Chapitre 1114 minDébutant
Fin de vie du matériel : effacement sécurisé, DEEE et reconditionnement
Par Josselyn C., prof de BTS SIO. Mis à jour le .
À la fin de ce chapitre, tu sauras
- choisir entre réemploi, reconditionnement et recyclage ;
- effacer un disque dur ou un SSD de façon sûre, et le prouver ;
- expliquer les obligations liées aux DEEE et aux données personnelles ;
- sortir proprement un équipement de l'inventaire.
4 exercices corrigés1 schéma
La fin de vie d'un équipement informatique commence quand il quitte son usage : il peut être réaffecté en interne, donné ou revendu après reconditionnement, ou recyclé comme déchet. Dans tous les cas, deux obligations s'imposent : effacer les données de façon sûre et vérifiable, et confier ce qui devient un déchet à une filière agréée de traitement des DEEE (déchets d'équipements électriques et électroniques). Ce chapitre explique comment choisir entre réemploi et recyclage, comment effacer un disque dur ou un SSD et le prouver, ce que la loi impose, et comment sortir proprement un équipement de l'inventaire.
Réemployer avant de recycler
La fabrication d'un ordinateur concentre l'essentiel de son impact environnemental : extraction des métaux, fabrication des puces, transport. Le garder en service plus longtemps, ou lui donner une deuxième vie, réduit cet impact bien plus que le meilleur recyclage. L'ordre de préférence :
| Option | Ce que c'est | Exemple |
|---|---|---|
| Réaffectation | L'équipement change d'utilisateur dans l'entreprise | Le portable d'un développeur devient le poste de l'accueil |
| Réemploi, don | L'équipement est donné tel quel pour le même usage | Don à une association d'inclusion numérique ou à une école |
| Reconditionnement | Un professionnel teste, répare, efface, nettoie et revend l'équipement avec une garantie | Revente à un reconditionneur, qui rachète le lot |
| Recyclage | L'équipement devient un déchet ; ses matières sont récupérées | Enlèvement par un éco-organisme agréé |
La loi suit le même ordre. La loi AGEC (anti-gaspillage pour une économie circulaire, 2020) et la loi REEN (réduire l'empreinte environnementale du numérique, 2021) poussent au réemploi : par exemple, les services de l'État et les collectivités doivent acheter une part de leur matériel informatique (20 % en valeur) issue du réemploi ou intégrant des matières recyclées. Depuis 2022, le mot reconditionné est encadré : il désigne un produit d'occasion testé, remis en état si nécessaire, et dont les données ont été effacées.
Pourquoi formater ne suffit pas
Supprimer un fichier ne l'efface pas : le système marque seulement son emplacement comme libre, et les données restent sur le disque jusqu'à ce qu'elles soient écrasées. Un formatage rapide fait la même chose pour tout le disque : il recrée une table vide. Des outils gratuits, comme PhotoRec, récupèrent alors la plupart des fichiers en quelques heures. Des études ont régulièrement montré que des disques d'occasion achetés en ligne contenaient encore des données d'entreprises : courriels, fiches de paie, mots de passe.
Le RGPD impose de protéger les données personnelles pendant tout leur cycle de vie, fin comprise. Le guide de la sécurité des données personnelles de la CNIL consacre une fiche à la maintenance et à la fin de vie des matériels : elle interdit de réutiliser, revendre ou jeter un support qui a contenu des données personnelles sans suppression sécurisée préalable, et recommande une procédure écrite et des outils d'effacement reconnus. L'ANSSI certifie certains de ces outils.
