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Chapitre 313 minDébutant

CMS, page builder ou site sur mesure : comment choisir

Par Josselyn C., prof de BTS SIO. Mis à jour le .

À la fin de ce chapitre, tu sauras

  • expliquer ce qu'est un CMS et comment il sépare contenu et présentation ;
  • distinguer CMS, constructeur SaaS, page builder, headless et sur mesure ;
  • comparer des solutions sur des critères explicites et leur coût sur trois ans ;
  • rédiger une note de choix argumentée.

3 exercices corrigés1 schéma

Un CMS (Content Management System, système de gestion de contenu) est un logiciel qui permet de créer et de modifier les pages d'un site depuis une interface d'administration, sans écrire de code : WordPress, Drupal et Joomla sont les plus connus. Face à lui, on trouve les sites statiques, les constructeurs de sites en ligne (Wix, Squarespace, Shopify), les page builders qui ajoutent une mise en page visuelle à un CMS, et le développement sur mesure. Ce chapitre explique comment fonctionne un CMS, compare ces familles de solutions et donne une méthode chiffrée pour choisir, appliquée à la Cyclerie.

C'est quoi un CMS ?

Un CMS sépare trois choses que l'on mélange dans un site écrit à la main :

  • le contenu (textes, images, produits, articles), stocké dans une base de données ;
  • la présentation, assurée par un thème (des gabarits HTML et CSS) que l'on peut changer sans toucher au contenu ;
  • les fonctions, apportées par le cœur du logiciel et par des extensions (plugins) : formulaire de contact, boutique, réservation, référencement, sauvegarde.

L'organisation travaille dans le back-office (l'interface d'administration, /wp-admin pour WordPress) ; les visiteurs voient le front-office, les pages générées à la volée à partir de la base et du thème. Chaque utilisateur du back-office a un rôle qui limite ce qu'il peut faire : rédiger, publier, administrer.

L'intérêt pour une petite organisation est évident : la vendeuse ajoute un vélo d'occasion ou change les horaires d'été elle-même, sans appeler le prestataire. Le revers aussi : un CMS est un logiciel qui tourne sur un serveur, avec ses failles et ses mises à jour (chapitre 4).

CMSLicenceLangagePoints fortsÀ savoir
WordPressLibre (GPL)PHP, base MySQL ou MariaDBLe plus répandu (autour de quatre sites web sur dix selon W3Techs en 2026), simple pour les rédacteurs, des dizaines de milliers d'extensions et de thèmesLa qualité des extensions est inégale : c'est la principale source de failles
DrupalLibre (GPL)PHPContenus très structurés, droits fins, multilingue solide ; apprécié des collectivités et des grandes organisationsPlus complexe à prendre en main et à faire évoluer
JoomlaLibre (GPL)PHPGestion native du multilingue et des utilisateursCommunauté plus réduite qu'autrefois
PrestaShop, WooCommerce (extension de WordPress)LibrePHPBoutique en ligne : catalogue, panier, paiement, stocksUn site marchand impose des obligations juridiques supplémentaires (chapitre 9)

WordPress a beaucoup changé : depuis 2018, on écrit les pages avec l'éditeur de blocs (paragraphe, image, colonnes, bouton), et les thèmes à blocs permettent de modifier aussi l'en-tête, le pied de page et les gabarits depuis l'interface. Sa version 7.0 est sortie en mai 2026.

Les familles de solutions

FamilleExemplesComment on construit le sitePour qui
Site statiqueHTML et CSS écrits à la main, générateurs comme Hugo ou AstroOn écrit des fichiers, souvent versionnés avec Git, publiés sur un hébergement statiquePortfolio, documentation, site vitrine qui change peu, géré par quelqu'un qui code
CMS open source auto-hébergéWordPress, Drupal, JoomlaOn installe le CMS chez un hébergeur, on choisit un thème, on ajoute des extensionsOrganisation qui veut l'autonomie des rédacteurs et la maîtrise de son site, avec un prestataire ou un service informatique pour la maintenance
Constructeur de site en SaaSWix, Squarespace, Webflow, Shopify (boutique), WordPress.comOn construit le site en ligne, dans l'outil de la plateforme, qui héberge et maintient toutPetite structure sans compétence technique, besoin standard
Page builderElementor, Divi, ou l'éditeur de blocs natif de WordPressUne extension de CMS qui ajoute une mise en page par glisser-déposerRédacteurs qui veulent composer des pages riches sans code
CMS headlessStrapi, Directus, ou WordPress utilisé comme APILe CMS ne sert qu'à saisir et stocker les contenus ; une application séparée les affiche via une APIÉquipe de développement qui veut un front-office moderne (React, Next.js) et des contenus réutilisés sur plusieurs canaux
Développement sur mesureApplication Symfony, Laravel, Node.jsDes développeurs écrivent l'application à partir des besoinsBesoins métier spécifiques, forte intégration au système d'information

Ces familles se combinent souvent. Le cas le plus fréquent en stage : un CMS avec un développement spécifique, par exemple une extension WordPress écrite pour afficher des données de l'organisation (chapitre 11).

