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Chapitre 1014 minAvancé

IDS et IPS : détecter et bloquer les intrusions

Par Josselyn C., prof de BTS SIO. Mis à jour le .

À la fin de ce chapitre, tu sauras

  • distinguer IDS et IPS, NIDS et HIDS ;
  • nommer faux positifs et faux négatifs et en mesurer l'enjeu ;
  • lire une règle Suricata et une alerte, puis trier des alertes ;
  • traiter un blocage injustifié sans désactiver la protection.

5 exercices corrigés

Un IDS (Intrusion Detection System, système de détection d'intrusion) analyse le trafic réseau ou l'activité d'une machine et lève une alerte quand il reconnaît une attaque ; un IPS (Intrusion Prevention System) fait la même analyse mais bloque en plus le trafic malveillant. Ce chapitre explique les deux modes, les méthodes de détection et leurs erreurs (faux positifs, faux négatifs), le fonctionnement de Suricata et de ses règles, la lecture d'une alerte et la façon de traiter un blocage injustifié, comme dans le sujet E7 SISR 2026.

IDS ou IPS

IDSIPS
PositionHors du flux : il reçoit une copie du trafic (port miroir du switch, dérivation)Dans le flux (inline) : le trafic le traverse
ActionAlerte, journaliseAlerte, journalise et bloque (jette le paquet, coupe la connexion)
Risque principalUne attaque détectée n'est pas arrêtée tant que personne ne réagitUn faux positif bloque un usage légitime ; une panne de l'IPS peut couper le réseau
UsageObservation, mise au point des règles, réseaux où la disponibilité primeProtection active, une fois les règles bien réglées

Un IPS en panne doit-il laisser passer le trafic (fail-open, la disponibilité d'abord) ou tout bloquer (fail-closed, la sécurité d'abord) ? Le choix dépend de ce que l'organisation peut le moins supporter, et doit être documenté.

On distingue aussi :

  • le NIDS (network IDS), qui analyse le trafic réseau : Suricata, Snort, ou le module IDS/IPS d'un pare-feu (pfSense, OPNsense, Stormshield, UniFi) ;
  • le HIDS (host IDS), installé sur chaque machine, qui surveille ses journaux, l'intégrité de ses fichiers, ses processus : l'agent Wazuh en est l'exemple libre le plus courant (chapitre 13). Les EDR des postes et serveurs vont plus loin en analysant le comportement des programmes et en pouvant isoler une machine.

Les méthodes de détection

  • Par signatures : l'IDS compare le trafic à une base de motifs d'attaques connues (une chaîne caractéristique dans une requête, une suite de paquets typique d'un balayage). Très précis pour ce qui est connu, aveugle à ce qui ne l'est pas encore.
  • Par anomalies (comportementale) : l'IDS apprend le trafic normal et signale les écarts (un serveur qui se met à envoyer des gigaoctets la nuit, un poste qui contacte cinquante machines en une minute). Il repère des attaques inconnues, mais produit plus de fausses alertes.
  • Par réputation : l'IDS signale les connexions vers des adresses ou des domaines connus pour être malveillants (listes publiées et mises à jour en continu).

Toute détection fait des erreurs. Il faut savoir les nommer :

Il y a vraiment une attaqueIl n'y a pas d'attaque
L'IDS alerteVrai positif : la détection fonctionneFaux positif : alerte injustifiée ; en mode IPS, un usage légitime est bloqué
L'IDS n'alerte pasFaux négatif : attaque manquée, le cas le plus graveVrai négatif : tout va bien

Trop de faux positifs noient les vraies alertes (on parle de « fatigue d'alerte ») ; régler les règles pour en réduire le nombre est une partie normale du travail. Un IDS mal réglé qui alerte mille fois par jour n'est plus lu par personne.

Suricata et ses règles

Suricata, développé par l'OISF, est l'IDS/IPS libre de référence. Il analyse les protocoles (HTTP, TLS, DNS, SMB, SSH…), extrait les fichiers, écrit ses alertes et ses métadonnées dans le fichier JSON eve.json, facile à envoyer vers un SIEM. Snort 3 (Cisco) est son équivalent historique. Les deux utilisent des jeux de règles mis à jour quotidiennement : ET Open (gratuit), ET Pro (payant), et les règles de Snort (communautaires ou par abonnement).

