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Chapitre 1111 minIntermédiaire

Tester la restauration et superviser les sauvegardes

Par Josselyn C., prof de BTS SIO. Mis à jour le .

À la fin de ce chapitre, tu sauras

  • choisir le niveau de test adapté à chaque élément ;
  • mener un test de restauration pas à pas et le chronométrer ;
  • vérifier l'intégrité d'une sauvegarde ;
  • rédiger un compte rendu de test pour ton portfolio ;
  • superviser les sauvegardes avec les bons indicateurs.

3 exercices corrigés

Un test de restauration consiste à restaurer réellement une sauvegarde, dans un environnement qui ne gêne pas la production, puis à vérifier que les données sont complètes et utilisables, et à mesurer le temps nécessaire. C'est la seule preuve qu'une sauvegarde fonctionne. L'ANSSI le formule simplement : les sauvegardes doivent être testées régulièrement, et une procédure de restauration du système d'information doit être rédigée et régulièrement mise en œuvre (R22). Ce chapitre montre les niveaux de test, la démarche pas à pas, la vérification de l'intégrité, le compte rendu à produire et la supervision quotidienne des sauvegardes.

Pourquoi une sauvegarde non testée ne vaut rien

Le rapport de sauvegarde affiche « succès », et pourtant la restauration échoue. Les causes sont toujours les mêmes :

  • le périmètre est faux : un nouveau partage, une nouvelle base ou un nouveau serveur n'a jamais été ajouté à la tâche ;
  • les fichiers ouverts n'ont pas été copiés, ou la base a été copiée dans un état incohérent ;
  • la clé de chiffrement ou le mot de passe du dépôt n'existe plus que sur le serveur sinistré ;
  • le support est abîmé : secteurs illisibles, cartouche démagnétisée, archive tronquée par un disque plein ;
  • la chaîne incrémentale est cassée par un maillon supprimé trop tôt ;
  • l'environnement a changé : l'application refuse une base restaurée d'une autre version, le pilote de la carte réseau manque sur le nouveau matériel ;
  • la durée réelle de restauration dépasse largement le RTO, ce qu'on découvre le jour du sinistre.

Tous ces problèmes se découvrent en dix minutes lors d'un test, et en dix heures lors d'un sinistre.

Les niveaux de test

NiveauCe qu'on faitFréquence indicative
Vérification automatiqueLe logiciel relit ses données et vérifie les empreintes (vérification PBS, borg check, restic check, contrôle de santé Veeam)Chaque semaine, voire chaque jour
Restauration de fichiersRestaurer quelques fichiers ou un dossier tirés au hasard, dans un emplacement de testChaque mois
Restauration d'une base de donnéesRestaurer l'export dans une base de test et lancer quelques requêtes de contrôleChaque mois pour les bases critiques
Restauration d'une VM ou d'un serveurRestaurer la machine entière dans un réseau isolé et vérifier qu'elle démarre et rend son serviceChaque trimestre, à tour de rôle
Restauration d'une application complèteRestaurer tous les composants (annuaire, base, serveur d'application) et vérifier le fonctionnement de bout en boutChaque année pour les applications critiques
Exercice de PRADérouler le plan de reprise, avec les équipes, en chronométrant (chapitre 13)Chaque année

Les fréquences sont des repères : c'est le plan de sauvegarde qui les fixe, selon la criticité.

Mener un test de restauration pas à pas

  1. Fixer l'objectif. Quel élément, quel point de restauration, quel critère de réussite, quel temps maximal (le RTO).
  2. Préparer un environnement isolé. Une VM ou un dossier de test, un réseau isolé (un VLAN sans routage vers la production) pour une machine entière. Une copie d'un serveur restaurée sur le réseau de production provoque des conflits : même adresse IP, même nom, même compte machine dans l'annuaire.
  3. Restaurer en chronométrant. Note l'heure de début et de fin de chaque étape : récupération de la sauvegarde, restauration, redémarrage, reconfiguration.
  4. Vérifier. Avec une liste préparée à l'avance : nombre de fichiers, empreintes de fichiers témoins, ouverture de quelques documents, connexion à l'application, nombre de lignes de quelques tables, une opération métier courante (afficher une commande, ouvrir un ticket).
  5. Conclure. Réussi, réussi avec réserves, ou échoué. Comparer le temps mesuré au RTO.
  6. Documenter. Remplir le compte rendu (modèle plus bas) et le ranger avec le plan de sauvegarde.
  7. Corriger. Toute anomalie devient une action, avec un responsable et une date, puis un nouveau test.
  8. Nettoyer. Supprimer l'environnement de test : une copie restaurée contient des données de production, à protéger comme telles.

