Chapitre 215 minIntermédiaire
RGPD : donnée personnelle, traitement et principes
Par Josselyn C., prof de BTS SIO. Mis à jour le .
À la fin de ce chapitre, tu sauras
- reconnaître une donnée personnelle, et une donnée sensible ;
- distinguer pseudonymisation et anonymisation ;
- identifier le responsable de traitement et ses sous-traitants ;
- appliquer les sept principes de l'article 5 à un traitement.
4 exercices corrigés1 schéma
Le RGPD (règlement général sur la protection des données, règlement européen 2016/679) est le texte qui encadre l'utilisation des données personnelles dans toute l'Union européenne depuis le 25 mai 2018. Il dit ce qu'est une donnée personnelle, qui est responsable de son utilisation et quels principes respecter du début à la fin d'un traitement. Ce chapitre pose ces trois bases : sans elles, aucune question RGPD d'examen ne se traite correctement.
Le RGPD en bref
Le RGPD a remplacé la directive de 1995 sur la protection des données. Étant un règlement, il s'applique directement dans les 27 États membres ; en France, il est complété par la loi Informatique et libertés du 6 janvier 1978, réécrite en 2018. Son nom anglais est GDPR (General Data Protection Regulation).
Il s'applique (article 3) :
- à toute organisation établie dans l'Union qui traite des données personnelles, où que le traitement ait lieu ;
- à une organisation établie hors de l'Union dès qu'elle propose des biens ou des services à des personnes qui se trouvent dans l'Union, ou qu'elle suit leur comportement (un réseau social américain, une boutique en ligne chinoise qui vise le marché français).
Il s'applique quelle que soit la taille de l'organisation : une association de quartier, une PME de 14 salariés et une multinationale ont les mêmes principes à respecter. Seules quelques obligations (registre, délégué) varient avec le risque et l'activité. Il ne s'applique pas aux traitements faits par un particulier pour un usage strictement personnel ou domestique (ton carnet d'adresses, les photos de famille).
Qu'est-ce qu'une donnée personnelle ?
Une donnée à caractère personnel est toute information se rapportant à une personne physique identifiée ou identifiable (article 4). Une personne est identifiable si on peut la retrouver, directement ou indirectement, notamment par un identifiant (nom, numéro, données de localisation, identifiant en ligne) ou par un ou plusieurs éléments propres à son identité physique, physiologique, génétique, psychique, économique, culturelle ou sociale.
| Type | Exemples | Pourquoi c'est personnel |
|---|---|---|
| Identifiant direct | Nom et prénom, photo, adresse électronique nadia.benkacem@cedre-habitat.fr | Désigne la personne sans autre information |
| Identifiant indirect | Numéro de locataire, numéro de téléphone, adresse IP, identifiant de cookie, plaque d'immatriculation | Permet de retrouver la personne avec une table ou l'aide d'un tiers (le fournisseur d'accès pour une IP) |
| Combinaison d'informations | « Femme, 34 ans, gardienne, site de Vénissieux » | Seule, chaque information est vague ; ensemble, elles désignent une personne dans un petit effectif |
| Données techniques et traces | Journaux de connexion, historique de navigation, géolocalisation d'un véhicule de service, frappes enregistrées | Elles sont rattachées à un compte ou à un poste, donc à une personne |
| Voix et image | Enregistrement d'un appel au support, vidéo de surveillance | Elles permettent de reconnaître la personne |
Ne sont pas des données personnelles : les informations sur une personne morale (le SIREN de Cèdre Habitat, l'adresse contact@cedre-habitat.fr), les données réellement anonymisées et les statistiques agrégées qui ne permettent de remonter à personne. Attention aux petits effectifs : « 1 salarié du service juridique est en arrêt maladie » désigne une personne si le service ne compte qu'une personne.
Les données sensibles
L'article 9 du RGPD interdit en principe de traiter des catégories particulières de données, qu'on appelle couramment données sensibles :
- l'origine raciale ou ethnique ;
- les opinions politiques ;
- les convictions religieuses ou philosophiques ;
- l'appartenance syndicale ;
- les données génétiques ;
- les données biométriques utilisées pour identifier une personne de manière unique (empreinte digitale, reconnaissance faciale) ;
- les données concernant la santé ;
- la vie sexuelle ou l'orientation sexuelle.
