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Chapitre 1511 minIntermédiaire

Règlement sur l'IA (AI Act) et Cyber Resilience Act

Par Josselyn C., prof de BTS SIO. Mis à jour le .

À la fin de ce chapitre, tu sauras

  • classer un système d'IA selon les niveaux de risque du règlement ;
  • citer le calendrier du règlement sur l'IA après l'omnibus de 2026 ;
  • dire si le Cyber Resilience Act s'applique à un produit ;
  • situer les grands règlements européens du numérique.

2 exercices corrigés1 schéma

Le règlement européen sur l'intelligence artificielle (AI Act, règlement 2024/1689) encadre la mise sur le marché et l'utilisation des systèmes d'IA selon le niveau de risque qu'ils présentent, de l'interdiction pure et simple aux simples obligations de transparence. Le Cyber Resilience Act (règlement 2024/2847) impose des exigences de cybersécurité à tous les produits comportant des éléments numériques, logiciels compris, pendant toute leur durée de vie. Ce chapitre présente ces deux textes récents, leur calendrier, et les situe dans l'ensemble des règlements européens du numérique.

La carte des textes européens du numérique

Depuis 2016, l'Union européenne a adopté une série de règlements et de directives qui se complètent. Les connaître par leur objet suffit à s'y retrouver :

TexteObjetQui est concernéApplication
RGPD (2016/679)Protection des données personnellesTout responsable de traitement et sous-traitantDepuis mai 2018
NIS 2 (directive 2022/2555)Cybersécurité des organisations critiquesEntités essentielles et importantes de 18 secteursTransposition attendue depuis octobre 2024 (chapitre 6)
DORA (2022/2554)Résilience opérationnelle numériqueBanques, assurances, entreprises d'investissement et leurs prestataires informatiques critiquesDepuis janvier 2025
DSA (2022/2065)Responsabilité et obligations des services en ligneIntermédiaires, hébergeurs, plateformesDepuis février 2024 (chapitre 10)
DMA (2022/1925)Concurrence sur les marchés numériquesLes très grandes plateformes « contrôleurs d'accès »Depuis mai 2023
Data Act (2023/2854)Accès aux données des objets connectés, changement de fournisseur cloudFabricants d'objets connectés, fournisseurs de cloudDepuis septembre 2025 (chapitre 14)
eIDAS 2 (2024/1183)Identité numérique et services de confianceÉtats, prestataires de confiance, services qui authentifientProgressive depuis mai 2024 (chapitre 12)
AI Act (2024/1689)Systèmes d'intelligence artificielleFournisseurs et déployeurs de systèmes d'IAProgressive de 2025 à 2028
Cyber Resilience Act (2024/2847)Sécurité des produits numériquesFabricants, importateurs et distributeurs de matériels et logicielsSignalement depuis septembre 2026, le reste en décembre 2027

Le règlement sur l'intelligence artificielle

Un système d'IA, au sens du règlement, est un système automatisé conçu pour fonctionner avec un certain degré d'autonomie, qui déduit des données qu'il reçoit comment générer des résultats (prédictions, contenus, recommandations, décisions) pouvant influencer des environnements physiques ou virtuels. Le texte distingue le fournisseur (qui développe le système et le met sur le marché sous son nom) et le déployeur (qui l'utilise dans le cadre de son activité professionnelle). Une entreprise qui utilise un logiciel de tri de CV acheté à un éditeur est déployeur ; l'éditeur est fournisseur.

Le règlement suit une approche par les risques :

InacceptableHaut risqueRisque limitéRisque minimalNotation sociale, émotions au travailinterdit depuis février 2025Tri de CV, solvabilitéconformité, contrôle humainAgent conversationnel, hypertrucagetransparenceAnti-spam, jeu vidéopas d'obligation spécifique
Le règlement sur l'IA : plus le risque pour les personnes est élevé, plus les obligations sont lourdes.
NiveauExemplesRègle
Risque inacceptable : pratiques interditesNotation sociale des personnes ; manipulation subliminale ou exploitation de la vulnérabilité ; reconnaissance des émotions sur le lieu de travail et dans les établissements d'enseignement (sauf raisons médicales ou de sécurité) ; catégorisation biométrique déduisant l'origine, les opinions ou l'orientation sexuelle ; constitution de bases de reconnaissance faciale par moissonnage non ciblé d'images ; prédiction du risque qu'une personne commette une infraction sur la seule base de son profilInterdites depuis le 2 février 2025
Haut risqueSystèmes utilisés dans des domaines sensibles : recrutement et gestion des salariés (tri de CV, évaluation), éducation (orientation, notation d'examens), accès aux services essentiels (évaluation de la solvabilité, prestations sociales), infrastructures critiques, police, justice, migrations ; IA intégrée à des produits réglementés (dispositifs médicaux, machines, jouets)Obligations lourdes : gestion des risques, qualité des données d'entraînement, documentation technique, journalisation, information des déployeurs, contrôle humain, exactitude, robustesse et cybersécurité, évaluation de conformité et marquage CE, enregistrement dans une base européenne
Risque limité : obligations de transparenceAgents conversationnels, contenus générés ou modifiés par IA (hypertrucages ou deepfakes), reconnaissance des émotions autoriséeInformer : la personne doit savoir qu'elle parle à une IA ; les contenus générés sont marqués de façon détectable par machine et les hypertrucages signalés
Risque minimalFiltre anti-spam, IA d'un jeu vidéo, correcteur orthographiqueAucune obligation spécifique ; codes de conduite volontaires

