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Chapitre 111 minIntermédiaire

Le droit du numérique : textes, acteurs et responsabilités

Par Josselyn C., prof de BTS SIO. Mis à jour le .

À la fin de ce chapitre, tu sauras

  • distinguer un règlement européen d'une directive et citer les grands textes du numérique ;
  • dire quelle autorité contacter : CNIL, ANSSI, OFAC, Pharos, Afnic ;
  • repérer les responsabilités civile, pénale, administrative et disciplinaire d'un incident ;
  • savoir où le droit du numérique tombe aux épreuves E4, E5, E6 et E7.

3 exercices corrigés1 schéma

Le droit du numérique (on dit aussi droit de l'informatique) est l'ensemble des règles juridiques qui s'appliquent aux données, aux systèmes d'information, aux logiciels et aux services en ligne. Il ne forme pas un code à part : il emprunte au droit européen, au Code pénal, au Code civil, au Code du travail et au Code de la propriété intellectuelle. Ce chapitre présente ses grands textes, les autorités qui le font respecter et les quatre responsabilités qu'un incident informatique peut déclencher.

Pourquoi un informaticien doit connaître le droit

Trois situations ordinaires chez Cèdre Habitat :

  • Nadia ajoute au portail locataires un champ « situation familiale » et un champ « revenus » pour préparer une future fonctionnalité. Elle vient de collecter des données personnelles sans finalité ni base légale : la CNIL peut sanctionner l'organisation.
  • Thomas découvre qu'un ancien prestataire se connecte encore au serveur de fichiers avec un compte oublié. Le prestataire commet un accès frauduleux, puni par le Code pénal ; Cèdre Habitat a manqué à son obligation de sécurité.
  • Sarah intègre une bibliothèque sous licence AGPL dans une application proposée aux locataires. Si elle ne respecte pas la licence, l'organisation commet une contrefaçon.

Dans chaque cas, le geste technique a une conséquence juridique. Le droit ne demande pas au technicien d'être juriste : il lui demande de repérer le risque, d'appliquer les règles simples et d'alerter quand la situation le dépasse (la responsable, le délégué à la protection des données, le service juridique).

Les grands textes à connaître

Le droit du numérique est d'abord européen. Un règlement de l'Union s'applique directement dans tous les États membres, comme une loi française ; une directive fixe des objectifs que chaque État doit transposer dans son droit par une loi nationale, avant une date limite (le droit de l'Union : règlement et directive).

TexteNatureCe qu'il encadreChapitre
RGPD (règlement 2016/679), applicable depuis le 25 mai 2018Règlement européenProtection des données personnelles2 à 6
Loi Informatique et libertés du 6 janvier 1978, réécrite en 2018Loi françaiseCNIL, compléments au RGPD, cookies (article 82)2 à 7
Directive ePrivacy (2002/58/CE)DirectiveCookies et traceurs, confidentialité des communications7
Code pénal, articles 323-1 à 323-8 (issus de la loi Godfrain de 1988)Loi françaiseAtteintes aux systèmes de traitement automatisé de données8
LCEN (loi du 21 juin 2004 pour la confiance dans l'économie numérique), modifiée par la loi SREN du 21 mai 2024Loi françaiseMentions légales, éditeurs, hébergeurs, conservation des données d'identification10
DSA (règlement 2022/2065 sur les services numériques), pleinement applicable depuis le 17 février 2024Règlement européenResponsabilité et obligations des hébergeurs et des plateformes10
Directive NIS 2 (2022/2555)DirectiveCybersécurité des entités essentielles et importantes6 et 15
eIDAS (règlement 910/2014, révisé par le règlement 2024/1183, dit eIDAS 2)Règlement européenSignature électronique, horodatage, identité numérique12
Code de la propriété intellectuelleLoi françaiseDroit d'auteur du logiciel, licences, contrefaçon13
Code civilLoi françaiseContrats, responsabilité, preuve12 et 14
Règlement sur l'IA (2024/1689) et Cyber Resilience Act (2024/2847)Règlements européensSystèmes d'intelligence artificielle, sécurité des produits numériques15