Les trois niveaux de nettoyage
La référence internationale du nettoyage des supports est la publication NIST SP 800-88 (révision 2, septembre 2025). Elle définit trois niveaux :
| Niveau | Principe | Protège contre |
|---|---|---|
| Effacer (Clear) | Réécrire les données par les commandes normales d'écriture | La récupération avec des outils logiciels courants |
| Purger (Purge) | Utiliser les fonctions d'effacement du support lui-même, l'effacement cryptographique ou la démagnétisation | La récupération en laboratoire |
| Détruire (Destroy) | Broyer, désintégrer, incinérer | Tout, le support n'existe plus |
Le choix dépend du support et de la sensibilité des données :
| Support | Méthode adaptée | Attention |
|---|---|---|
| Disque dur (HDD) | Réécriture complète d'une passe, avec vérification ; ou la commande d'effacement du disque | Une passe suffit sur les disques modernes. La démagnétisation détruit aussi le disque |
| SSD SATA ou NVMe | La commande d'effacement du micrologiciel : Sanitize (effacement de blocs ou cryptographique), Secure Erase ATA, Format NVMe avec effacement | Réécrire un SSD ne garantit rien : la répartition de l'usure et les cellules de réserve gardent des copies inaccessibles au système |
| Disque chiffré (BitLocker, LUKS) | Effacement cryptographique : détruire la clé rend les données illisibles ; compléter par l'effacement du support | Il faut être sûr que la clé n'existe plus nulle part (annuaire, clé de récupération imprimée) |
| Support en panne | Destruction physique, par un prestataire qui délivre un certificat | Un disque qui ne répond plus ne peut pas être effacé |
| Smartphone, tablette | Retirer les comptes et la gestion MDM, puis réinitialiser : le stockage étant chiffré, la réinitialisation détruit la clé | Sans retirer le compte (verrouillage d'activation, protection d'appareil), l'appareil reste bloqué pour le suivant |
Effacer en pratique
Les outils intégrés aux PC professionnels. Dell (Data Wipe), HP (Secure Erase) et Lenovo (ThinkShield Secure Wipe) intègrent dans le micrologiciel un outil qui lance la commande d'effacement adaptée au disque. C'est la méthode la plus simple pour un SSD de PC de marque.
Les outils des fabricants de disques (Samsung Magician, Crucial Storage Executive, WD Dashboard…) lancent aussi la commande d'effacement du SSD, souvent depuis une clé USB de démarrage.
Les logiciels d'effacement : nwipe, libre (disponible dans la distribution ShredOS, qui démarre sur une clé USB), réécrit les disques durs et produit un rapport ; des logiciels commerciaux comme Blancco gèrent aussi les SSD et délivrent des rapports d'effacement signés, utiles pour un grand parc.
En ligne de commande sous Linux, depuis une clé de démarrage, jamais sur le disque qui porte le système en cours d'exécution :
# SSD NVMe : identifier le disque, lancer un effacement de blocs (Sanitize), suivre l'avancement
sudo nvme list
sudo nvme sanitize /dev/nvme0n1 --sanact=2
sudo nvme sanitize-log /dev/nvme0n1
# Disque SATA : vérifier que l'effacement sécurisé est pris en charge et que le disque n'est pas « frozen »
sudo hdparm -I /dev/sdb | grep -A8 Security
Avec nvme sanitize, la valeur --sanact=2 lance un effacement de blocs, --sanact=4 un effacement cryptographique, si le disque le prend en charge (nvme id-ctrl l'indique). Ces commandes sont irréversibles : vérifie trois fois le nom du disque.
Sous Windows, l'option Réinitialiser ce PC > Supprimer tout, avec Nettoyer le lecteur, réécrit l'espace du disque. Elle suffit pour réaffecter en interne un poste qui n'a pas contenu de données sensibles, mais elle ne produit pas de rapport et ne lance pas la commande d'effacement d'un SSD : pour une sortie du parc, préfère les outils ci-dessus.
Prouver l'effacement. Chaque effacement donne un rapport ou un certificat d'effacement, conservé avec l'inventaire : numéro de série du support (et de l'équipement), méthode et outil utilisés, niveau (effacer, purger, détruire), date, nom de l'opérateur, résultat de la vérification. C'est ta preuve en cas de contrôle ou de fuite.
Les DEEE : que faire des déchets ?
