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Chapitre 1213 minIntermédiaire

PCA, PRA et PCI : différences et bilan d'impact (BIA)

Par Josselyn C., prof de BTS SIO. Mis à jour le .

À la fin de ce chapitre, tu sauras

  • distinguer PCA, PRA et PCI ;
  • mener un bilan d'impact sur l'activité (BIA) simplifié ;
  • choisir une stratégie de reprise selon le RTO, le RPO et le coût ;
  • expliquer la réplication synchrone et asynchrone, et les limites de la haute disponibilité.

3 exercices corrigés2 schémas

Le PCA (plan de continuité d'activité) organise la poursuite des activités essentielles de l'organisation pendant une crise, au besoin en mode dégradé. Le PRA (plan de reprise d'activité) organise le redémarrage des systèmes et des activités après une interruption. Le PCI (plan de continuité informatique, aussi appelé plan de secours informatique) est le volet informatique du PCA : les dispositifs techniques qui permettent au système d'information de continuer à rendre service. Ces trois plans s'appuient sur un bilan d'impact sur l'activité (BIA), qui mesure ce que coûte l'arrêt de chaque activité dans le temps. Ce chapitre les distingue, montre comment mener un BIA et présente les stratégies de continuité, du simple rachat de matériel au site de secours chaud.

Le PCA : continuer malgré la crise

Le plan de continuité d'activité concerne toute l'organisation, pas seulement l'informatique. Il répond à la question : « si un événement grave survient (incendie, cyberattaque, inondation, pandémie, panne d'un fournisseur), comment continuons-nous à servir nos clients ? ». Il couvre les personnes (qui travaille, où, avec quelles délégations), les locaux (un site de repli), les fournisseurs, les procédures dégradées (des bons de commande papier si l'ERP est arrêté) et l'informatique.

Son objectif est d'éviter l'interruption des activités essentielles, ou de la limiter à un niveau acceptable. La norme de référence du management de la continuité d'activité est l'ISO 22301.

Le PRA : reprendre après l'interruption

Le plan de reprise d'activité accepte qu'il y ait une interruption, et organise le retour au fonctionnement normal dans les délais fixés (les RTO) avec une perte de données acceptable (les RPO). Dans l'usage courant en informatique, il désigne surtout la reprise du système d'information : restaurer les sauvegardes, reconstruire les serveurs, redémarrer les applications dans le bon ordre, vérifier, puis rendre la main aux utilisateurs. Il s'appuie directement sur les sauvegardes et sur une procédure écrite (chapitre 13).

Le PCI, ou plan de secours informatique

Le PCI est la partie informatique du PCA : il décrit les dispositifs qui permettent au système d'information de continuer à fonctionner malgré la panne d'un composant, ou de basculer très vite sur une infrastructure de secours. On y trouve la redondance des équipements, la réplication des données, les clusters à haute disponibilité et le site de secours. Ces dispositifs sont détaillés dans le cours Haute disponibilité : redondance, réplication, clusters et tests de bascule. Selon les organisations, on rencontre aussi les termes de plan de secours informatique (PSI) ou de plan de reprise informatique : retiens l'idée, le PCI est l'informatique au service de la continuité, et le PRA l'informatique au service de la reprise.

IncidentfonctionnementnormalPCA : l'activité continue en mode dégradéPCI (bascule, réplique) et contournements métierPRA : le système d'information est restaurédepuis les sauvegardes, dans le délai du RTORetourà lanormaletemps
Le PCA fait continuer l'activité pendant la crise, le PRA fait revenir le système d'information

PCA et PRA : le comparatif

PCAPRA
QuestionComment continuer pendant la crise ?Comment redémarrer après l'arrêt ?
InterruptionÉvitée ou limitée au minimumAcceptée, dans la limite du RTO
PérimètreToute l'organisation : personnes, locaux, fournisseurs, informatiqueSurtout le système d'information
Moyens informatiquesRedondance, réplication, haute disponibilité, site de secours actif (le PCI)Sauvegardes, matériel de remplacement, procédures de restauration
RPO et RTO typiquesProches de zéro pour les activités les plus critiquesDe quelques heures à quelques jours
CoûtÉlevé : une partie de l'infrastructure est doublée en permanencePlus modéré

Le bilan d'impact sur l'activité (BIA)

Le BIA (Business Impact Analysis, bilan ou analyse d'impact sur l'activité) est le processus qui analyse, dans le temps, les effets d'une interruption sur les activités de l'organisation. C'est la définition de la norme ISO 22301. Il ne demande pas « quelle panne peut arriver ? » (c'est l'analyse de risques), mais « si cette activité s'arrête, que se passe-t-il au bout d'une heure, d'une journée, d'une semaine ? ».

