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Chapitre 1613 minIntermédiaire

Questions juridiques à l'E7 : méthode et cas corrigé

Par Josselyn C., prof de BTS SIO. Mis à jour le .

À la fin de ce chapitre, tu sauras

  • comprendre ce qu'attend chaque verbe de consigne ;
  • rédiger une réponse juridique en quatre temps ;
  • citer les bons textes, à jour ;
  • traiter un cas complet de fuite de données.

6 exercices corrigés

Une question juridique d'examen demande d'appliquer une règle de droit à la situation de l'organisation décrite dans le sujet, puis d'en tirer une conclusion et, souvent, une recommandation. À l'écrit E7 de cybersécurité, ces questions portent surtout sur les données personnelles, les infractions, la charte informatique, la conservation des traces et l'identité numérique, et elles se mêlent aux questions techniques. Ce chapitre donne la méthode pour y répondre, les textes à citer et un cas corrigé complet.

Comment les questions juridiques sont posées

Les sujets de l'E7 sont des études de cas : une organisation, un contexte, des annexes (extraits de charte, de contrat, de journaux, de textes de loi), et des questions réparties en dossiers. Les questions juridiques utilisent des verbes précis :

Verbe de consigneCe qu'on attend
Identifier, repérerNommer la règle ou le risque, sans long développement
Caractériser un risqueDire de quel risque il s'agit (juridique, financier, d'image), sur quel fondement, avec quelles conséquences possibles pour l'organisation
Qualifier des faitsLes faire entrer dans une catégorie juridique : « donnée sensible », « violation de données », « accès frauduleux », « sous-traitant »
Justifier, expliquerDonner la règle et montrer pourquoi elle s'applique aux faits
Indiquer les obligationsLister ce que l'organisation doit faire, avec le délai et le destinataire
Proposer, préconiserUne mesure technique ou organisationnelle, reliée à l'obligation juridique qu'elle permet de respecter

Une même question mobilise souvent trois registres : juridique (la règle), organisationnel (la procédure, la charte, le registre, le contrat), technique (la mesure de sécurité). Les meilleures réponses relient les trois : « l'article 32 du RGPD impose une sécurité adaptée au risque (juridique) ; Cèdre Habitat doit donc chiffrer les sauvegardes (technique) et tester leur restauration chaque trimestre selon une procédure documentée (organisationnel) ».

La méthode en quatre temps

C'est le raisonnement juridique, adapté à des questions souvent plus courtes qu'en CEJM (CEJM : raisonnement juridique) :

  1. Qualifier les faits utiles : de quelles données, de quel acteur, de quel acte s'agit-il ? « Les relevés de glycémie sont des données de santé, donc sensibles au sens de l'article 9 du RGPD. »
  2. Énoncer la règle avec sa source et ses conditions : « L'article 33 du RGPD impose de notifier une violation à la CNIL dans les 72 heures après en avoir pris connaissance, sauf si elle ne présente pas de risque pour les personnes. »
  3. Appliquer chaque condition aux faits du sujet, en citant les annexes : « D'après l'annexe 3, la sauvegarde exposée contenait les noms et adresses de 12 000 patients : le risque est réel. »
  4. Conclure en répondant exactement à la question, et recommander si on te le demande : « La clinique doit notifier la CNIL au plus tard le 14 mars à 10 h et informer les patients. Pour éviter que l'incident se reproduise : contrôle automatique des droits sur l'espace de stockage. »