Un DEEE (déchet d'équipement électrique et électronique) contient des substances dangereuses (plomb des soudures, mercure de certains écrans anciens, retardateurs de flamme bromés dans les plastiques, électrolytes des batteries) et des matières précieuses (cuivre, or, argent, palladium, cobalt). Il est interdit de le jeter avec les déchets ordinaires.
En France, les DEEE relèvent de la responsabilité élargie du producteur (REP) : les fabricants financent la collecte et le traitement, à travers des éco-organismes agréés par l'État (comme Ecologic ou ecosystem). Pour une entreprise :
- elle reste responsable de ses déchets jusqu'à leur traitement final, même quand elle les confie à un tiers ;
- elle les remet à un éco-organisme agréé ou à un prestataire autorisé, qui les enlève, souvent gratuitement à partir d'un certain volume ;
- elle conserve les justificatifs : bon d'enlèvement, bordereau de suivi des déchets, certificat de traitement ou de destruction ;
- les batteries et les piles suivent leur propre filière, et les batteries au lithium abîmées ou gonflées se stockent à part, car elles peuvent prendre feu.
Un équipement donné ou revendu à un reconditionneur ne devient pas un déchet : c'est du réemploi. Un équipement remis à un prestataire « qui s'en occupe » sans aucun document est un risque à la fois juridique et pour les données.
La procédure de sortie du parc
Voici la procédure de Ravelle Conseil pour sortir un poste du parc, à suivre dans l'ordre :
- Décider de la sortie, selon les critères de renouvellement (chapitre 8), et l'enregistrer dans un ticket.
- Sauvegarder ou transférer les données utiles de l'utilisateur vers son nouveau poste ou le serveur, et le faire valider par l'utilisateur.
- Retirer l'équipement des outils : le désinscrire d'Intune et, s'il y était, de Windows Autopilot (sinon le nouveau propriétaire le verra se réinscrire chez Ravelle Conseil) ; supprimer l'objet ordinateur de l'annuaire ; retirer les licences logicielles par utilisateur pour les réattribuer.
- Effacer le stockage avec la méthode adaptée au support, ou faire détruire un support en panne, et obtenir le rapport ou le certificat.
- Retirer l'étiquette d'inventaire et les marques de l'entreprise, et récupérer les accessoires (chargeur, station d'accueil).
- Orienter l'équipement : réaffectation, don (avec une convention de don), revente à un reconditionneur, ou filière DEEE, avec le justificatif de chaque cas.
- Mettre à jour l'inventaire (dans GLPI, statut « Donné », « Vendu » ou « Au rebut »), avec la date et les pièces jointes : rapport d'effacement, bordereau, convention.
Exercices
Exercice 1 sur 4 Quelle méthode d'effacement ? Réussi À revoir
Pour chaque support, choisis la méthode d'effacement et justifie :
- Le disque dur de 1 To d'un vieux poste fixe, qui sera donné à une association.
- Le SSD NVMe d'un portable Dell de quatre ans, chiffré par BitLocker, revendu à un reconditionneur.
- Le disque dur du serveur de paie, qui émet des claquements et n'est plus reconnu.
- Le smartphone COPE d'une commerciale qui quitte l'entreprise, réaffecté à son remplaçant.
- L'imprimante multifonction de l'accueil, rendue au loueur en fin de contrat.
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 1
- Réécriture complète d'une passe avec vérification (nwipe sous ShredOS, par exemple), ou la commande d'effacement du disque. Conserver le rapport.
- La commande d'effacement du SSD (Sanitize ou Secure Erase), lancée par l'outil intégré au micrologiciel Dell (Data Wipe) ou par le logiciel d'effacement de l'entreprise. Le chiffrement BitLocker ajoute une protection (effacement cryptographique), à condition que la clé disparaisse aussi. Une simple réécriture ne suffit pas pour un SSD. Ne pas oublier de retirer le portable d'Autopilot.
- Destruction physique par un prestataire qui délivre un certificat : un disque qui ne répond plus ne peut pas être effacé, et il a contenu des données de paie, très sensibles.
