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Chapitre 414 minIntermédiaire

Les droits des personnes : accès, effacement, opposition

Par Josselyn C., prof de BTS SIO. Mis à jour le .

À la fin de ce chapitre, tu sauras

  • nommer le droit exercé dans une demande et ses limites ;
  • traiter une demande dans le délai d'un mois ;
  • prévoir l'export et l'effacement des données dans une application.

3 exercices corrigés

Les droits des personnes sont les pouvoirs que le RGPD donne à chacun sur ses données : savoir ce qu'une organisation détient sur lui, le corriger, le faire effacer, s'opposer à un traitement ou récupérer ses données. Le responsable de traitement doit répondre à chaque demande dans un délai d'un mois. Ce chapitre détaille chaque droit, la procédure pour traiter une demande et la façon de les prévoir dans une application.

Vue d'ensemble

DroitArticleCe que la personne obtientLimites principales
Information13 et 14Savoir qui traite ses données, pourquoi, combien de tempsAucune, sauf si la personne a déjà l'information
Accès15La confirmation que ses données sont traitées, une copie, et les informations sur le traitementNe pas porter atteinte aux droits d'autrui (données d'un tiers dans le même document)
Rectification16La correction des données inexactes, le complément des données incomplètes—
Effacement (« droit à l'oubli »)17La suppression de ses données dans six casObligation légale de conservation, liberté d'expression, constatation ou défense de droits en justice, archives et recherche
Limitation18Le « gel » des données : conservées mais plus utilisées, le temps d'une vérificationQuatre cas précis
Portabilité20Ses données dans un format structuré et lisible par machine, ou leur transfert direct à un autre organismeSeulement les données qu'elle a fournies, traitées sur la base du consentement ou du contrat, de façon automatisée
Opposition21L'arrêt d'un traitement fondé sur l'intérêt légitime ou la mission d'intérêt publicLe responsable peut continuer s'il démontre des motifs légitimes et impérieux ; aucune limite contre la prospection
Décision automatisée22Ne pas faire l'objet d'une décision entièrement automatisée qui produit des effets juridiques ou l'affecte de manière significativeExceptions : contrat, loi, consentement explicite, avec garanties (intervention humaine, contestation)

À ces droits s'ajoute, en France, la possibilité de donner des directives sur le sort de ses données après sa mort (article 85 de la loi Informatique et libertés).

Le droit d'accès

C'est le droit le plus utilisé, et le point de départ des autres : on ne peut corriger ou effacer que ce qu'on sait détenu. La personne obtient :

  • la confirmation que des données la concernant sont, ou ne sont pas, traitées ;
  • une copie de ces données, la première gratuite (des frais raisonnables sont possibles pour des copies supplémentaires) ;
  • les finalités, les catégories de données, les destinataires, la durée de conservation, la source des données si elles n'ont pas été collectées auprès d'elle, l'existence des autres droits et du droit de saisir la CNIL, et l'existence d'une décision automatisée avec sa logique.

Le droit d'accès porte sur toutes les données : la fiche du logiciel de gestion locative, mais aussi les tickets d'intervention, les courriels internes qui la concernent, les enregistrements d'appels, les journaux qui portent son identifiant. Il ne donne pas accès aux données d'autres personnes : on occulte le nom d'un voisin plaignant dans un ticket avant de transmettre la copie.

Le droit à l'effacement

La personne peut obtenir l'effacement de ses données dans six cas (article 17) : les données ne sont plus nécessaires ; elle retire son consentement et il n'existe pas d'autre base ; elle s'oppose au traitement et il n'existe pas de motif impérieux (ou il s'agit de prospection) ; le traitement est illicite ; une obligation légale impose l'effacement ; les données ont été collectées auprès d'un mineur dans le cadre d'un service en ligne.

L'effacement n'est pas un droit absolu. Le responsable peut refuser, totalement ou en partie, quand le traitement reste nécessaire au respect d'une obligation légale (les factures, les pièces comptables), à la constatation, l'exercice ou la défense de droits en justice (un litige en cours sur des impayés), à la liberté d'expression ou à l'archivage dans l'intérêt public. Il doit alors expliquer son refus et indiquer la possibilité de saisir la CNIL.

Le droit au déréférencement est une application de ce droit aux moteurs de recherche : depuis l'arrêt Google Spain de la Cour de justice de l'Union européenne du 13 mai 2014, une personne peut demander à un moteur de ne plus afficher, dans les résultats d'une recherche sur son nom, des liens vers des pages qui la concernent, lorsque l'information est inexacte, obsolète ou excessive. La page elle-même reste en ligne (chapitre 9).

Les droits d'opposition, de limitation et de portabilité

L'opposition vise les traitements fondés sur l'intérêt légitime ou la mission d'intérêt public. La personne invoque des raisons tenant à sa situation particulière ; le responsable doit s'arrêter, sauf s'il démontre des motifs légitimes et impérieux qui prévalent (la sécurité de son système, la défense d'un droit en justice). Contre la prospection, l'opposition est absolue : aucune justification n'est demandée, et l'organisation doit cesser immédiatement. Elle ne vise pas les traitements fondés sur le contrat ou l'obligation légale : un locataire ne peut pas s'opposer à l'appel de son loyer.