Les critères de choix

On ne choisit pas une solution parce qu'on la connaît ou qu'elle est à la mode, mais en confrontant les options à des critères explicites, pondérés selon ce qui compte pour l'organisation.

CritèreLes questions à poser
Besoins fonctionnelsQuelles fonctions sont indispensables (prise de rendez-vous, catalogue, vente, multilingue, espace adhérent) ? Sont-elles standard ou propres à l'organisation ?
Autonomie des rédacteursQui mettra le site à jour, avec quelles compétences, à quelle fréquence ?
Compétences disponiblesQui maintiendra la solution : service informatique, prestataire, personne ?
Coût total sur plusieurs annéesCréation, abonnements, hébergement, extensions payantes, maintenance, temps interne
Sécurité et maintenanceQui applique les mises à jour ? Combien d'extensions faut-il ? Qui sauvegarde ?
Performance et référencementPages rapides sur mobile ? Contrôle des titres, des adresses, des redirections ?
AccessibilitéLe thème et les composants produisent-ils un code accessible (chapitre 8) ?
Données et RGPDOù sont hébergées les données ? Qui y a accès ? Le prestataire les réutilise-t-il ?
RéversibilitéPeut-on récupérer contenus et données pour changer de solution, et à quel prix ?
PérennitéLa solution sera-t-elle maintenue dans cinq ans ? Communauté, éditeur, licence ?

Calculer le coût total sur trois ans

Le coût total de possession (en anglais TCO, total cost of ownership) additionne la dépense initiale et les dépenses récurrentes sur une durée donnée, souvent trois ans. Léo compare trois options pour la Cyclerie :

PosteA. WordPress refait par OndineB. Constructeur SaaS, fait en interneC. Site sur mesure par une agence
Création (une fois)2 400 €600 € d'accompagnement + 30 h de travail interne à 25 € = 1 350 €9 000 €
Hébergement ou abonnement (par an)96 €25 € × 12 = 300 €480 € (serveur)
Module de réservation (par an)0 € (extension libre)10 € × 12 = 120 €inclus
Maintenance (par an)600 €0 € (assurée par la plateforme)720 €
Récurrent par an696 €420 €1 200 €
Total sur 3 ans2 400 + 3 × 696 = 4 488 €1 350 + 3 × 420 = 2 610 €9 000 + 3 × 1 200 = 12 600 €

L'option B est la moins chère, mais le calcul ne dit pas tout. La gérante veut, d'ici un an, afficher sur le site les vélos d'occasion directement depuis son logiciel de caisse et de stock : le constructeur SaaS ne le permet qu'avec des contournements fragiles, et la Cyclerie dépendrait d'une plateforme dont elle ne maîtrise ni les prix ni l'export. L'option C répond à tout mais coûte presque trois fois plus que A pour des besoins qui restent standard.

Léo recommande donc l'option A et le justifie dans une note de choix d'une page : besoins, options comparées, tableau de coûts, recommandation et risques (dépendance aux extensions, maintenance à contractualiser). Cette note est une excellente preuve pour le portfolio E5.

Le cas des page builders

Les page builders comme Elementor ou Divi ont rendu WordPress accessible à des non-développeurs : on compose une page en glissant des blocs, on règle les couleurs et les marges à la souris. Ils ont aussi des inconvénients :

AvantageInconvénient
Autonomie : la gérante crée une page de promotion sans prestataireCode plus lourd, pages plus lentes, ce qui pèse sur le référencement et l'expérience mobile
Résultat visuel immédiatMise en page enfermée dans l'outil : désactiver l'extension laisse des pages illisibles, remplies de codes courts
Nombreux modèles prêts à l'emploiAccessibilité très variable selon les composants et l'usage qu'on en fait
Une extension de plus, avec ses mises à jour et ses failles potentielles

L'éditeur de blocs natif de WordPress couvre aujourd'hui la plupart des besoins d'un petit site vitrine. Pour la Cyclerie, Léo choisit un thème à blocs léger et maintenu, sans page builder, et prépare des compositions (des modèles de sections réutilisables : bandeau promotionnel, fiche atelier) pour que la gérante reste autonome sans casser la charte graphique.

