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Chapitre 712 minIntermédiaire

Rétention des sauvegardes, rotation GFS et archivage légal

Par Josselyn C., prof de BTS SIO. Mis à jour le .

À la fin de ce chapitre, tu sauras

  • expliquer la rotation grand-père, père, fils ;
  • calculer la capacité de stockage d'un plan de rétention ;
  • justifier chaque paramètre de rétention par un besoin ;
  • distinguer sauvegarde et archivage, et citer les durées légales courantes ;
  • appliquer le RGPD aux sauvegardes.

3 exercices corrigés1 schéma

La rétention est la durée pendant laquelle on conserve chaque sauvegarde avant de la supprimer ou d'écraser son support. Elle se fixe avec trois questions : jusqu'à quand le métier peut-il avoir besoin de revenir en arrière, combien de temps une corruption ou une intrusion peut-elle passer inaperçue, et quelles obligations légales s'appliquent. La méthode la plus répandue pour garder beaucoup de points récents et quelques points anciens s'appelle la rotation grand-père, père, fils (GFS). Ce chapitre l'explique, montre comment calculer la capacité nécessaire, puis distingue la sauvegarde de l'archivage, qui répond aux obligations de conservation sur plusieurs années.

Pourquoi garder plusieurs générations

Une sauvegarde unique, écrasée chaque nuit, ne protège que d'une perte découverte le jour même. Or beaucoup de problèmes se découvrent tard :

  • un fichier Excel corrompu le 3 du mois, ouvert seulement à la clôture mensuelle, le 30 ;
  • une erreur de manipulation dans l'ERP, remarquée trois semaines plus tard par la comptabilité ;
  • un rançongiciel installé discrètement des semaines avant de chiffrer ;
  • un salarié qui a vidé un dossier avant de partir, remarqué par son remplaçant.

Il faut donc des générations : des sauvegardes de différents âges, assez nombreuses pour remonter loin, sans garder chaque jour pendant des années.

La rotation grand-père, père, fils (GFS)

La rotation GFS (Grandfather-Father-Son) garde trois niveaux de sauvegardes, de moins en moins nombreux à mesure qu'on remonte dans le temps :

  • les fils : une sauvegarde par jour, gardée une ou deux semaines ;
  • les pères : une sauvegarde par semaine (par exemple celle du dimanche), gardée un mois ou deux ;
  • les grands-pères : une sauvegarde par mois (par exemple celle du dernier dimanche du mois), gardée un an.

On peut ajouter un quatrième niveau, une sauvegarde annuelle, gardée plusieurs années.

12 grands-pères1 par mois, gardés un an4 pères1 par semaine, un mois7 fils1 par jour, 7 joursil y a un anil y a un moisaujourd'hui23 points de restauration couvrent toute l'année
La rotation GFS : beaucoup de points récents, de moins en moins en remontant le temps

Avec 7 fils, 4 pères et 12 grands-pères, on garde 23 points de restauration qui couvrent une année entière, au lieu de 365.

Les logiciels récents expriment la même idée par des règles de conservation : --keep-daily 7 --keep-weekly 4 --keep-monthly 12 pour BorgBackup et restic, ou les champs keep-daily, keep-weekly, keep-monthly d'une tâche de nettoyage (prune) dans Proxmox Backup Server. Le logiciel choisit lui-même la sauvegarde qui représente chaque jour, chaque semaine ou chaque mois.

Calculer la capacité nécessaire

Avec des sauvegardes classiques (sans déduplication), chaque père et chaque grand-père est une sauvegarde complète. Prenons un serveur de 1 To, dont 30 Go changent chaque jour, avec 7 fils incrémentaux, 4 pères et 12 grands-pères complets.

NiveauNombre gardéTaille unitaireVolume
Fils (incrémentales quotidiennes)730 Go210 Go
Pères (complètes hebdomadaires)41 To4 To
Grands-pères (complètes mensuelles)121 To12 To
Total23 points16,21 To

Il faut donc environ seize fois le volume des données. C'est le calcul à faire avant d'acheter un NAS ou de souscrire un stockage en ligne, sans oublier la marge pour la croissance des données (souvent 20 à 30 % par an).

Avec un logiciel qui déduplique (Proxmox Backup Server, BorgBackup, restic, Veeam avec certaines options), chaque point de restauration ne coûte que les blocs nouveaux : les 23 points partagent l'essentiel de leurs données, et le stockage nécessaire tombe le plus souvent à quelques fois le volume des données. La compression réduit encore la place pour les documents et les bases, beaucoup moins pour les photos, les vidéos ou les fichiers déjà compressés.

