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Chapitre 115 minIntermédiaire

Déploiement de postes : enjeux et méthodes

Par Josselyn C., prof de BTS SIO. Mis à jour le .

À la fin de ce chapitre, tu sauras

  • expliquer pourquoi on industrialise l'installation des postes ;
  • distinguer image épaisse, image fine, installation automatisée et provisioning ;
  • choisir une méthode de déploiement adaptée à une situation ;
  • découper un projet de déploiement en étapes, du recueil des besoins à la recette.

3 exercices corrigés1 schéma

Le déploiement de postes regroupe les méthodes qui installent et configurent en série les ordinateurs d'une organisation : système d'exploitation, pilotes, logiciels, réglages, jonction au domaine. Ce chapitre explique pourquoi on industrialise cette tâche, présente les quatre grandes familles de méthodes (installation manuelle, image, installation automatisée, provisioning) et la façon de mener un projet de déploiement, du recueil des besoins à la remise des postes.

Pourquoi industrialiser l'installation des postes

Installer un poste Windows 11 à la main, avec une check-list sérieuse, prend entre deux et quatre heures : installation du système, pilotes, mises à jour, logiciels métier, imprimantes, jonction au domaine, chiffrement, vérifications. Pour un poste, c'est acceptable. Pour vingt, c'est une semaine de travail d'un technicien, et le résultat n'est jamais tout à fait identique d'un poste à l'autre.

Industrialiser le déploiement apporte cinq bénéfices :

  • Du temps. Une fois la méthode prête, un poste se déploie en quelques dizaines de minutes, et plusieurs postes peuvent se déployer en même temps.
  • L'homogénéité. Tous les postes ont la même version de Windows, les mêmes logiciels dans les mêmes versions, les mêmes réglages. Le support devient plus simple : un problème reproduit sur un poste se corrige sur tous.
  • La sécurité. Les réglages de sécurité (pare-feu, antivirus, chiffrement BitLocker, compte administrateur local géré par LAPS, mises à jour) sont appliqués à chaque fois, sans oubli. Un poste installé à la main un vendredi soir est souvent celui où l'on a oublié une étape.
  • La traçabilité. La méthode est écrite, versionnée, et chaque poste déployé remonte dans l'inventaire. On sait ce qui est installé et pourquoi.
  • La reprise rapide. Un poste qui tombe en panne, se fait infecter ou change d'utilisateur se réinstalle en une heure au lieu d'être réparé pendant une journée. Les données de l'utilisateur sont sur le serveur ou dans le cloud, pas sur le poste : on remplace la machine, pas le travail.

Le cycle de vie d'un poste

Le déploiement n'est qu'une étape de la vie d'un poste. La place de chaque étape aide à comprendre ce qu'on attend du déploiement :

  1. Achat : choix du modèle, souvent un seul ou deux modèles pour tout le parc, ce qui simplifie les pilotes.
  2. Réception et inventaire : numéro de série, numéro d'inventaire, étiquette (cours GLPI et gestion de parc).
  3. Déploiement : système, pilotes, logiciels, réglages, jonction au domaine. C'est l'objet de ce cours.
  4. Recette et remise : vérifications, remise à l'utilisateur avec la charte informatique.
  5. Exploitation : mises à jour, déploiement de nouveaux logiciels, dépannage, réinstallation si besoin.
  6. Fin de vie : effacement sécurisé des données, sortie de l'inventaire, recyclage ou reconditionnement (cours Poste de travail).

Les outils de déploiement interviennent aux étapes 3 et 5 : ils installent le poste, puis continuent à lui livrer des logiciels et des mises à jour tout au long de sa vie.

Les quatre familles de méthodes

L'installation manuelle

On installe Windows depuis une clé USB, puis on suit une check-list. Aucune infrastructure n'est nécessaire, mais le résultat dépend de la personne qui installe. C'est la méthode des très petites structures (moins de cinq postes) et des cas particuliers : un poste au matériel exotique, un poste de test.