Vérifier l'intégrité des sauvegardes

Une empreinte (hachage) calculée au moment de la sauvegarde permet de prouver plus tard qu'un fichier n'a pas changé d'un seul bit.

bash
# Au moment de la sauvegarde : calculer l'empreinte de l'archive et la garder à part
sha256sum glpi-2026-11-02.sql.gz > glpi-2026-11-02.sql.gz.sha256

# Plus tard : recalculer et comparer
sha256sum -c glpi-2026-11-02.sql.gz.sha256
# glpi-2026-11-02.sql.gz: OK

Le fichier d'empreinte ne doit pas être rangé au même endroit que la sauvegarde : un attaquant ou une corruption du support pourrait modifier les deux. Le fonctionnement des fonctions de hachage est expliqué dans le chapitre Fonction de hachage du cours Cryptographie.

Les logiciels qui dédupliquent intègrent ce contrôle : chaque morceau stocké est identifié par son empreinte, et la vérification relit les morceaux pour s'assurer qu'ils correspondent.

OutilVérification
Proxmox Backup ServerTâche de vérification planifiée sur le magasin de données ; état « vérifié » ou « échec » affiché pour chaque sauvegarde
BorgBackupborg check (structure), borg check --verify-data (relit et vérifie toutes les données)
resticrestic check (structure), restic check --read-data-subset=10% (relit une partie des données à chaque fois)
VeeamContrôle de santé (health check) des sauvegardes, et SureBackup qui démarre les VM sauvegardées pour vérifier qu'elles fonctionnent
Windows Server BackupPas de vérification intégrée poussée : seule une restauration réelle prouve la sauvegarde

Le compte rendu de test

Le compte rendu est la preuve que la commission de l'E5 attend, et la mémoire de l'équipe. Il tient en une page.

RubriqueExemple chez Alvéa
Date et auteur4 novembre 2026, Inès Moreau (technicienne)
Objet du testRestauration complète de la VM SRV-GLPI
Sauvegarde utiliséePBS, magasin depot1, sauvegarde du 3 novembre 2026 à 21 h 00, état vérifié
EnvironnementNœud Proxmox de test, VLAN 999 isolé, sans routage
Déroulé et horaires14 h 02 début de la restauration ; 14 h 19 fin ; 14 h 22 VM démarrée ; 14 h 31 vérifications terminées
VérificationsConnexion web à GLPI : OK ; ticket n° 2481 du 3 novembre présent : OK ; 1 247 matériels dans l'inventaire, conforme au rapport de la veille : OK ; connexion LDAP : impossible dans le VLAN isolé, attendu
Durée totale29 minutes, pour un RTO de 2 jours : conforme
RésultatRéussi
Anomalies et actionsLa procédure ne précisait pas l'agent QEMU à vérifier après restauration : procédure mise à jour
Prochain testFévrier 2027 (SRV-FIC)

Superviser les sauvegardes au quotidien

Les sauvegardes échouent régulièrement : disque plein, VM verrouillée, serveur éteint, mot de passe expiré, réseau coupé. Le danger n'est pas l'échec, c'est l'échec que personne ne voit. La supervision repose sur quelques indicateurs :

IndicateurCe qu'il révèleSeuil d'alerte typique
Âge de la dernière sauvegarde réussie, par élémentUne tâche qui ne tourne plus, même sans message d'erreurPlus de 26 heures pour une sauvegarde quotidienne
Taux de réussite des tâchesLa fiabilité globaleEn dessous de 98 % sur le mois
Durée des tâchesUne fenêtre de sauvegarde qui déborde sur la journéeFin après l'arrivée des utilisateurs
Volume sauvegardéUne explosion (fichiers chiffrés) ou une chute (données supprimées, périmètre cassé)Écart de plus de 50 % par rapport à la moyenne
Espace libre sur le stockage de sauvegardeLe prochain échec annoncéMoins de 20 % libre
Date du dernier test de restauration réussiLe « 0 » de la règle 3-2-1-1-0Plus vieux que la fréquence prévue au plan