Une règle se lit comme une phrase : « si tel trafic contient tel motif, alors telle action ». En voici une, écrite localement pour Sorbier, qui signale une même source qui ouvre dix connexions SSH en une minute vers le réseau interne :

text
alert tcp any any -> $HOME_NET 22 (msg:"LOCAL Tentatives SSH repetees depuis une meme source"; flow:to_server; flags:S; threshold:type both, track by_src, count 10, seconds 60; classtype:attempted-admin; sid:1000001; rev:1;)
PartieSignification
alertAction : alerter. En mode IPS, drop jette le paquet et alerte ; pass ignore le trafic
tcp any any -> $HOME_NET 22En-tête : protocole, source et port source, sens, destination et port de destination. $HOME_NET est une variable qui contient les réseaux internes
msgLe texte affiché dans l'alerte
flow:to_serverSeulement le trafic du client vers le serveur
flags:SPaquets SYN : des débuts de connexion
threshold:type both, track by_src, count 10, seconds 60N'alerter qu'une fois par minute et par adresse source, à partir de 10 correspondances en 60 secondes
classtypeLa catégorie de l'attaque, qui fixe la priorité par défaut
sid, revIdentifiant unique de la règle et sa révision. Les règles locales utilisent les numéros à partir de 1 000 000

Une autre, qui repère l'usage de Telnet, un protocole d'administration en clair qui ne devrait plus exister sur le réseau :

text
alert tcp $HOME_NET any -> any 23 (msg:"LOCAL Telnet en clair sur le reseau interne"; flow:to_server,established; classtype:policy-violation; sid:1000002; rev:1;)

Suricata sur pfSense et OPNsense

Sur pfSense, le paquet Suricata (System > Package Manager) s'installe en quelques minutes ; sur OPNsense, il est intégré (Services > Intrusion Detection). Les étapes sont les mêmes (le cours pfSense les détaille au chapitre pfBlockerNG et Suricata) :

  1. Choisir les interfaces à surveiller. Sur le WAN, l'IDS voit toutes les attaques venues d'Internet, y compris celles que le pare-feu bloque déjà : beaucoup de bruit. Sur les interfaces internes (POSTES, SERVEURS, DMZ), il voit ce qui a franchi le filtrage et le trafic entre zones, souvent plus utile.
  2. Activer les jeux de règles (ET Open au minimum) et leur mise à jour automatique quotidienne.
  3. Choisir les catégories de règles en rapport avec le réseau (inutile d'activer les règles d'un logiciel qu'on n'a pas).
  4. Commencer en mode IDS (alertes seules) pendant quelques semaines, analyser les alertes, supprimer ou ajuster celles qui sont des faux positifs (listes de suppression).
  5. Passer en mode IPS (Inline IPS Mode), en ne mettant en drop que les catégories fiables.

pfSense propose aussi un mode « blocage des adresses fautives » (Legacy Mode) : l'adresse source d'une alerte est ajoutée à une liste de blocage du pare-feu pour une durée donnée. Simple, mais dangereux : une adresse interne bloquée par erreur, ou l'adresse d'un serveur DNS, peut couper un service entier. On y ajoute toujours une liste blanche (pass list) des adresses à ne jamais bloquer : passerelles, serveurs DNS, serveurs internes critiques.

Lire une alerte et la traiter

Une ligne d'alerte de eve.json, mise en forme :

json
{
  "timestamp": "2026-04-21T03:14:07.512+0200",
  "event_type": "alert",
  "src_ip": "192.168.10.71",
  "src_port": 50322,
  "dest_ip": "192.168.10.177",
  "dest_port": 445,
  "proto": "TCP",
  "alert": {
    "action": "allowed",
    "signature_id": 1000010,
    "signature": "LOCAL Poste qui enumere les partages de nombreux serveurs",
    "category": "Detection of a Network Scan",
    "severity": 2
  }
}

Pour chaque alerte, pose ces questions, dans l'ordre :