Le clonage d'une image (masterisation)

On prépare un poste de référence, qu'on appelle aussi le master ou l'image de référence : Windows, les logiciels, les réglages. On le généralise avec Sysprep pour lui retirer ce qui doit être unique à chaque poste, on capture son disque dans un fichier image, puis on applique cette image sur les autres postes, par le réseau ou depuis une clé USB. La création du master s'appelle la masterisation.

C'est la méthode historique des services informatiques. Les outils les plus connus sont FOG Project et Clonezilla (libres), WDS (le rôle de Windows Server), Microsoft Configuration Manager (payant) et, jusqu'à son retrait en 2026, MDT. Le chapitre 2 montre comment préparer le master, le chapitre 5 comment le déployer avec FOG.

L'installation automatisée

On ne clone pas un disque : on lance l'installation officielle de Windows (ou de Linux), mais pilotée par un fichier de réponses qui répond à toutes les questions à la place du technicien. Sous Windows, c'est le fichier autounattend.xml (chapitre 3) ; sous Debian, un fichier preseed ; sous Ubuntu, un fichier autoinstall (chapitre 8). Une fois le système installé, des scripts installent les logiciels, souvent avec un gestionnaire de paquets comme winget (chapitre 7).

L'installation est plus lente qu'un clonage (une trentaine de minutes au lieu de dix), mais elle part toujours de la dernière version du système, et il n'y a pas d'image à refaire quand un logiciel change : on modifie une ligne du script.

Le provisioning

Le poste arrive du fabricant avec Windows déjà installé. On ne le réinstalle pas : on le transforme en poste de l'entreprise. Au premier démarrage, l'utilisateur se connecte avec son compte professionnel ; le poste s'inscrit dans un outil de gestion (Microsoft Intune), qui lui applique les réglages, installe les logiciels et vérifie sa conformité. C'est le principe de Windows Autopilot (chapitre 6). Le poste peut être livré directement chez le salarié, sans passer par le service informatique : c'est le déploiement zero-touch (« sans contact »).

Image épaisse, image fine ou pas d'image

La frontière entre les méthodes se lit dans ce que contient l'image :

ApprocheCe que contient l'imageCe qui est installé aprèsAvantagesInconvénients
Image épaisse (thick image)Windows, tous les logiciels, tous les réglagesPresque rienDéploiement très rapide, poste prêt au premier démarrageImage énorme, à refaire à chaque mise à jour d'un logiciel ; une image par profil de poste
Image fine (thin image)Windows, ses mises à jour, au plus quelques composants communsLes logiciels et réglages, par scripts, GPO ou outil de gestionUne seule image pour tout le parc, rarement refaiteDéploiement plus long, dépend du réseau et des outils de post-installation
Image hybrideWindows et les logiciels communs à tous (navigateur, suite bureautique, lecteur PDF, agent d'inventaire)Les logiciels propres à chaque serviceBon compromis, le plus courant en PMEIl faut décider ce qui est « commun »
Pas d'image (installation automatisée ou provisioning)Le média officiel, ou le Windows du fabricantToutToujours à jour, aucune image à maintenirPlus lent, demande une infrastructure de gestion
Windows etmises à jourLogicielscommunsLogicielsmétierRéglagesImage épaissedans l'imagedans l'imagedans l'imagedans l'imageImage hybridedans l'imagedans l'imagescript, GPOGPOImage finedans l'imagescript, wingetscript, GPOGPOProvisioningWindows d'usineIntuneIntuneIntunecapturé dans l'imageinstallé après le déploiementWindows du fabricant gardéDu haut vers le bas : l'image s'allège et se périme moins vite,mais le déploiement dépend davantage des outils de post-installation.Le nom et la jonction au domaine se font toujours sur chaque poste.
Ce que contient l'image selon la méthode : plus l'image est fine, plus le travail se fait après le déploiement

La tendance est nette : les images s'amincissent. Les logiciels se mettent à jour chaque mois, parfois chaque semaine, et une image épaisse est périmée le jour de sa capture. On garde dans l'image ce qui change peu et ce qui est commun à tous ; on installe le reste au moment du déploiement, avec des outils qui serviront aussi pendant toute la vie du poste.