Fixer les durées : un paramètre par besoin

On ne fixe pas une rétention « au jugé » : chaque niveau répond à un besoin précis. C'est aussi la méthode attendue à l'E7 quand un sujet demande de justifier des paramètres de rétention. L'ANSSI rappelle que la stratégie de sauvegarde doit définir les durées de rétention et en donne un exemple de répartition à long terme : 15 jours de sauvegardes journalières, 1 an de sauvegardes mensuelles, 5 ans de sauvegardes annuelles.

Besoin exprimé chez AlvéaParamètre de rétention
Revenir à n'importe quel jour du mois en cours (erreurs découvertes à la clôture)31 sauvegardes quotidiennes
Remonter plusieurs mois après une intrusion discrète12 sauvegardes mensuelles
Retrouver l'état de fin d'exercice comptable les années suivantesUne sauvegarde annuelle à la clôture, gardée tant que le besoin existe, en complément de l'archivage des documents
Avoir une copie hors ligne en cas de rançongicielUne cartouche LTO par mois, gardée 12 mois, rangée hors site

Sauvegarde ou archivage : deux besoins différents

La sauvegarde et l'archivage se ressemblent (des copies conservées), mais ils ne répondent pas au même besoin.

SauvegardeArchivage
ButRevenir en arrière après un incidentConserver des documents pour une obligation légale, une preuve, l'histoire de l'entreprise
DonnéesLes données vivantes, qui changentDes documents figés, qui ne changeront plus
DuréeDes jours à quelques mois, parfois un anDes années, selon la durée légale
AccèsRestauration ponctuelle, par l'informatiqueConsultation par les métiers, recherche par document
GarantiesRécupérer vite un état cohérentIntégrité, lisibilité et traçabilité pendant toute la durée, parfois valeur de preuve
AprèsÉcrasée à la fin de la rétentionDétruite à la fin de la durée légale, de façon tracée

En entreprise, garder dix ans de sauvegardes complètes pour « respecter l'obligation de conservation des factures » n'est pas la meilleure solution : c'est coûteux, on ne retrouve rien, et l'on conserve au passage toutes les autres données, y compris des données personnelles qui auraient dû être supprimées. L'ANSSI le rappelle dans son guide : le besoin d'archivage légal, qui implique parfois de garantir l'authenticité des données, n'est pas forcément couvert par une solution de sauvegarde.

L'archivage électronique à valeur probante repose sur un système d'archivage électronique (SAE) conforme à la norme française NF Z42-013 ou à son équivalent international ISO 14641 : formats pérennes, empreintes, journal des événements inaltérable. Le chapitre Preuve et signature électroniques du cours Droit du numérique le détaille.

Les obligations légales de conservation

Quelques durées que tu dois connaître, d'après les textes cités par l'administration (fiche « Durée de conservation des documents » de Service-Public Entreprendre) :

DocumentsDurée minimaleTexte
Livres et pièces comptables, factures10 ans à partir de la clôture de l'exerciceCode de commerce, article L123-22
Documents utiles au contrôle fiscal6 ansLivre des procédures fiscales, article L102 B
Contrats et correspondances commerciales5 ansCode de commerce, article L110-4
Double des bulletins de paie (employeur)5 ansCode du travail, article L3243-4

Ces durées s'appliquent aux documents. Elles se respectent d'abord par l'archivage ; dans un plan de sauvegarde, elles fixent le nombre de sauvegardes annuelles, comme on vient de le voir pour l'E7. Le tableau complet, avec les durées maximales recommandées par la CNIL, est dans le chapitre Les obligations légales de conservation du cours Droit du numérique.

Le RGPD et les sauvegardes

Les sauvegardes contiennent des données personnelles : le RGPD s'y applique.