L'interdiction connaît des exceptions limitativement énumérées : le consentement explicite de la personne, les obligations du droit du travail et de la protection sociale, la sauvegarde des intérêts vitaux d'une personne incapable de consentir, des données manifestement rendues publiques par la personne, la médecine du travail et les soins, la recherche sous conditions. Même dans ces cas, la sécurité doit être renforcée et une analyse d'impact est souvent obligatoire (chapitre 5).
Deux autres catégories sont très encadrées sans être « sensibles » au sens de l'article 9 :
- les données relatives aux condamnations pénales et aux infractions (article 10), qui ne peuvent être traitées que sous le contrôle de l'autorité publique ou dans les cas prévus par la loi ;
- le numéro de sécurité sociale (le NIR), dont l'usage est limité par la loi Informatique et libertés et un décret à certains secteurs (santé, paie, protection sociale) : un portail locataires n'a aucune raison de le demander.
Anonymiser ou pseudonymiser ?
Les deux techniques transforment des données, mais leurs effets juridiques sont opposés.
| Pseudonymisation | Anonymisation | |
|---|---|---|
| Principe | Remplacer les identifiants directs par un pseudonyme (un jeton, un numéro), la table de correspondance étant conservée à part et protégée | Rendre impossible, par tout moyen raisonnable, de retrouver la personne, y compris par recoupement |
| Réversible ? | Oui, avec la table de correspondance | Non, définitivement |
| Le RGPD s'applique ? | Oui : ce sont toujours des données personnelles | Non : les données sortent du RGPD |
| Intérêt | Mesure de sécurité : une fuite de la table de travail expose moins | Statistiques, publication de données ouvertes, conservation au-delà de la durée prévue |
| Exemple | PT-7F3A, 1971-03-12, diabète, 33000 | 50-59 ans, diabète, Gironde, dans un groupe d'au moins quelques dizaines de personnes |
Supprimer le nom ne suffit pas à anonymiser. En 2000, une chercheuse américaine, Latanya Sweeney, a montré que la date de naissance, le sexe et le code postal suffisent à identifier une grande majorité des habitants des États-Unis. Ces informations sont des quasi-identifiants : pour anonymiser, on les généralise (tranche d'âge au lieu de la date, département au lieu du code postal) jusqu'à ce que chaque combinaison corresponde à un groupe suffisamment grand de personnes (c'est l'idée du k-anonymat), ou on ne publie que des agrégats.
Qu'est-ce qu'un traitement ?
Un traitement est toute opération, automatisée ou non, appliquée à des données personnelles : collecte, enregistrement, organisation, conservation, adaptation, modification, extraction, consultation, utilisation, communication, rapprochement, limitation, effacement ou destruction (article 4). Consulter une fiche, exporter un fichier CSV, envoyer une liste par courriel, sauvegarder une base, purger des comptes : ce sont tous des traitements.
En pratique, on raisonne par finalité : un traitement regroupe les opérations qui servent un même objectif. Chez Cèdre Habitat : la gestion des locataires et des loyers, le suivi des demandes d'intervention, la paie des salariés, la vidéoprotection des halls, la journalisation des accès au système d'information, la prospection pour les logements vacants. Chacun a sa base légale, ses destinataires et sa durée de conservation.
Qui est responsable ? Les rôles du RGPD
| Rôle | Définition | Chez Cèdre Habitat |
|---|---|---|
| Personne concernée | La personne physique dont les données sont traitées | Les locataires, les candidats à un logement, les salariés, les visiteurs du site |
| Responsable de traitement | Celui qui détermine les finalités et les moyens du traitement : pourquoi et comment | Cèdre Habitat, pour tous ses traitements |
| Responsables conjoints | Deux organismes qui déterminent ensemble les finalités et les moyens | Cèdre Habitat et une association de locataires qui organisent ensemble une enquête de satisfaction |
| Sous-traitant | Celui qui traite les données pour le compte du responsable et sur ses instructions | L'éditeur du logiciel de gestion locative (en mode SaaS), l'hébergeur, le prestataire d'envoi des SMS |
| Sous-traitant ultérieur | Un sous-traitant du sous-traitant | Le fournisseur de cloud chez qui l'éditeur héberge le logiciel |
| Destinataire | Toute personne qui reçoit communication des données | Le service comptable, la caisse d'allocations familiales, un huissier de justice |
Le responsable de traitement est l'organisation, personne morale, pas la personne qui dirige la DSI ni le développeur. Un sous-traitant qui se met à utiliser les données pour ses propres finalités (l'éditeur qui revend les données des locataires) devient responsable de ce traitement et en assume toutes les obligations (article 28).