Les modèles d'IA à usage général (les grands modèles de langage sur lesquels reposent les assistants conversationnels) ont leurs propres obligations depuis le 2 août 2025 : documentation technique, politique de respect du droit d'auteur, résumé des contenus utilisés pour l'entraînement, et obligations renforcées (évaluation, gestion des risques systémiques, cybersécurité) pour les modèles les plus puissants.

Le déployeur d'un système à haut risque a lui aussi des obligations : l'utiliser conformément à la notice, confier le contrôle humain à des personnes compétentes, surveiller son fonctionnement, conserver les journaux, informer les salariés concernés avant de l'utiliser au travail et les personnes qui font l'objet de décisions.

Le calendrier. Le règlement est entré en vigueur le 1er août 2024 et s'applique par étapes. Le règlement « omnibus » 2026/1744, entré en vigueur le 27 juillet 2026, a reporté les obligations relatives aux systèmes à haut risque :

DateCe qui s'applique
2 février 2025Pratiques interdites
2 août 2025Modèles d'IA à usage général, gouvernance, sanctions
2 août 2026Obligations de transparence (avec un délai jusqu'au 2 décembre 2026 pour le marquage des contenus générés par les systèmes déjà sur le marché)
2 décembre 2026Deux nouvelles pratiques interdites ajoutées par l'omnibus (images intimes générées sans consentement, contenus pédocriminels)
2 décembre 2027Systèmes à haut risque des domaines sensibles (annexe III)
2 août 2028Systèmes à haut risque intégrés à des produits réglementés (annexe I)

Les sanctions peuvent atteindre 35 millions d'euros ou 7 % du chiffre d'affaires mondial pour une pratique interdite, et 15 millions ou 3 % pour les autres manquements.

Pour un technicien ou un développeur, les questions pratiques sont celles de la charte et des contrats : quels outils d'IA sont autorisés, quelles données peut-on y saisir (aucune donnée personnelle ou confidentielle dans un outil non validé), qui est titulaire du code généré et sous quelle licence, comment documenter qu'un contenu a été généré (chapitre 11).

Le Cyber Resilience Act

Le règlement sur la cyber-résilience (règlement 2024/2847, entré en vigueur le 10 décembre 2024) impose des exigences de cybersécurité à tous les produits comportant des éléments numériques mis sur le marché européen : matériels connectés (caméras, routeurs, objets domestiques) et logiciels (systèmes d'exploitation, applications, logiciels installés), avec leurs traitements de données à distance. Il vise les fabricants, mais aussi les importateurs et les distributeurs.

Il ne s'applique pas aux services purement en ligne (le SaaS relève de NIS 2), ni aux produits déjà couverts par des règles sectorielles (dispositifs médicaux, véhicules, aviation). Le logiciel libre développé hors de toute activité commerciale n'est pas concerné ; les fondations qui soutiennent durablement des projets libres utilisés commercialement (les « gestionnaires de logiciels open source ») ont des obligations allégées.