- Retirer le compte et la gestion de l'ancienne utilisatrice, puis lancer l'effacement complet depuis le MDM (ou une réinitialisation d'usine) : le stockage du téléphone est chiffré, la réinitialisation détruit la clé. Réinscrire ensuite l'appareil pour son remplaçant.
- Effacer le stockage interne depuis le menu d'administration de l'imprimante (fonction d'effacement des données ou de réinitialisation sécurisée), obtenir la confirmation, et réinitialiser sa configuration réseau. Vérifier ce que prévoit le contrat de location : certains loueurs effacent eux-mêmes et fournissent un certificat.
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Exercice 2 sur 4 « Je l'ai formaté » Réussi À revoir
Un collègue veut vendre sur un site de petites annonces un ancien portable de l'entreprise. Il a fait un formatage rapide du disque et réinstallé Windows.
- Les données sont-elles effacées ? Explique.
- Quels problèmes juridiques et pratiques cette vente pose-t-elle, au-delà des données ?
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 2
- Non. Un formatage rapide ne fait que recréer une table vide : les anciens fichiers restent sur le disque tant qu'ils ne sont pas écrasés, et la réinstallation de Windows n'en écrase qu'une partie. Un outil de récupération gratuit en retrouverait une bonne partie. Si c'est un SSD, seule la commande d'effacement du micrologiciel donne une garantie.
- Le portable appartient à l'entreprise : un salarié ne peut pas le vendre de sa propre initiative. Si des données personnelles fuient, l'entreprise est responsable au titre du RGPD, et la CNIL interdit de revendre un support sans suppression sécurisée préalable. Sur le plan pratique : le poste n'est pas sorti de l'inventaire, il est peut-être encore inscrit dans Intune ou Autopilot, et il n'y a ni rapport d'effacement, ni justificatif de cession.
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Exercice 3 sur 4 Remettre la procédure dans l'ordre Réussi À revoir
Range ces étapes dans le bon ordre : effacer le disque et obtenir le rapport ; mettre à jour le statut dans GLPI ; transférer les données de l'utilisateur ; retirer le poste d'Intune et d'Autopilot ; remettre le poste au reconditionneur contre un bon d'enlèvement ; retirer l'étiquette d'inventaire.
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 3
- Transférer les données de l'utilisateur.
- Retirer le poste d'Intune et d'Autopilot.
- Effacer le disque et obtenir le rapport.
- Retirer l'étiquette d'inventaire.
- Remettre le poste au reconditionneur contre un bon d'enlèvement.
- Mettre à jour le statut dans GLPI, en joignant le rapport et le bon.
Les étapes 2 et 3 peuvent s'inverser, mais l'effacement rend parfois la désinscription plus compliquée : mieux vaut désinscrire d'abord. Le transfert des données doit absolument précéder l'effacement.
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Exercice 4 sur 4 Remplir un certificat d'effacement Réussi À revoir
Tu as effacé, le 29 octobre 2026, le SSD (Samsung, numéro de série S6P7NF0W123456A) du portable PC-0031 (numéro de série du portable 7XK2LM3) avec l'outil Dell Data Wipe, qui a lancé une commande Sanitize. La vérification de l'outil indique « Succès ».
Rédige le certificat d'effacement : liste ses rubriques et remplis-les.
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 4
| Rubrique | Valeur |
|---|---|
| Organisation | Ravelle Conseil, service informatique |
| Équipement | Portable PC-0031, numéro de série 7XK2LM3 |
| Support effacé | SSD NVMe Samsung, numéro de série S6P7NF0W123456A |
| Méthode | Commande Sanitize du SSD, lancée par Dell Data Wipe (micrologiciel du PC) |
| Niveau | Purger |
| Date | 29 octobre 2026 |
| Opérateur | Ton nom, technicien |
| Vérification | Rapport de l'outil : « Succès » |
| Destination | Revente au reconditionneur (référence du bon d'enlèvement) |
| Signature | Opérateur et responsable du service |
Le certificat est joint à la fiche du poste dans GLPI et conservé avec le bon d'enlèvement.
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