Les sept principes de l'article 5
L'article 5 du RGPD pose les principes qui s'appliquent à tout traitement. Ils sont la grille de lecture de toutes les questions d'examen.
| Principe | Ce qu'il impose | Traduction technique pour la DSI |
|---|---|---|
| 1. Licéité, loyauté, transparence | Une base légale (chapitre 3), aucune collecte cachée, une information claire des personnes | Mention d'information sous chaque formulaire, politique de confidentialité, pas de traceur caché |
| 2. Limitation des finalités | Des finalités déterminées, explicites et légitimes ; pas de réutilisation incompatible | Une donnée collectée pour gérer les loyers ne sert pas à du démarchage pour une assurance partenaire |
| 3. Minimisation | Seules les données adéquates, pertinentes et nécessaires | Pas de champ « date de naissance » ou « profession » si la finalité n'en a pas besoin ; pas de capture complète des paquets quand les métadonnées suffisent |
| 4. Exactitude | Données exactes et tenues à jour | Formulaire de modification du profil, correction rapide sur demande |
| 5. Limitation de la conservation | Une durée fixée selon la finalité, puis suppression, anonymisation ou archivage | Tâche planifiée de purge, durée de rétention des sauvegardes et des journaux |
| 6. Intégrité et confidentialité | Une sécurité adaptée au risque (article 32) | Contrôle d'accès, chiffrement, mots de passe hachés, journalisation, sauvegardes testées |
| 7. Responsabilité (accountability) | Le responsable doit pouvoir démontrer sa conformité | Registre, analyses d'impact, contrats de sous-traitance, preuves de consentement, procédures documentées |
Le septième principe change la logique : avant 2018, on déclarait ses fichiers à la CNIL ; depuis, on ne déclare presque plus rien, mais on doit documenter et pouvoir prouver, à tout moment, qu'on respecte les autres principes.
Fixer une durée de conservation
La durée dépend de la finalité. La CNIL publie des référentiels sectoriels ; quelques repères :
| Données | Durée de référence | Source |
|---|---|---|
| Candidat non retenu (CV, lettre) | 2 ans après le dernier contact, sauf opposition | Recommandation de la CNIL |
| Prospect qui n'a jamais répondu | 3 ans après le dernier contact | Recommandation de la CNIL |
| Images de vidéoprotection | Quelques jours, un mois au maximum hors procédure | Code de la sécurité intérieure et CNIL |
| Journaux de connexion à un système d'information | 6 mois à 1 an | Recommandation de la CNIL sur la journalisation |
| Pièces comptables et factures | 10 ans | Code de commerce |
Au-delà de la durée d'utilisation courante, les données peuvent être placées en archivage intermédiaire (accès restreint, à des fins de preuve ou d'obligation légale) avant leur suppression définitive. Le chapitre 12 détaille les obligations légales de conservation.
Pour aller plus loin. Les mesures techniques qui répondent à l'obligation de sécurité (chiffrement, pseudonymisation par hachage, contrôle d'accès) sont détaillées dans les cours Cryptographie et Authentification et habilitations.
Exercices
Exercice 1 sur 4 Donnée personnelle ou non ? Réussi À revoir
Ces informations, trouvées dans le système d'information de Cèdre Habitat, sont-elles des données personnelles ? Sont-elles sensibles ?
contact@cedre-habitat.fr.- L'adresse IP
92.184.12.7enregistrée dans les journaux du portail. - « Nombre de locataires du site de Lyon : 3 412 ».
- Le certificat médical joint à une demande de logement adapté.
- Le numéro de locataire
LOC-004521. - Un fichier d'enquête où chaque nom est remplacé par un numéro, la table de correspondance restant à la DSI.
- L'adhésion d'un salarié à un syndicat, notée dans le logiciel de paie pour prélever la cotisation.
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 1
- Non : adresse générique d'une personne morale.
- Oui, non sensible : identifiant indirect, rattachable à un abonné avec l'aide du fournisseur d'accès.
- Non : agrégat qui ne désigne personne.
- Oui et sensible : donnée de santé (article 9).