La limitation gèle les données le temps de régler une contestation : pendant que l'organisation vérifie une donnée contestée, pendant qu'elle examine une opposition, quand la personne préfère la limitation à l'effacement d'un traitement illicite, ou quand elle a besoin des données pour une action en justice alors que l'organisation n'en a plus l'usage.

La portabilité permet de récupérer ses données dans un format structuré, couramment utilisé et lisible par machine (JSON, CSV, XML) et de les transmettre à un autre organisme, ou de demander leur transmission directe quand c'est techniquement possible. Elle ne couvre que les données fournies par la personne (y compris les données d'usage générées par son activité), pas celles que l'organisation a calculées ou déduites, et seulement pour les traitements automatisés fondés sur le consentement ou le contrat.

Les décisions entièrement automatisées

L'article 22 protège contre les décisions prises sans aucune intervention humaine qui produisent des effets juridiques ou affectent la personne de manière significative : refus automatique d'un crédit par un score, rejet automatique d'une candidature, attribution d'un logement par un algorithme seul. Elles ne sont permises que si elles sont nécessaires à un contrat, autorisées par la loi ou fondées sur le consentement explicite, et avec des garanties : droit d'obtenir une intervention humaine, d'exprimer son point de vue et de contester. Une intervention humaine de façade (un agent qui valide sans examiner) ne suffit pas.

Traiter une demande : la procédure

ÉtapeCe que fait l'organisation
1. RecevoirPar tout moyen : courriel, courrier, formulaire, au guichet. Un formulaire dédié aide, mais on ne peut pas l'imposer. La demande est horodatée : le délai court dès sa réception
2. Vérifier l'identitéEn cas de doute raisonnable seulement, on demande un élément complémentaire proportionné (une question liée au compte, une connexion au portail). Pas de copie systématique de la pièce d'identité
3. RechercherToutes les applications et tous les supports : base de production, tickets, messagerie, documents partagés, sauvegardes, sous-traitants
4. RépondreDans un mois à compter de la réception. Prolongation possible de deux mois si la demande est complexe ou si les demandes sont nombreuses, à condition d'en informer la personne dans le premier mois, avec les raisons
5. Refuser, si c'est justifiéMotiver le refus (demande manifestement infondée ou excessive, obligation de conservation…) et indiquer les recours : CNIL et juge
6. TracerGarder une trace de la demande et de la réponse, sans réintroduire les données effacées

La réponse est gratuite. Pour les demandes manifestement infondées ou excessives (répétitives), le responsable peut exiger des frais raisonnables ou refuser, mais c'est à lui de le démontrer. Si l'organisation ne répond pas, la personne peut adresser une plainte à la CNIL, en ligne, en joignant sa demande initiale. La CNIL contacte alors l'organisme et peut ouvrir un contrôle ou une procédure de sanction (chapitre 6).

Prévoir les droits dans une application

Le principe de protection des données dès la conception (article 25) impose de prévoir l'exercice des droits dans l'architecture, pas au moment où la première demande arrive.

DroitFonctionnalité à prévoirPiège
AccèsUne page « Mes données » et un export completOublier les tables secondaires (tickets, journaux, pièces jointes)
RectificationFormulaire de modification du profil ; circuit de correction pour les données que l'utilisateur ne peut pas modifier lui-mêmeLaisser l'ancienne valeur dans des copies dénormalisées
EffacementSuppression réelle ou anonymisation, en cascadeUne simple désactivation (actif = 0) n'est pas un effacement
PortabilitéExport JSON ou CSV structuréUn PDF n'est pas « lisible par machine »
Opposition, retrait du consentementPréférences de communication, lien de désinscription en un clicUn désabonnement qui exige de se connecter et de naviguer dans trois menus

Exemple d'export pour le droit d'accès et la portabilité, avec une route d'API protégée qui ne renvoie que les données de l'utilisateur connecté :

javascript
// GET /api/moi/export : export des données du locataire connecté (Express)
app.get('/api/moi/export', authentifier, async (req, res) => {
  const id = req.utilisateur.id; // jamais un identifiant pris dans l'URL
  const [locataire, demandes, consentements] = await Promise.all([
    db.locataire.trouver(id),
    db.demande.lister({ idLocataire: id }),
    db.consentement.lister({ idLocataire: id }),
  ]);
  res.attachment('mes-donnees.json');
  res.json({ exporteLe: new Date().toISOString(), locataire, demandes, consentements });
});

Pour l'effacement, on distingue ce qui doit être supprimé et ce qui doit être conservé pour une obligation légale :

sql
-- Effacement d'un ancien locataire : les données de compte disparaissent ;
-- les factures restent intactes, en archivage intermédiaire à accès restreint,
-- jusqu'à la fin de l'obligation de conservation de 10 ans.
START TRANSACTION;
UPDATE facture SET archivee = TRUE WHERE id_locataire = 4521;
DELETE FROM consentement WHERE id_locataire = 4521;
DELETE FROM demande      WHERE id_locataire = 4521;
DELETE FROM compte_portail WHERE id_locataire = 4521;
UPDATE locataire SET nom = NULL, prenom = NULL, email = NULL, telephone = NULL, efface_le = NOW()
 WHERE id_locataire = 4521;
COMMIT;

Les factures ne sont ni supprimées ni modifiées : une facture dont on aurait remplacé le nom du client ne prouverait plus rien. Marquées comme archivées, elles sortent de l'application courante et passent dans une table ou un schéma que seule la comptabilité peut lire ; elles seront supprimées à la fin du délai légal.