  • La sécurité. L'article 32 du RGPD cite parmi les mesures de sécurité les moyens de rétablir la disponibilité des données personnelles et l'accès à celles-ci dans des délais appropriés en cas d'incident physique ou technique. Les sauvegardes et leurs tests en font partie. La CNIL consacre une fiche de son guide de la sécurité des données à la sauvegarde.
  • La durée de conservation. Une donnée ne doit pas être gardée plus longtemps que nécessaire. La rétention des sauvegardes doit donc être fixée, justifiée et documentée (dans le registre des traitements, par exemple), et les sauvegardes réellement supprimées à l'échéance.
  • L'effacement. Quand une personne obtient l'effacement de ses données, on les supprime en production. Les copies présentes dans les sauvegardes disparaissent au terme de la rétention. La pratique courante consiste à le documenter, et à réappliquer les suppressions si l'on restaure une sauvegarde antérieure.
  • La violation de données. Un disque de sauvegarde non chiffré perdu dans un train, ou des sauvegardes volées lors d'une attaque, constituent une violation de données personnelles, à notifier à la CNIL dans les 72 heures si elle présente un risque pour les personnes (Violation de données et notification). Le chiffrement des sauvegardes réduit fortement ce risque.

Exercices

Exercice 1 sur 3 Capacité d'un plan GFS Réussi À revoir

Un serveur contient 800 Go. Chaque jour, 40 Go changent. Le plan garde 6 incrémentales quotidiennes, 4 complètes hebdomadaires, 12 complètes mensuelles et 3 complètes annuelles, sans déduplication.

  1. Combien de points de restauration le plan conserve-t-il ?
  2. Quel volume de stockage faut-il ?
  3. Avec une compression qui réduit les données de 1,5 à 1, ce volume tient-il sur un NAS de quatre disques de 8 To en RAID 6 ?
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 1
  1. 6 + 4 + 12 + 3 = 25 points.
  2. 6 × 40 = 240 Go ; 4 × 800 = 3 200 Go ; 12 × 800 = 9 600 Go ; 3 × 800 = 2 400 Go. Total : 15 440 Go, soit 15,44 To.
  3. Après compression : 15 440 ÷ 1,5 ≈ 10 293 Go, soit environ 10,3 To. En RAID 6, quatre disques de 8 To donnent (4 − 2) × 8 = 16 To utiles. Le plan tient, avec environ 5,7 To de marge pour la croissance des données.

Tu avais trouvé ?

Exercice 2 sur 3 Justifier une rétention Réussi À revoir

Le cabinet comptable Lenoir te transmet ses besoins : pouvoir restaurer n'importe quel jour des deux dernières semaines ; retrouver l'état de chaque fin de mois sur l'année en cours et l'année précédente ; une copie hors ligne en cas de rançongiciel ; conserver les liasses fiscales et les pièces comptables de ses clients pendant la durée légale. Propose les paramètres de rétention et dis lequel de ces besoins serait mieux couvert par un archivage.

Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 2
  • Deux semaines de restauration quotidienne : 14 sauvegardes quotidiennes.
  • État de chaque fin de mois sur deux ans : 24 sauvegardes mensuelles (celle du dernier jour du mois).
  • Copie hors ligne : par exemple une cartouche ou un disque hebdomadaire, sorti du réseau et rangé hors site, gardé quelques semaines, plus une copie mensuelle gardée un an.
  • Pièces comptables et liasses fiscales : 10 sauvegardes annuelles, une par clôture, pour couvrir les 10 ans du Code de commerce (article L123-22), ce qui couvre aussi les 6 ans du Livre des procédures fiscales (article L102 B). C'est la réponse attendue à l'E7. En pratique, ces documents relèvent surtout de l'archivage : un système qui garantit leur intégrité et ne garde que ces documents est plus adapté que dix ans de sauvegardes.

Tu avais trouvé ?

Exercice 3 sur 3 Sauvegarde, archivage et RGPD Réussi À revoir

Un salarié d'Alvéa a quitté l'entreprise il y a trois ans. Le responsable informatique découvre que son dossier personnel, supprimé du serveur de fichiers depuis longtemps, est toujours présent dans les sauvegardes annuelles gardées « au cas où » depuis huit ans. Qu'en penses-tu au regard du RGPD, et que proposes-tu ?

Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 3

Garder des sauvegardes complètes pendant huit ans « au cas où » conserve des données personnelles bien au-delà de leur durée de conservation, sans justification : c'est contraire au principe de limitation de la conservation du RGPD. Il faut :

  • fixer une rétention justifiée par des besoins réels (par exemple 12 sauvegardes mensuelles et une annuelle gardée un ou deux ans) et la documenter ;
  • supprimer les sauvegardes qui dépassent cette rétention ;
  • confier les documents qui doivent légalement être gardés longtemps (comptabilité, paie) à un archivage dédié, qui ne garde que ces documents, pour la durée prévue par les textes.

Tu avais trouvé ?

Chapitre terminé !

Fais les 3 exercices avant de passer à la suite : c'est en t'entraînant que tout se fixe.

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