  1. Quand ? Ici à 3 h du matin : aucun salarié ne travaille, c'est un premier signal.
  2. Qui vers qui ? Un poste du VLAN 10 vers le contrôleur de domaine, sur SMB. Une alerte de l'intérieur vers l'intérieur est souvent plus grave qu'une alerte venue d'Internet : quelque chose est déjà entré.
  3. Quoi ? La signature et sa catégorie disent ce qui a été reconnu : ici, une énumération de partages, typique de la phase de découverte d'un attaquant (tactique Discovery de MITRE ATT&CK).
  4. Quelle gravité ? Dans Suricata, severity 1 est la plus élevée, 3 la plus faible.
  5. Qu'a fait l'IDS ? allowed : il a seulement alerté (mode IDS) ; blocked : il a bloqué (mode IPS).
  6. Est-ce légitime ? Un outil d'inventaire ou une sauvegarde planifiée peut produire ce trafic : vérifier dans la documentation, les tâches planifiées, auprès des collègues.
  7. Qu'en disent les autres journaux ? Ouverture de session sur le poste à cette heure-là, connexions du pare-feu, alertes de l'EDR : c'est le travail de corrélation du SIEM.

Si l'alerte est confirmée, on passe à la gestion d'incident (chapitre 14). Si c'est un faux positif, on le documente et on ajuste la règle (suppression pour cette source, ou seuil modifié) pour qu'il ne se reproduise pas.

Les limites d'un IDS

  • Le chiffrement : dans un flux HTTPS, l'IDS ne voit que les métadonnées (adresses, nom du site dans la négociation TLS, certificat, empreinte du client TLS). Pour analyser le contenu, il faut l'inspection TLS (chapitre 9) ou une détection sur les machines elles-mêmes (EDR, HIDS).
  • Ce qu'il ne voit pas : le trafic entre deux machines d'un même VLAN ne passe pas par le pare-feu. Pour l'observer, il faut un port miroir sur le switch, ou un agent sur les machines.
  • La performance : analyser chaque paquet demande beaucoup de processeur ; un IPS sous-dimensionné devient un goulot d'étranglement.
  • Les attaques inconnues passent à travers les signatures : la détection comportementale et la corrélation dans un SIEM complètent le dispositif.

Exercices

Exercice 1 sur 5 Faux positif ou faux négatif ? Réussi À revoir

Nomme chaque situation (vrai positif, faux positif, faux négatif, vrai négatif) et dis laquelle est la plus grave pour la sécurité.

  1. L'IPS bloque la mise à jour du logiciel de comptabilité, dont le fichier ressemble à une signature de logiciel malveillant.
  2. Un rançongiciel chiffre un serveur sans qu'aucune alerte n'ait été émise.
  3. L'IDS alerte sur un balayage de ports réellement mené depuis Internet.
  4. L'IDS reste silencieux pendant une journée de travail normale.
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 1
  1. Faux positif (en mode IPS, il bloque un usage légitime : atteinte à la disponibilité).
  2. Faux négatif : c'est le plus grave pour la sécurité, l'attaque est passée sans être vue.
  3. Vrai positif.
  4. Vrai négatif.

Tu avais trouvé ?

Exercice 2 sur 5 Lire une règle Réussi À revoir

Explique en français ce que fait cette règle, puis ce qui changerait avec drop à la place de alert :

text
alert tcp $HOME_NET any -> any 23 (msg:"LOCAL Telnet en clair sur le reseau interne"; flow:to_server,established; classtype:policy-violation; sid:1000002; rev:1;)
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 2

Elle émet une alerte pour toute connexion TCP établie, depuis une machine des réseaux internes ($HOME_NET, n'importe quel port source) vers n'importe quelle destination sur le port 23 (Telnet), dans le sens client vers serveur. Le message signale l'usage de Telnet, un protocole d'administration qui transmet identifiants et commandes en clair, et la catégorie policy-violation indique un manquement à la politique de sécurité plutôt qu'une attaque. Avec drop, en mode IPS, les paquets correspondants seraient en plus jetés : les connexions Telnet seraient bloquées.

Tu avais trouvé ?

Exercice 3 sur 5 Trier des alertes Réussi À revoir

Voici quatre alertes reçues la même nuit. Classe-les de la plus urgente à la moins urgente, et justifie.