Les sauvegardes posent une question pratique : on ne restaure pas chaque sauvegarde pour en retirer une personne. On documente plutôt que les données effacées disparaîtront avec la rotation normale des sauvegardes, que celles-ci ne servent qu'à restaurer le système, et que les effacements seront rejoués si une sauvegarde est restaurée. D'où l'intérêt de tenir la liste des effacements effectués, et d'informer la personne de ce délai.

Exercices

Exercice 1 sur 3 Quel droit ? Réussi À revoir

Pour chaque demande reçue par Cèdre Habitat, nomme le droit exercé et indique si l'organisation peut refuser.

  1. « Je veux savoir tout ce que vous avez sur moi. »
  2. « Je ne veux plus recevoir votre lettre d'information. »
  3. « Supprimez toutes mes données, je ne suis plus locataire depuis deux mois. » Une dette de loyer est en cours de recouvrement.
  4. « Mon nom est mal orthographié sur mes avis d'échéance. »
  5. « Je veux récupérer l'historique de mes demandes d'intervention dans un fichier pour le donner à mon nouveau bailleur. »
  6. « Arrêtez de me filmer dans le hall. »
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 1
  1. Accès (article 15). Pas de refus possible, sauf à occulter les données de tiers.
  2. Retrait du consentement, ou opposition à la prospection selon la base : dans les deux cas, l'organisation doit cesser l'envoi, sans justification.
  3. Effacement (article 17). Refus partiel justifié : Cèdre Habitat conserve ce qui est nécessaire au recouvrement de la dette (défense de ses droits en justice) et aux obligations comptables. Elle efface le reste (compte du portail, demandes d'intervention clôturées, préférences) et explique sa réponse.
  4. Rectification (article 16). Pas de refus : la donnée est inexacte.
  5. Portabilité (article 20) : les demandes sont des données fournies par le locataire dans le cadre du bail (contrat) et traitées de façon automatisée. Cèdre Habitat fournit un fichier structuré (CSV ou JSON).
  6. Opposition (article 21) à un traitement fondé sur l'intérêt légitime. Cèdre Habitat peut refuser en démontrant des motifs légitimes et impérieux : la sécurité des biens et des personnes dans les parties communes, avec des caméras qui ne filment ni les portes des logements ni l'intérieur.

Tu avais trouvé ?

Exercice 2 sur 3 Le délai Réussi À revoir

Une demande d'accès arrive par courrier recommandé le 28 janvier 2027. La recherche est complexe : les données sont réparties dans cinq applications et chez deux sous-traitants.

  1. Quelle est la date limite de réponse sans prolongation ?
  2. Cèdre Habitat veut prolonger. Que doit-elle faire, et jusqu'à quand peut-elle aller ?
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 2
  1. Un mois à compter de la réception : le 28 février 2027. Février 2027 compte 28 jours, la date existe.
  2. Elle doit informer la personne avant le 28 février 2027 de la prolongation et de ses raisons (complexité, nombre d'applications). Elle peut alors prolonger de deux mois, jusqu'au 28 avril 2027 au plus tard.

Tu avais trouvé ?

Exercice 3 sur 3 Revue de code Réussi À revoir

Voici la route de suppression de compte du portail. Relève les problèmes au regard du RGPD et propose une correction.

javascript
app.post('/compte/:id/supprimer', async (req, res) => {
  await db.query('UPDATE compte_portail SET actif = 0 WHERE id = ' + req.params.id);
  res.send('Votre compte a été supprimé.');
});
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 3
  • Pas d'effacement réel : actif = 0 désactive le compte, les données restent. Le message « supprimé » est trompeur (principe de loyauté).
  • Pas de contrôle d'accès : n'importe qui peut supprimer le compte d'un autre en changeant l'identifiant dans l'URL (défaut de sécurité, article 32).
  • Injection SQL : la requête est construite par concaténation (cours SQL).
  • Données liées oubliées : demandes, consentements, pièces jointes.

Correction : prendre l'identifiant de la session de l'utilisateur authentifié, utiliser une requête préparée, supprimer ou anonymiser en cascade dans une transaction, conserver uniquement ce qu'une obligation légale impose (factures), journaliser l'opération sans les données effacées, et confirmer à l'utilisateur ce qui a été supprimé et ce qui est conservé, avec la durée.

Tu avais trouvé ?

Chapitre terminé !

Fais les 3 exercices avant de passer à la suite : c'est en t'entraînant que tout se fixe.

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