Choisir une méthode

Aucune méthode n'est la meilleure dans l'absolu. Les critères à examiner :

CritèreQuestion à se poserCe qui oriente vers…
Nombre de postesCombien de postes par an, et combien en même temps ?Moins de 5 : manuel. Quelques dizaines : image ou installation automatisée. Au-delà : outil complet
Homogénéité du matérielUn seul modèle, ou des dizaines ?Un modèle : image. Matériel varié : image fine et pilotes injectés, ou provisioning
AnnuaireActive Directory local, Microsoft Entra ID dans le cloud, les deux ?AD local seul : image ou installation automatisée, puis GPO. Entra ID et Intune : Autopilot
Lieu de travailPostes au bureau, ou salariés en télétravail ?Au bureau : déploiement réseau. À distance : provisioning
Budget et licencesLogiciel libre, licences Microsoft 365 avec Intune, Configuration Manager ?Libre : FOG, Clonezilla. Intune inclus dans l'abonnement : Autopilot
CompétencesQui maintiendra la solution après le stagiaire ?Une solution simple, documentée, que l'équipe sait faire vivre
RéseauDébit vers les sites distants, VLAN, pare-feu ?Sites mal reliés : clé USB ou serveur de déploiement local

Chez Sorbier Logistique, le choix est vite fait. Le parc est dans un domaine Active Directory local, au siège ; les vingt nouveaux postes sont du même modèle ; l'entreprise n'a pas de licences Intune ; l'équipe connaît Linux. Antoine Mercier retient une image hybride déployée par FOG Project, sur une VM Debian 13 srv-deploiement, puis des GPO et des scripts winget pour le reste. Les terminaux de l'entrepôt, eux, relèvent d'un MDM (chapitre 9).

Les étapes d'un projet de déploiement

Un déploiement de vingt postes est un petit projet, à mener comme tel (cours Gestion de projet) :

  1. Recueillir les besoins. Quels profils de postes (comptabilité, commercial, entrepôt) ? Quels logiciels pour chacun, dans quelles versions, avec quelles licences ? Quelles imprimantes, quels lecteurs réseau ? Qui sont les utilisateurs, quand peuvent-ils être dérangés ?
  2. Choisir la méthode et l'outil, avec les critères ci-dessus. Écrire le choix et sa justification.
  3. Préparer l'infrastructure : serveur de déploiement, options DHCP, partage des logiciels, compte de service pour la jonction au domaine, OU des postes dans l'annuaire.
  4. Construire le master (ou les fichiers de réponses et les scripts) et le tester sur une machine virtuelle, puis sur un poste réel du modèle acheté.
  5. Faire un pilote : déployer deux ou trois postes chez des utilisateurs volontaires, recueillir leurs remarques, corriger.
  6. Planifier et déployer : un calendrier par service, en dehors des heures de pointe, avec la sauvegarde des données des anciens postes.
  7. Recetter et remettre : check-list de vérification, fiche de remise signée, inventaire à jour (chapitre 10).
  8. Documenter et clôturer : procédure à jour, bilan (délais, incidents, écarts), anciens postes sortis de l'inventaire.

Le laboratoire de Sorbier

Pour la suite du cours, voici l'infrastructure de déploiement de Sorbier :

ÉlémentRôle dans le déploiement
Hyperviseur Proxmox VE 9Héberge les serveurs et la VM qui sert à construire le master
srv-ad (192.168.10.177)Annuaire, DNS, et DHCP des postes : il distribue aussi les options de démarrage réseau
srv-ad2 (192.168.10.181)Second contrôleur de domaine, partenaire de basculement DHCP de srv-ad pour l'étendue des postes
SW-COEURRoute entre les VLAN et relaie les requêtes DHCP du VLAN 10 vers les deux serveurs DHCP (ip helper-address 192.168.10.177 et ip helper-address 192.168.10.181, voir le cours Routage et commutation)
srv-deploiement (192.168.10.186)VM Debian 13 avec FOG Project : stockage des images, démarrage PXE, tâches de capture et de déploiement
srv-fichiers (192.168.10.178)Partage \\srv-fichiers\Logiciels$ des installateurs et des scripts
OU Postes-fixes et PortablesDestination des comptes d'ordinateur, avec les GPO des postes (cours Windows Server)
Compte svc-jonctionCompte de service autorisé à joindre des postes au domaine, uniquement dans ces deux OU

Exercices

Exercice 1 sur 3 Choisir une méthode Réussi À revoir

Pour chaque situation, indique la méthode de déploiement la plus adaptée (installation manuelle, image, installation automatisée, provisioning) et justifie en une phrase.