Les erreurs qui coûtent des points

  • Réciter le cours sans l'appliquer : la liste des sept principes du RGPD, sans dire lequel est en cause dans le sujet, ne rapporte presque rien.
  • Confondre les autorités : la CNIL pour les données personnelles, l'ANSSI pour la sécurité des systèmes et NIS 2, la police ou la gendarmerie (et le procureur) pour une plainte, l'Arcom pour le DSA.
  • Se tromper de délai : 72 heures calendaires pour la notification à la CNIL (pas des jours ouvrés), un mois pour répondre à une demande d'accès, 72 heures pour porter plainte en vue de l'assurance.
  • Croire que le consentement est toujours nécessaire : six bases légales existent.
  • Dire qu'une donnée pseudonymisée est anonyme (chapitre 2).
  • Oublier les conditions d'opposabilité d'une charte : annexe au règlement intérieur, avis du CSE, inspection du travail, dépôt au greffe, publicité.
  • Donner des chiffres périmés : 3 ans et 100 000 € pour l'article 323-1 depuis 2023, l'OFAC et non plus l'OCLCTIC, les mentions légales à l'article 1-1 de la LCEN, la responsabilité de l'hébergeur dans le DSA.
  • Mélanger les numéros d'épreuve : depuis la session 2025, l'écrit de cybersécurité est l'E7 (unité U7) ; il s'appelait E6 (U6) pour les sessions 2022 à 2024, dont les sujets restent d'excellents entraînements.

Les textes à connaître

TexteÀ retenirChapitre
RGPD, article 4Définitions : donnée personnelle, traitement, violation de données2
RGPD, article 5Les sept principes2
RGPD, article 6Les six bases légales3
RGPD, article 9Les données sensibles, interdites sauf exceptions2
RGPD, articles 15 à 22Les droits des personnes, réponse sous un mois4
RGPD, articles 25, 28, 30, 32, 35, 37Protection dès la conception, sous-traitant, registre, sécurité, AIPD, DPO5
RGPD, articles 33 et 34Notification à la CNIL sous 72 heures, communication aux personnes si risque élevé6
RGPD, article 83Amendes : 10 M€ ou 2 %, 20 M€ ou 4 %6
Loi Informatique et libertés, article 82Consentement préalable aux traceurs7
Code pénal, articles 323-1 à 323-7Atteintes aux STAD : 3 ans et 100 000 € pour l'accès frauduleux8
Code pénal, articles 226-4-1, 226-15, 226-17, 226-17-1, 313-1Usurpation d'identité, secret des correspondances, défaut de sécurité, défaut de notification, escroquerie8
Code des postes et des communications électroniques, articles L45 et suivantsNoms de domaine en .fr9
LCEN, articles 1-1 et 1-2 ; DSA, articles 6 et 16Mentions légales ; responsabilité de l'hébergeur et notification10
Code du travail, articles L1121-1, L1222-4, L1321-5Proportionnalité, information préalable, charte annexée au règlement intérieur11
Code civil, articles 1366 et 1367 ; eIDASÉcrit et signature électroniques12
Code de la propriété intellectuelle, articles L113-9, L122-6, L335-2Droits sur le logiciel, contrefaçon13
Code civil, articles 1170, 1217, 1231-3, 1231-5Obligation essentielle, sanctions de l'inexécution, faute lourde, clause pénale14
Directive NIS 2, règlement IA, Cyber Resilience ActCybersécurité des entités, systèmes d'IA, produits numériques6 et 15

Cas corrigé : la fuite du portail de Cèdre Habitat

Contexte. Cèdre Habitat (180 salariés, 9 000 logements) exploite un portail locataires développé en interne et hébergé chez un prestataire français. Le portail permet de consulter ses avis d'échéance, de payer son loyer, de déposer des demandes d'intervention et de joindre des justificatifs.

Annexe 1 : extrait du rapport d'incident. « Lundi 12 avril 2027, 9 h 30 : un locataire signale qu'en modifiant le numéro dans l'adresse https://portail.cedre-habitat.fr/documents?id=88412, il accède aux justificatifs d'autres locataires (avis d'imposition, attestations de la caisse d'allocations familiales, certificats médicaux pour des demandes de logement adapté). 10 h 15 : la DSI confirme la faille et désactive la fonctionnalité. L'analyse des journaux montre que, depuis le 2 avril, 4 312 documents ont été téléchargés par une même adresse IP qui a parcouru les identifiants un par un. »

Annexe 2 : extrait du contrat d'hébergement. « L'hébergeur est responsable de la sécurité physique et de la disponibilité de l'infrastructure. Le client est seul responsable de la sécurité de ses applications. L'hébergeur informe le client dans les 24 heures de tout incident de sécurité dont il a connaissance. »