N°HeureSourceDestinationSignatureSévérité
A02:10198.51.100.23 (Internet)203.0.113.17 (pare-feu)Balayage de ports3
B02:45192.168.10.225 (serveur web, DMZ)192.168.10.179 (srv-gestion)Tentative d'exploitation d'une faille web1
C03:05192.168.10.71 (poste)192.0.2.50 (Internet)Connexion vers une adresse de commande de logiciel malveillant connue1
D03:30192.168.10.64/26 (plusieurs postes)InternetMise à jour d'un logiciel non approuvé3
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 3
  1. C : un poste interne contacte un serveur de commande connu, à 3 h : il est très probablement compromis et contrôlé à distance. Isoler le poste immédiatement.
  2. B : le serveur web de la DMZ tente d'exploiter une faille de srv-gestion, alors qu'il n'a le droit de lui parler que par l'API : le serveur web est probablement compromis et cherche à rebondir vers l'intérieur. Isoler le serveur web, vérifier srv-gestion. (On peut aussi le placer en premier : les deux sont des compromissions internes de sévérité 1.)
  3. D : écart à la politique de sécurité (logiciel non approuvé), à traiter dans la journée.
  4. A : un balayage venu d'Internet, bloqué par le pare-feu, est permanent sur toute adresse publique ; il ne demande pas d'action, sinon de vérifier que rien n'est exposé inutilement.

Tu avais trouvé ?

Exercice 4 sur 5 L'utilisateur bloqué Réussi À revoir

Depuis l'activation de l'IPS en mode « blocage des adresses fautives », la comptable n'a plus accès à Internet chaque fin de mois, au moment où son logiciel envoie les déclarations sociales. Le journal montre une alerte « transfert de fichier volumineux vers un serveur non classé » depuis son poste, suivie du blocage de son adresse pour 24 heures.

  1. Explique le dysfonctionnement.
  2. Propose une solution qui garde la protection.
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 4
  1. C'est un faux positif : l'envoi légitime des déclarations ressemble, pour la signature, à une exfiltration de données. En mode blocage, l'IPS ajoute alors l'adresse du poste à la liste de blocage du pare-feu, ce qui coupe tout son accès à Internet pendant 24 heures.
  2. Ajouter une exception ciblée : supprimer cette signature pour le flux du poste de la comptable vers le serveur de déclaration identifié (adresse ou domaine du destinataire), ou ajouter ce destinataire à une liste d'adresses de confiance. Ne pas désactiver l'IPS ni la signature pour tout le monde. Documenter l'exception (qui, pourquoi, date de réexamen), et vérifier ensuite que le blocage ne se reproduit pas.

Tu avais trouvé ?

Exercice 5 sur 5 Où placer la sonde ? Réussi À revoir

Sorbier veut un IDS mais n'a qu'un budget pour une sonde. Les options : sur l'interface WAN du pare-feu, sur l'interface DMZ, ou sur l'interface SERVEURS. Discute chaque option et fais un choix.

Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 5
  • WAN : voit tout ce qui arrive d'Internet, y compris les balayages permanents que le pare-feu bloque déjà. Beaucoup d'alertes, peu actionnables.
  • DMZ : voit les attaques qui ont franchi le pare-feu vers le serveur web (le seul service exposé) et, surtout, toute tentative du serveur web compromis vers l'intérieur ou vers Internet. Très pertinent pour la zone la plus exposée.
  • SERVEURS : voit le trafic des postes et de la DMZ vers les serveurs, donc les mouvements latéraux vers le cœur du système d'information.
  • Choix : DMZ et SERVEURS sont les plus utiles ; sur pfSense ou OPNsense, une même instance de Suricata peut d'ailleurs surveiller plusieurs interfaces. Avec une seule interface, la DMZ protège le point d'entrée le plus probable ; SERVEURS protège ce qui a le plus de valeur. Les deux réponses se défendent si elles sont justifiées ; le WAN est le moins utile.

Tu avais trouvé ?

Chapitre terminé !

Fais les 5 exercices avant de passer à la suite : c'est en t'entraînant que tout se fixe.

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