  1. Une salle de formation de 16 postes identiques, à remettre à neuf chaque vendredi soir.
  2. Un cabinet de trois personnes qui achète un portable par an.
  3. Une entreprise de 300 salariés en Microsoft 365, dont la moitié en télétravail, qui reçoit ses portables directement du fabricant.
  4. Une collectivité qui a douze modèles de PC différents, un domaine Active Directory, et veut toujours installer la dernière version de Windows 11.
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 1
  1. Image, déployée en multicast par le réseau (FOG, Clonezilla) : les postes sont identiques et l'on veut les remettre exactement dans le même état chaque semaine, le plus vite possible.
  2. Installation manuelle avec une check-list : une infrastructure de déploiement coûterait plus de temps qu'elle n'en ferait gagner.
  3. Provisioning avec Windows Autopilot et Intune : les postes ne passent pas par le service informatique, et Intune est généralement inclus dans les abonnements Microsoft 365 d'entreprise.
  4. Installation automatisée (fichier de réponses, pilotes injectés selon le modèle, logiciels par script) ou image fine : avec douze modèles, une image épaisse par modèle serait ingérable, et l'installation automatisée part toujours du dernier média de Windows 11.

Tu avais trouvé ?

Exercice 2 sur 3 Calculer le gain de temps Réussi À revoir

Sorbier doit installer 20 postes. À la main, il faut 3 h par poste. Avec FOG, il faut 7 h pour construire et tester le master, 2 h pour le pilote, puis 30 min de manipulation et de vérification par poste.

  1. Calcule le temps total dans chaque cas.
  2. À partir de combien de postes l'image devient-elle rentable ?
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 2
  1. À la main : 20 × 3 h = 60 h. Avec FOG : 7 h + 2 h + 20 × 0,5 h = 9 h + 10 h = 19 h. Le gain est de 41 h, plus d'une semaine de travail.
  2. Pour n postes, la méthode manuelle coûte 3n heures et FOG 9 + 0,5n heures. FOG est plus rapide dès que 3n > 9 + 0,5n, soit 2,5n > 9, donc n > 3,6 : à partir de 4 postes. Et le master resservira pour les réinstallations, ce que le calcul ne compte pas.

Tu avais trouvé ?

Exercice 3 sur 3 Épaisse, fine ou hybride ? Réussi À revoir

Antoine hésite sur le contenu de l'image de Sorbier. Range chaque élément dans l'image ou dans la post-installation, pour une image hybride : Windows 11 Professionnel 25H2 et ses mises à jour cumulatives ; Microsoft Edge ; LibreOffice ; le logiciel de comptabilité (5 postes sur 20) ; l'agent GLPI ; les lecteurs réseau des services ; la jonction au domaine ; le logiciel de gestion des stocks (entrepôt seulement) ; le lecteur PDF.

Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 3
  • Dans l'image (commun à tous, change peu) : Windows 11 Professionnel 25H2 et ses mises à jour, Edge (déjà livré avec Windows), LibreOffice, le lecteur PDF, l'agent GLPI.
  • Après le déploiement : le logiciel de comptabilité et le logiciel de gestion des stocks (propres à un service : installés par GPO ou par script selon l'OU ou le groupe), les lecteurs réseau (GPO utilisateur, ils dépendent de la personne et non du poste), la jonction au domaine (elle doit être faite sur chaque poste, avec son propre nom ; jamais dans l'image, voir le chapitre 2).

On peut discuter l'agent GLPI : dans l'image, il remonte le poste dès le premier démarrage ; installé après, il est toujours dans sa dernière version. Les deux se défendent si le choix est justifié.

Tu avais trouvé ?

Chapitre terminé !

Fais les 3 exercices avant de passer à la suite : c'est en t'entraînant que tout se fixe.

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