Annexe 3 : extrait de la charte informatique (annexée au règlement intérieur en 2024, selon la procédure légale). « Article 5 : il est interdit d'accéder à des données sans y être habilité, y compris lorsqu'un défaut technique le permet. Tout utilisateur qui constate un tel défaut le signale sans délai à la DSI. »

Question 1 : qualifier l'incident au regard du RGPD

Exercice 1 sur 6 Question 1 Réussi À revoir

Qualifier l'incident au regard du RGPD et identifier le responsable de traitement.

Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 1

Les justificatifs contiennent des données personnelles (identité, revenus, situation familiale) et, pour les certificats médicaux, des données de santé, sensibles au sens de l'article 9 du RGPD. Des personnes non autorisées y ont eu accès et une adresse IP en a téléchargé 4 312 : c'est une violation de données personnelles au sens de l'article 4 du RGPD, de type confidentialité.

Le responsable de traitement est Cèdre Habitat, qui détermine les finalités (gérer les dossiers des locataires) et les moyens (le portail qu'elle a développé). L'hébergeur est sous-traitant ; d'après l'annexe 2, la sécurité applicative relève du client.

La cause est un défaut de contrôle d'accès (référence directe à un objet non sécurisée, catégorie A01 du Top 10 de l'OWASP) : Cèdre Habitat a manqué à son obligation de sécurité (article 32) et au principe de protection des données dès la conception (article 25).

Tu avais trouvé ?

Question 2 : les obligations et les délais

Exercice 2 sur 6 Question 2 Réussi À revoir

Indiquer les obligations de Cèdre Habitat à la suite de cet incident, en précisant les destinataires et les délais.

Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 2
  • Documenter la violation dans le registre des violations : faits, effets, mesures (article 33, paragraphe 5).
  • Notifier la CNIL dans les meilleurs délais et au plus tard 72 heures après la prise de connaissance. La violation est confirmée le lundi 12 avril 2027 à 10 h 15 : la notification doit être faite au plus tard le jeudi 15 avril 2027 à 10 h 15, quitte à la compléter ensuite (article 33). Elle précise la nature de la violation, le nombre de personnes et de documents, le contact de la DPO, les conséquences probables et les mesures prises.
  • Informer les locataires concernés dans les meilleurs délais (article 34) : le risque est élevé (données de santé et financières, extraction massive et volontaire, risque d'usurpation d'identité et d'escroquerie). Le message explique la nature de l'incident, les conséquences possibles, les mesures prises et les précautions à prendre (méfiance envers les messages qui se prévalent de ces documents).
  • Porter plainte, au plus tard 72 heures après avoir eu connaissance de l'atteinte si Cèdre Habitat veut être indemnisée par son assurance cyber.

Tu avais trouvé ?

Question 3 : la responsabilité pénale de l'auteur des téléchargements

Exercice 3 sur 6 Question 3 Réussi À revoir

L'auteur des téléchargements soutient qu'il n'a commis aucune infraction, puisque les documents étaient accessibles sans mot de passe. Analyser son argument.

Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 3

Règle. L'article 323-1 du Code pénal punit de 3 ans d'emprisonnement et 100 000 € d'amende le fait d'accéder ou de se maintenir frauduleusement dans tout ou partie d'un système de traitement automatisé de données. L'article 323-3 punit de 5 ans et 150 000 € le fait d'extraire, de détenir ou de reproduire frauduleusement les données qu'il contient. L'absence de protection technique n'empêche pas l'accès d'être frauduleux : il suffit que la personne sache qu'elle n'est pas autorisée (Cour de cassation, chambre criminelle, 20 mai 2015, affaire Bluetouff).

Application. Le portail est un STAD. L'auteur a parcouru les identifiants un par un, pendant dix jours, pour télécharger 4 312 documents de tiers : il ne pouvait ignorer que ces documents ne lui étaient pas destinés. Il s'est maintenu frauduleusement dans une partie du système à laquelle il n'avait pas droit et en a extrait des données.