La démarche, menée avec les responsables métier :

  1. Lister les activités de l'organisation (prendre les commandes, produire, expédier, payer les salariés, facturer).
  2. Évaluer les impacts de leur arrêt à plusieurs échéances, sur plusieurs plans : financier (chiffre d'affaires perdu, pénalités), juridique (obligation non respectée), image (clients perdus), humain (sécurité des personnes).
  3. En déduire les objectifs : la durée d'interruption au-delà de laquelle l'impact devient inacceptable (qui donne le RTO, avec une marge) et la perte de données acceptable (le RPO).
  4. Recenser les dépendances : applications, données, personnes clés, fournisseurs, locaux nécessaires à chaque activité.
  5. Définir les ressources minimales pour un fonctionnement dégradé : combien de postes, quelles applications, combien de personnes.

Le BIA d'Alvéa, simplifié :

ActivitéImpact après 4 hAprès 1 jourAprès 1 semaineRTO retenuRPO retenuDépendances informatiques
Préparation et expédition des commandesMoyen : retards rattrapablesFort : livraisons manquées, pénalitésCritique : clients perdus4 h1 hERP, annuaire, imprimantes d'étiquettes, Internet (transporteurs)
Production à l'atelierFaible : planning imprimé la veilleFort : atelier arrêtéCritique1 jour24 hERP, poste de pilotage des machines
PaieNul en milieu de moisFort pendant les trois jours de paieCritique si les salaires ne partent pas2 jours (1 jour en période de paie)24 hLogiciel de paie en ligne, Microsoft 365
Comptabilité, facturationFaibleMoyenFort : trésorerie3 jours24 hERP, serveur de fichiers
Communication interneFaibleMoyenMoyen2 jours24 hMicrosoft 365, intranet

Le BIA donne les priorités du PRA (l'ERP et ses dépendances d'abord), justifie les investissements (une réplique de l'ERP, oui ; une haute disponibilité pour l'intranet, non) et fournit les RPO et RTO que le plan de sauvegarde doit tenir. Il se complète par l'analyse de risques, qui estime la vraisemblance des événements redoutés et choisit les mesures (le cours Analyse de risques).

Les stratégies de continuité et de reprise

Une fois les objectifs connus, on choisit la stratégie la moins chère qui les tient.

StratégiePrincipeRTO typiqueRPO typiqueCoût
Restauration sur matériel neufOn rachète les serveurs, puis on restaure les sauvegardesPlusieurs joursCelui des sauvegardesFaible
Site froid (cold site)Un local prêt (électricité, réseau, climatisation), sans matériel configuréPlusieurs joursCelui des sauvegardesFaible à moyen
Site tiède (warm site)Du matériel installé, alimenté par des sauvegardes ou des réplications périodiquesQuelques heuresDe quelques minutes à quelques heuresMoyen
Site chaud (hot site)Une copie à jour, en permanence, prête à prendre le relaisDe quelques minutes à une heureProche de zéroÉlevé
Reprise dans le cloud (DRaaS)Les sauvegardes ou les réplications démarrent sous forme de VM chez un prestataireDe quelques minutes à quelques heuresCelui de la réplication ou de la sauvegardePayé surtout à l'usage
Deux sites actifs (actif-actif)Les deux sites rendent le service en même temps et se partagent la chargeQuasi nulQuasi nulTrès élevé
Matérielneufplusieurs jours€Sitefroidplusieurs jours€Sitetièdequelques heures€€Sitechaudminutes à 1 h€€€Deux sitesactifsquasi nul€€€€RTO long, coût faibleRTO court, coût élevésous chaque stratégie : le délai de reprise typique, puis le coût
Plus le délai de reprise visé est court, plus la stratégie coûte cher

Chez Alvéa, le BIA conduit à une stratégie mixte : une réplique de la VM de l'ERP toutes les 15 minutes sur un second nœud Proxmox installé dans le local technique de l'atelier, de l'autre côté du site (un site tiède pour l'ERP), et une restauration depuis les sauvegardes pour tout le reste.

Réplication et haute disponibilité : les briques du PCI

La réplication copie les données vers un second système.

  • Synchrone : une écriture n'est confirmée à l'application qu'une fois écrite des deux côtés. Aucune perte (RPO nul), mais les deux sites doivent être proches, car chaque écriture attend l'aller-retour réseau.
  • Asynchrone : l'écriture est confirmée tout de suite, puis envoyée à la réplique avec un léger retard. Une perte de quelques secondes à quelques minutes est possible, mais la distance n'est plus un problème.

La haute disponibilité fait redémarrer automatiquement un service ailleurs quand son serveur tombe : un cluster d'hyperviseurs relance les VM d'un nœud en panne sur les nœuds restants (il faut un stockage partagé ou répliqué), un couple de pare-feu bascule sur le second. Elle s'appuie sur la redondance du matériel : disques en RAID, alimentations doublées sur deux onduleurs, liens réseau agrégés. Le chapitre Haute disponibilité du cours Virtualisation et le chapitre Le matériel serveur : redondance et RAID détaillent ces mécanismes.