Les obligations du fabricant :

  • concevoir et développer le produit selon les exigences essentielles de cybersécurité : aucune vulnérabilité exploitable connue à la mise sur le marché, configuration sécurisée par défaut (pas de mot de passe par défaut commun), protection contre les accès non autorisés, confidentialité et intégrité des données, minimisation, réduction de la surface d'attaque, journalisation des événements de sécurité, possibilité de mises à jour de sécurité ;
  • gérer les vulnérabilités pendant toute la période d'assistance, d'au moins cinq ans sauf si le produit est prévu pour une durée d'utilisation plus courte : politique de divulgation coordonnée, correctifs de sécurité gratuits et diffusés sans retard, nomenclature logicielle (SBOM) des composants ;
  • évaluer la conformité du produit, rédiger la documentation technique, apposer le marquage CE ; pour les produits « importants » ou « critiques » (gestionnaires de mots de passe, VPN, pare-feu, systèmes d'exploitation, cartes à puce…), l'évaluation peut exiger l'intervention d'un organisme tiers ;
  • signaler les vulnérabilités activement exploitées et les incidents graves dans les 24 heures, par la plateforme de l'ENISA (chapitre 6).

Le calendrier : obligations de signalement depuis le 11 septembre 2026 ; application complète le 11 décembre 2027. Les sanctions peuvent atteindre 15 millions d'euros ou 2,5 % du chiffre d'affaires mondial pour les manquements aux exigences essentielles.

Exercices

Exercice 1 sur 2 Quel niveau de risque ? Réussi À revoir

Classe chaque système d'IA dans un niveau du règlement et indique la principale obligation.

  1. Un agent conversationnel sur le portail locataires qui répond aux questions sur les charges.
  2. Un logiciel qui trie automatiquement les CV des candidats aux postes de gardien.
  3. Une caméra qui analyse les émotions des salariés de l'accueil pour mesurer leur stress.
  4. Un filtre qui classe les courriels entrants en « demande d'intervention », « réclamation » ou « autre ».
  5. Un système qui évalue la solvabilité des candidats à un logement pour décider de l'attribution.
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 1
  1. Risque limité : obligation de transparence, les locataires doivent savoir qu'ils dialoguent avec une IA.
  2. Haut risque (emploi, recrutement) : Cèdre Habitat, déployeur, doit l'utiliser conformément à la notice, assurer un contrôle humain effectif, informer les candidats et les représentants du personnel ; le fournisseur doit avoir évalué la conformité. Obligations applicables au 2 décembre 2027. Le RGPD s'applique déjà : information, AIPD, pas de décision entièrement automatisée sans garanties.
  3. Pratique interdite depuis le 2 février 2025 : reconnaissance des émotions sur le lieu de travail, hors raisons médicales ou de sécurité.
  4. Risque minimal : pas d'obligation spécifique, mais les courriels contiennent des données personnelles (RGPD).
  5. Haut risque (accès à des services essentiels, évaluation de la solvabilité). Une décision d'attribution prise par le système seul serait en outre contraire à l'article 22 du RGPD sans garanties ni intervention humaine réelle.

Tu avais trouvé ?

Exercice 2 sur 2 Le Cyber Resilience Act s'applique-t-il ? Réussi À revoir

Pour chaque produit, dis si le Cyber Resilience Act s'applique et pourquoi.

  1. Une caméra de surveillance connectée vendue en France par un fabricant chinois.
  2. L'application mobile que Cèdre Habitat développe et distribue gratuitement à ses locataires dans les magasins d'applications.
  3. Le logiciel de gestion locative proposé uniquement en SaaS.
  4. Une bibliothèque libre développée bénévolement par un étudiant et publiée sur GitHub.
  5. Un logiciel de comptabilité installé sur les postes, vendu par un éditeur français.
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 2
  1. Oui : produit matériel comportant des éléments numériques, mis sur le marché européen. L'importateur doit vérifier que le fabricant a respecté ses obligations (marquage CE, documentation, période d'assistance).
  2. Très probablement oui : une application mobile est un produit logiciel, et le règlement vise la mise à disposition sur le marché dans le cadre d'une activité commerciale, à titre onéreux ou gratuit. Une application publiée dans les magasins d'applications par une entreprise, pour servir ses clients, entre dans cette notion : Cèdre Habitat en serait le fabricant, avec les obligations correspondantes à partir de décembre 2027. Les lignes directrices de la Commission permettent de trancher les cas limites.
  3. Non pour le service lui-même : un service purement en ligne relève de NIS 2 et du RGPD, pas du Cyber Resilience Act.
  4. Non : logiciel libre développé hors de toute activité commerciale.
  5. Oui : logiciel mis sur le marché dans le cadre d'une activité commerciale. L'éditeur doit respecter les exigences essentielles, assurer les correctifs pendant la période d'assistance, signaler les vulnérabilités activement exploitées depuis le 11 septembre 2026 et apposer le marquage CE d'ici le 11 décembre 2027.

Tu avais trouvé ?

Chapitre terminé !

Fais les 2 exercices avant de passer à la suite : c'est en t'entraînant que tout se fixe.

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