Conclusion. L'argument est inopérant : il encourt les peines des articles 323-1 et 323-3, et peut être poursuivi pour collecte de données personnelles par un moyen frauduleux ou déloyal (article 226-18 : 5 ans et 300 000 €). La faille de Cèdre Habitat ne l'exonère pas, mais n'exonère pas non plus Cèdre Habitat de sa propre responsabilité.

Tu avais trouvé ?

Question 4 : le locataire qui a signalé la faille

Exercice 4 sur 6 Question 4 Réussi À revoir

Le locataire qui a signalé la faille a ouvert trois documents d'autres locataires pour vérifier sa découverte. Indiquer s'il a commis une infraction et comment Cèdre Habitat doit réagir.

Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 4

Techniquement, ouvrir des documents de tiers en modifiant l'adresse est un accès non autorisé. Mais l'élément intentionnel et la proportionnalité comptent : il a consulté trois documents, le temps de constater la faille, puis l'a signalée immédiatement, sans rien conserver ni diffuser. Des poursuites seraient très improbables et Cèdre Habitat n'a aucun intérêt à porter plainte contre celui qui l'a alertée. Elle doit le remercier, lui demander de supprimer toute copie éventuelle, et corriger la faille. La charte de l'annexe 3 ne s'applique pas à lui : elle s'impose aux salariés, pas aux locataires.

Pour l'avenir, Cèdre Habitat peut publier une politique de divulgation responsable (adresse de signalement, engagement de ne pas poursuivre les signalements de bonne foi, règles à respecter).

Tu avais trouvé ?

Question 5 : la responsabilité de l'hébergeur

Exercice 5 sur 6 Question 5 Réussi À revoir

La direction veut se retourner contre l'hébergeur. Dire si ce recours est fondé.

Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 5

Non, au vu de l'annexe 2. Le contrat répartit clairement les obligations : l'hébergeur répond de la sécurité physique et de la disponibilité de l'infrastructure, le client de la sécurité de ses applications. La faille est un défaut de contrôle d'accès dans le code du portail, développé par Cèdre Habitat : l'hébergeur n'a pas manqué à ses obligations contractuelles, et sa responsabilité contractuelle ne peut pas être engagée. Il n'aurait pu l'être que s'il avait eu connaissance d'un incident (par exemple un trafic anormal détecté par ses outils) sans en informer Cèdre Habitat dans les 24 heures.

Tu avais trouvé ?

Question 6 : les mesures à prendre

Exercice 6 sur 6 Question 6 Réussi À revoir

Proposer quatre mesures, techniques ou organisationnelles, pour éviter qu'un tel incident se reproduise, en les rattachant à une obligation juridique.

Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 6
  1. Contrôler l'autorisation côté serveur pour chaque document : vérifier que le document demandé appartient au locataire connecté, et utiliser des identifiants non prévisibles (UUID). Obligation de sécurité (article 32) et protection dès la conception (article 25).
  2. Détecter les comportements anormaux : alerte sur un nombre inhabituel de téléchargements par compte ou par adresse IP, limitation du débit. Article 32 (capacité à détecter et à réagir), et journaux exploitables comme preuve.
  3. Tester la sécurité avant chaque mise en production : revue de code, tests d'autorisation automatisés, test d'intrusion annuel avec une convention signée. Article 32 (procédure pour tester et évaluer régulièrement l'efficacité des mesures).
  4. Réaliser une AIPD pour la fonctionnalité de dépôt de justificatifs : données sensibles (santé) et financières, à grande échelle, de personnes parfois vulnérables. Article 35. Et minimiser : supprimer les justificatifs une fois le dossier instruit (principe de limitation de la conservation, article 5).

Tu avais trouvé ?

Pour aller plus loin. Les cours Épreuve E7 SLAM et Épreuve E7 SISR classent les annales par thème et proposent deux épreuves blanches corrigées par option, avec leurs questions juridiques.

Chapitre terminé !

Fais les 6 exercices avant de passer à la suite : c'est en t'entraînant que tout se fixe.

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