Les acteurs qui font respecter ces règles

ActeurQui est-ce ?Ce qu'il fait pour toi
CNIL (Commission nationale de l'informatique et des libertés)Autorité administrative indépendante créée en 1978Conseille, reçoit les plaintes et les notifications de violations, contrôle et sanctionne en matière de données personnelles et de cookies
ANSSI (Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information)Service du Premier ministrePublie les guides de sécurité, certifie des produits et des prestataires, supervise les opérateurs d'importance vitale ; son centre CERT-FR traite les incidents
Cybermalveillance.gouv.frDispositif national d'assistanceAide les particuliers, entreprises et collectivités victimes, sensibilise ; avec la police et la gendarmerie, il opère depuis décembre 2024 le service 17Cyber
OFAC (Office anti-cybercriminalité)Office de la police nationale, créé le 1er décembre 2023, qui a remplacé l'OCLCTICEnquête sur la cybercriminalité ; il héberge la plateforme Pharos de signalement des contenus illicites
ComCyberMICommandement de la gendarmerie dans le cyberespaceEnquête sur la cybercriminalité côté gendarmerie
Section J3 du parquet de ParisSection spécialisée du ministère publicPoursuit les atteintes aux systèmes d'information les plus graves, avec une compétence nationale
ArcomAutorité de régulation de la communication audiovisuelle et numériqueCoordonne en France l'application du DSA
AfnicAssociation désignée par l'ÉtatGère les noms de domaine en .fr et ses procédures de litige

Un incident, quatre responsabilités

Un même incident peut déclencher plusieurs responsabilités, chacune avec son juge, sa logique et sa sanction. Prenons une fuite de données chez Cèdre Habitat : un technicien d'un prestataire laisse une sauvegarde de la base des locataires accessible sur Internet, et un pirate la télécharge.

Un incident : une fuite de donnéesCivileQui doit réparer ?juge civildommageset intérêtsPénaleUne infraction ?juge pénalamende,prisonAdministrativeRGPD respecté ?CNILamende,injonctionDisciplinaireFaute du salarié ?employeuravertissement,licenciementElles se cumulent : une amende de la CNIL n'efface ni la réparation ni la peine.
Un incident, quatre responsabilités : elles se cumulent, chacune avec son juge et sa sanction.
ResponsabilitéElle répond à la questionQui décideSanctionDans l'exemple
CivileQui doit réparer le dommage ?Le juge civil (tribunal judiciaire, tribunal de commerce)Dommages et intérêtsCèdre Habitat demande réparation à son prestataire (contrat) ; un locataire victime d'escroquerie peut agir contre Cèdre Habitat
PénaleUne infraction a-t-elle été commise ?Le juge pénal, sur poursuite du procureurAmende, prison, peines complémentairesLe pirate (accès frauduleux, extraction de données) ; éventuellement l'organisation, si la sécurité était manifestement négligée
AdministrativeLes règles du RGPD ont-elles été respectées ?La CNILMise en demeure, amende administrative, injonctionDéfaut de sécurité, retard de notification de la violation
DisciplinaireLe salarié a-t-il commis une faute dans son travail ?L'employeur, sous le contrôle du conseil de prud'hommesAvertissement, mise à pied, licenciementLe technicien qui a désactivé une protection malgré les consignes, s'il est salarié

La responsabilité civile et la responsabilité pénale sont détaillées dans le cours CEJM : droit. Retiens ici deux règles utiles en cybersécurité :

  • l'employeur répond civilement des dommages causés par ses salariés dans leurs fonctions (article 1242 du Code civil) : c'est l'entreprise que la victime poursuit, pas le technicien ;
  • une personne morale peut être pénalement responsable des infractions commises pour son compte par ses organes ou représentants (article 121-2 du Code pénal), avec une amende jusqu'à cinq fois celle d'une personne physique.

Où ce droit tombe à l'examen

ÉpreuveCe qu'on peut te demander
E7, écrit de 4 heures, bloc 3, coefficient 4Caractériser un risque juridique, identifier les obligations RGPD d'un traitement, dire si une charte est opposable, qualifier une infraction, indiquer qui notifier et dans quel délai, justifier une mesure de journalisation ou de conservation
E5, oral du bloc 1Mentions légales et politique de confidentialité d'un site, gestion des licences du parc, charte informatique, traitement des données dans les tickets
E6, épreuve d'optionDonnées personnelles traitées par ta réalisation : minimisation, droits d'accès, conservation, sécurité
E4, CEJMThème 4 : données personnelles, identité numérique, droit d'auteur, contrat électronique, preuve

Les compétences du bloc 3 évaluées à l'E7 incluent explicitement « protéger les données à caractère personnel » et « préserver l'identité numérique de l'organisation » : c'est l'objet des chapitres 2 à 7 et 9. La méthode pour répondre à une question juridique est détaillée au chapitre 16.