Décider : un arbre de choix

1. Les contenus changeront-ils souvent,modifiés par des personnes qui ne codent pas ?nonSite statiqueHTML, générateur de siteoui2. Le site doit-il intégrer des fonctions propresà l'organisation ou ses données métier ?ouiCMS + développementspécifique, ou sur mesurenon3. Un service informatique ou un prestataireassurera-t-il la maintenance ?ouiCMS open sourceWordPress, Drupal…nonConstructeur de site en SaaSen vérifiant la réversibilité et le coût sur trois ans
Trois questions pour orienter le choix ; le coût total sur trois ans et la réversibilité départagent ensuite les options

L'arbre oriente ; il ne remplace pas le tableau de critères ni le calcul de coût. Il sert surtout à éviter les deux erreurs classiques : une usine à gaz sur mesure pour un site vitrine, ou un constructeur grand public pour une organisation dont le site doit dialoguer avec son système d'information.

Exercices

Exercice 1 sur 3 Quelle solution pour quel besoin ? Réussi À revoir

Propose une famille de solutions pour chaque cas et justifie en deux phrases.

  1. Un étudiant veut publier son portfolio E5 et sait écrire du HTML et du CSS.
  2. Une boulangerie de trois personnes, sans prestataire informatique, veut une page avec ses horaires, ses produits et un formulaire de commande de gâteaux.
  3. Une communauté de communes veut un site multilingue avec des dizaines de rédacteurs dans différents services, des droits fins par rubrique et un haut niveau d'accessibilité.
  4. Une entreprise de location de matériel veut que ses clients voient en temps réel les disponibilités issues de son logiciel de gestion et réservent en ligne.
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 1
  1. Site statique sur un hébergement statique (GitHub Pages, par exemple) : il maîtrise le code, le contenu change peu, l'hébergement est gratuit et il n'y a pas de CMS à maintenir.
  2. Constructeur de site en SaaS : la boulangerie n'a personne pour maintenir un CMS, ses besoins sont standard. Il faudra vérifier que le formulaire respecte le RGPD et que l'export des contenus est possible.
  3. CMS open source robuste en multilingue et en gestion des droits, typiquement Drupal (ou WordPress bien outillé), maintenu par le service informatique ou un prestataire, avec un thème audité pour l'accessibilité : une collectivité est soumise au RGAA.
  4. Développement spécifique : soit un CMS pour la partie éditoriale avec une extension ou une application reliée au logiciel de gestion par une API, soit une application sur mesure. Un constructeur SaaS ne peut pas afficher proprement des disponibilités en temps réel issues du système d'information.

Tu avais trouvé ?

Exercice 2 sur 3 Comparer deux offres sur trois ans Réussi À revoir

Une association hésite entre :

  • Offre 1 : constructeur SaaS à 17 € par mois, création par un bénévole (gratuite) ;

  • Offre 2 : WordPress sur un mutualisé à 7 € par mois, création par un prestataire pour 900 €, maintenance à 15 € par mois.

  1. Calcule le coût total de chaque offre sur trois ans.
  2. Cite un critère non financier qui pourrait faire préférer l'offre la plus chère.
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 2
  1. Offre 1 : 17 × 36 = 612 €. Offre 2 : 900 + 7 × 36 + 15 × 36 = 900 + 252 + 540 = 1 692 €.
  2. Par exemple : la réversibilité (le WordPress se migre chez n'importe quel hébergeur), une fonction indispensable absente de l'offre 1 (espace adhérent, adhésion en ligne reliée à un fichier existant), la maintenance assurée par un professionnel plutôt que par un bénévole qui peut partir, ou la localisation des données dans l'Union européenne.

Tu avais trouvé ?

Exercice 3 sur 3 Repérer le risque Réussi À revoir

Le site d'une auto-école a été construit il y a quatre ans avec un page builder premium dont la licence n'a pas été renouvelée. Les mises à jour de l'extension ne s'installent plus et le prestataire propose de « simplement désactiver l'extension ».

  1. Quels sont les deux risques de la situation actuelle ?
  2. Que va-t-il se passer si on désactive l'extension ?
  3. Que conseilles-tu ?
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 3
  1. Sécurité : une extension qui ne reçoit plus de mises à jour garde ses failles connues, alors qu'elle est chargée sur chaque page. Compatibilité : elle risque de casser à la prochaine mise à jour de WordPress ou de PHP, rendant le site inutilisable.
  2. Les pages construites avec le page builder perdent leur mise en page : on voit apparaître des codes courts ou un contenu en vrac. C'est l'enfermement propre à ces outils.
  3. Soit renouveler la licence le temps de migrer proprement, soit reconstruire les pages avec l'éditeur de blocs natif et un thème maintenu, page par page, sur une copie du site (préproduction), puis basculer. Dans les deux cas, inventorier les pages concernées et sauvegarder avant toute opération.

Tu avais trouvé ?

Chapitre terminé !

Fais les 3 exercices avant de passer à la suite : c'est en t'entraînant que tout se fixe.

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