais trouvé ?

Exercice 5 sur 5 Fixer les objectifs Réussi À revoir

Pour chaque application, propose un RPO et un RTO et justifie en une phrase : (a) le site de commande en ligne d'un grossiste, qui reçoit une commande par minute ; (b) le logiciel de paie d'une PME, utilisé trois jours par mois ; (c) le serveur d'impression d'un lycée.

Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 5

Plusieurs réponses sont acceptables si elles sont justifiées. Exemples :

  • (a) RPO de quelques minutes au plus, voire nul : chaque minute perdue, c'est une commande perdue, donc il faut une réplication de la base. RTO de l'ordre de 1 heure : au-delà, les clients vont chez un concurrent.
  • (b) RPO de 24 heures : une journée de saisie se refait. RTO variable : quelques jours en milieu de mois, mais quelques heures pendant les trois jours de paie, car les salaires doivent partir à date. On peut fixer l'objectif sur la période la plus critique.
  • (c) RPO d'une semaine : la configuration change rarement (ou une sauvegarde de la configuration après chaque changement). RTO d'une journée : les impressions peuvent attendre ou passer par une autre imprimante.

Tu avais trouvé ?

Chapitre terminé !

Fais les 5 exercices avant de passer à la suite : c'est en t'entraînant que tout se fixe.

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