Pour aller plus loin. Les cours Épreuve E7 SLAM et Épreuve E7 SISR montrent comment ces questions juridiques sont posées dans les sujets, avec des annales classées par thème.

Exercices

Exercice 1 sur 3 Règlement ou directive ? Réussi À revoir

Pour chaque texte, dis s'il s'applique directement en France ou s'il a besoin d'une loi de transposition, et donne une conséquence pratique.

  1. Le RGPD.
  2. La directive NIS 2.
  3. Le DSA.
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 1
  1. Règlement : il s'applique directement depuis le 25 mai 2018. La loi Informatique et libertés ne fait que le compléter sur les points que le RGPD laisse aux États (âge du consentement des mineurs, organisation de la CNIL, cookies…).
  2. Directive : chaque État devait la transposer avant le 17 octobre 2024. En France, la loi de transposition n'était toujours pas promulguée début novembre 2026 (chapitre 6) : ses obligations précises (liste des entités, contrôles, sanctions) ne s'imposent pas encore aux entreprises françaises.
  3. Règlement : il s'applique directement. La loi SREN de 2024 a seulement adapté la LCEN et désigné l'Arcom comme coordinateur.

Tu avais trouvé ?

Exercice 2 sur 3 Quel acteur ? Réussi À revoir

Cèdre Habitat est confrontée à cinq situations. Indique à chaque fois l'acteur à contacter.

  1. Un locataire se plaint de ne pas avoir reçu de réponse à sa demande de copie de ses données.
  2. Un rançongiciel a chiffré deux serveurs ; la DSI veut de l'aide pour qualifier l'attaque et trouver un prestataire.
  3. Une vidéo d'appel à la violence contre un gardien d'immeuble circule sur un site.
  4. Un site en cedre-habitat-paiement.fr imite le portail locataires.
  5. La sauvegarde des données des locataires a fuité.
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 2
  1. La CNIL, auprès de laquelle le locataire peut porter plainte : Cèdre Habitat doit répondre dans le délai d'un mois (chapitre 4).
  2. Cybermalveillance.gouv.fr (ou le 17Cyber) pour l'assistance et l'orientation vers un prestataire ; plainte auprès de la police ou de la gendarmerie ; le CERT-FR de l'ANSSI peut aussi être alerté.
  3. Pharos, la plateforme de signalement des contenus illicites, hébergée par l'OFAC ; on peut aussi notifier l'hébergeur du site (chapitre 10).
  4. L'Afnic, par une procédure Syreli ou PARL Expert, pour récupérer ou supprimer le nom de domaine, et une plainte pour l'escroquerie (chapitre 9).
  5. La CNIL, par une notification de violation dans les 72 heures, et les locataires concernés si le risque est élevé (chapitre 6).

Tu avais trouvé ?

Exercice 3 sur 3 Quatre responsabilités Réussi À revoir

Un administrateur salarié de Cèdre Habitat, mécontent d'avoir été muté, supprime volontairement la base des tickets avant de partir. Les locataires ne peuvent plus suivre leurs demandes pendant trois jours. Quelles responsabilités sont engagées ?

Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 3
  • Pénale : suppression frauduleuse de données dans un système de traitement automatisé (article 323-3 du Code pénal, 5 ans d'emprisonnement et 150 000 € d'amende). Le fait qu'il ait eu des droits d'administrateur ne l'autorise pas à détruire les données (chapitre 8).
  • Disciplinaire : faute grave, voire faute lourde puisqu'il a agi dans l'intention de nuire à l'employeur. Cèdre Habitat peut le licencier.
  • Civile : Cèdre Habitat peut se constituer partie civile pour obtenir réparation (coût de restauration, temps passé). Envers les locataires, c'est Cèdre Habitat qui répond, l'administrateur ayant agi dans le cadre de ses fonctions ou à l'occasion de celles-ci.
  • Administrative : la perte de disponibilité des données est une violation de données personnelles (les tickets contiennent des noms et des coordonnées). Cèdre Habitat doit la documenter et, si elle présente un risque pour les locataires, la notifier à la CNIL.

Tu avais trouvé ?

Chapitre terminé !

Fais les 3 exercices avant de passer à la suite : c'est en t'entraînant que tout se fixe.

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