Les cadres de référence

  • ISO 22301 : la norme internationale du système de management de la continuité d'activité, qui définit notamment le BIA.
  • ISO/IEC 27031 : les lignes directrices sur la préparation des technologies de l'information et de la communication à la continuité, que l'ANSSI cite dans son guide sur la sauvegarde.
  • NIS 2 : la directive européenne sur la cybersécurité (directive 2022/2555) impose aux entités qu'elle concerne des mesures de gestion des risques parmi lesquelles figurent, à son article 21, la continuité des activités, comme la gestion des sauvegardes et la reprise des activités, et la gestion des crises (ISO 27001, ISO 27005 et NIS 2).

Exercices

Exercice 1 sur 3 PCA ou PRA ? Réussi À revoir

Classe chaque mesure dans le PCA (y compris le PCI) ou dans le PRA.

  1. Les commerciaux disposent de bons de commande papier si l'ERP est indisponible.
  2. La procédure décrit comment restaurer SRV-FIC à partir de Proxmox Backup Server.
  3. Les deux pare-feu fonctionnent en couple et basculent automatiquement en cas de panne.
  4. La VM de l'ERP est répliquée toutes les 15 minutes sur un second nœud.
  5. La liste ordonne la remise en service des applications après la perte de la salle serveur.
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 1
  1. PCA : procédure dégradée des métiers, l'activité continue sans l'informatique.
  2. PRA : reprise à partir des sauvegardes après une interruption.
  3. PCA, plus précisément le PCI : la redondance évite l'interruption.
  4. PCA (PCI) : la réplique permet de basculer en quelques minutes. Elle sert aussi le PRA de l'ERP, puisqu'elle réduit fortement son temps de reprise.
  5. PRA : l'ordre de restauration après l'arrêt.

Tu avais trouvé ?

Exercice 2 sur 3 Un mini BIA Réussi À revoir

Une boulangerie industrielle livre chaque matin à 5 h une quarantaine de magasins. Les commandes des magasins arrivent par un portail web jusqu'à 20 h la veille ; le logiciel de production calcule alors les quantités à fabriquer pendant la nuit.

  1. Évalue l'impact d'un arrêt du logiciel de production d'une heure, à 14 h, puis d'un arrêt de 4 heures à 21 h.
  2. Propose un RTO et un RPO pour le portail de commandes et justifie.
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 2
  1. À 14 h, une heure d'arrêt n'a presque aucun impact : les commandes du jour ne sont pas encore closes et la production commence le soir. À 21 h, 4 heures d'arrêt sont critiques : les quantités ne sont pas calculées, la fabrication de nuit ne démarre pas, et les livraisons de 5 h sont compromises. L'impact dépend du moment : le BIA doit le dire, et le PRA donner la priorité à ce logiciel le soir.
  2. Portail de commandes : un RPO très court, de l'ordre de quelques minutes, car une commande perdue, c'est un magasin non livré, et les magasins ne savent pas qu'il faut recommander ; un RTO d'environ 1 heure en fin de journée, car les magasins doivent pouvoir commander avant 20 h (on peut prévoir un mode dégradé : commandes par courriel ou par téléphone). D'autres valeurs sont acceptables si elles sont justifiées par l'heure limite de 20 h.

Tu avais trouvé ?

Exercice 3 sur 3 Choisir une stratégie Réussi À revoir

Pour chaque besoin, choisis une stratégie parmi : restauration sur matériel neuf, site froid, site tiède, site chaud, reprise dans le cloud. Justifie.

  1. Une mutuelle dont le service de remboursement en ligne doit être rétabli en moins de 30 minutes, sans perte de données.
  2. Une association de 10 personnes, dont l'activité supporte une semaine d'arrêt.
  3. Une PME qui vise un RTO de 4 heures pour son ERP, sans second bâtiment, avec un budget limité.
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 3
  1. Site chaud avec réplication synchrone (ou deux sites actifs) : RTO de quelques minutes, RPO nul. Le coût est justifié par l'activité.
  2. Restauration sur matériel neuf à partir de sauvegardes hors site : une semaine laisse le temps de racheter et de restaurer, et c'est la solution la moins chère.
  3. Reprise dans le cloud (DRaaS) : les sauvegardes ou une réplique démarrent chez un prestataire en quelques heures, sans second bâtiment ni matériel en double. Un site tiède chez un partenaire serait une autre réponse acceptable.

Tu avais trouvé ?

Chapitre terminé !

Fais les 3 exercices avant de passer à la suite : c'est en t'entraînant que tout se fixe.

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