L'âge de la dernière sauvegarde réussie est l'indicateur le plus utile : il détecte aussi la tâche supprimée ou désactivée, qui n'envoie plus aucun rapport, donc plus aucune erreur. Ces contrôles s'intègrent à l'outil de supervision (Zabbix et Grafana dans le labo SISR, Centreon ailleurs) présenté dans le cours Supervision.

Exercices

Exercice 1 sur 3 Préparer un test Réussi À revoir

Tu dois tester la restauration de la base PostgreSQL de l'ERP d'Alvéa à partir de l'export de la nuit. Rédige les étapes et au moins quatre vérifications concrètes.

Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 1

Étapes : choisir l'export de la nuit et noter son heure ; vérifier son empreinte ; créer une base vide sur un serveur de test (createdb erp_test) ; restaurer (pg_restore -d erp_test …) en notant l'heure de début et de fin ; vérifier ; rédiger le compte rendu ; supprimer la base de test.

Vérifications possibles :

  1. pg_restore se termine sans erreur ;
  2. le nombre de lignes de quelques tables clés (commandes, clients, articles) correspond à celui relevé en production à l'heure de l'export ;
  3. la dernière commande enregistrée avant l'export est présente ;
  4. l'application ERP de test se connecte à la base et affiche une commande ;
  5. le temps de restauration mesuré est compatible avec le RTO de 4 heures, une fois ajoutées les autres étapes.

Tu avais trouvé ?

Exercice 2 sur 3 Un compte rendu à reprendre Réussi À revoir

Voici le compte rendu d'un stagiaire : « Test de sauvegarde du 12/10. J'ai vérifié dans la console que la sauvegarde de cette nuit était en vert. Résultat : OK. » Explique pourquoi ce n'est pas un test de restauration et liste ce qui manque.

Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 2

Le stagiaire a seulement lu un rapport de sauvegarde : rien n'a été restauré, donc rien ne prouve que les données sont complètes et utilisables. Il manque : l'élément restauré et la sauvegarde utilisée ; l'environnement de test ; la restauration elle-même, avec les horaires et la durée ; les vérifications concrètes (fichiers ouverts, comptages, application qui fonctionne) ; la comparaison avec le RTO ; les anomalies et actions ; l'auteur et la date complète.

Tu avais trouvé ?

Exercice 3 sur 3 Indicateurs du mois Réussi À revoir

En octobre, Alvéa a exécuté 6 tâches de sauvegarde chaque nuit pendant 31 nuits. 9 exécutions ont échoué. La tâche de GLPI n'a plus produit aucun rapport depuis le 24 octobre, sans erreur.

  1. Calcule le taux de réussite des exécutions qui ont eu lieu, en supposant que les 8 nuits sans rapport de GLPI (du 24 au 31 inclus) n'ont rien exécuté.
  2. Quel indicateur aurait détecté le problème de GLPI dès la première nuit ?
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 3
  1. Exécutions prévues : 6 × 31 = 186. Exécutions qui ont eu lieu : 186 − 8 = 178. Réussies : 178 − 9 = 169. Taux de réussite : 169 ÷ 178 ≈ 94,9 %, sous le seuil habituel de 98 %. Rapporté aux exécutions prévues, il tombe à 169 ÷ 186 ≈ 90,9 %.
  2. L'âge de la dernière sauvegarde réussie de GLPI : la dernière date du 23 octobre au soir, et l'âge a dépassé le seuil de 26 heures dès la nuit du 24 au 25 octobre. Le taux de réussite seul ne voit rien, puisqu'une tâche qui ne tourne pas ne produit ni succès ni échec : c'est pourquoi on calcule aussi le taux sur les exécutions prévues.

Tu avais trouvé ?

Chapitre terminé !

Fais les 3 exercices avant de passer à la suite : c'est en t'entraînant que tout se fixe.

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