- Oui, non sensible : identifiant indirect, relié à une personne par le logiciel de gestion locative.
- Oui : données pseudonymisées, la table permet de retrouver chaque personne.
- Oui et sensible : appartenance syndicale. Le prélèvement de la cotisation repose sur la demande et le consentement explicite du salarié (article 9.2.a), avec un accès limité au service paie.
Tu avais trouvé ?
Exercice 2 sur 4 Les rôles Réussi À revoir
Pour chaque acteur, donne son rôle au sens du RGPD dans le traitement « gestion des demandes d'intervention des locataires ».
- Cèdre Habitat.
- L'entreprise de plomberie qui reçoit le nom, l'adresse et le téléphone du locataire pour intervenir.
- L'éditeur du logiciel de tickets, hébergé chez lui en mode SaaS.
- Le fournisseur de cloud de cet éditeur.
- Le locataire qui signale une fuite.
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 2
- Responsable de traitement : il décide de la finalité (traiter les demandes) et des moyens essentiels.
- Destinataire, et en pratique sous-traitant pour cette mission : il ne reçoit les données que pour intervenir pour le compte de Cèdre Habitat. S'il les réutilisait pour proposer ses propres services, il deviendrait responsable de ce nouveau traitement, sans base légale.
- Sous-traitant : il traite les données pour le compte de Cèdre Habitat. Un contrat conforme à l'article 28 est obligatoire.
- Sous-traitant ultérieur : l'éditeur doit avoir l'autorisation de Cèdre Habitat pour y recourir.
- Personne concernée.
Tu avais trouvé ?
Exercice 3 sur 4 Pseudonymiser puis anonymiser Réussi À revoir
Voici une ligne d'un export des demandes de logement adapté :
Martin | Claire | 1958-06-02 | 69200 Vénissieux | fauteuil roulant | demande acceptée
- Propose une version pseudonymisée pour l'équipe qui teste une nouvelle application.
- Propose une version anonymisée pour un rapport public sur les logements adaptés.
- La version 1 relève-t-elle du RGPD ? Et la version 2 ?
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 3
DEM-8812 | 1958-06-02 | 69200 | fauteuil roulant | acceptée, avec une tableDEM-8812 → Martin Claireconservée à part, accessible à très peu de personnes. Pour des tests, le mieux reste encore des données fictives générées : on ne teste jamais avec de vraies données de santé si on peut l'éviter.- On supprime l'identité et on généralise les quasi-identifiants :
65-74 ans | Rhône | mobilité réduite | acceptée, et on ne publie que des totaux par catégorie (« 128 demandes acceptées dans le Rhône »), en masquant les catégories qui comptent trop peu de personnes. - La version 1 est pseudonymisée : le RGPD s'applique, et il s'agit même de données sensibles. La version 2, si elle est réellement irréversible, est anonyme : elle sort du RGPD.
Tu avais trouvé ?
Exercice 4 sur 4 Quel principe est violé ? Réussi À revoir
Pour chaque pratique, nomme le principe de l'article 5 qui n'est pas respecté et propose une correction.
- Le formulaire de contact du site exige la date de naissance et la profession.
- Les comptes du portail des locataires partis depuis dix ans sont toujours actifs.
- Les adresses des locataires sont transmises à un partenaire qui vend des assurances habitation.
- Les mots de passe du portail sont stockés en clair.
- Lors d'un contrôle, Cèdre Habitat ne sait pas dire quels prestataires ont accès aux données des locataires.
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 4
- Minimisation : un formulaire de contact a besoin d'un moyen de répondre (courriel ou téléphone) et du message. Supprimer les deux champs, ou les rendre facultatifs avec une finalité expliquée.
- Limitation de la conservation : fixer une durée (par exemple la durée du bail, puis l'archivage intermédiaire le temps des prescriptions), puis supprimer ou anonymiser par une purge automatique.
- Limitation des finalités, et absence de base légale pour cette nouvelle finalité : il faudrait au minimum le consentement des locataires (chapitre 3).
- Intégrité et confidentialité : hacher les mots de passe avec un algorithme adapté (Argon2id ou bcrypt), jamais un chiffrement réversible ni un simple SHA-256.
- Responsabilité : tenir le registre des traitements et la liste des sous-traitants, avec leurs contrats (chapitre 5).
Tu avais trouvé ?