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Chapitre 314 minIntermédiaire

Externalités, banques et marché financier

Par Josselyn C., prof de BTS SIO. Mis à jour le .

À la fin de ce chapitre, tu sauras

  • repérer les externalités qu'une entreprise produit ou reçoit ;
  • expliquer comment l'État internalise une externalité ;
  • décrire les fonctions des banques et l'effet des taux directeurs ;
  • distinguer financement direct et indirect, actions et obligations.

3 exercices corrigés1 schéma

Une externalité est l'effet, positif ou négatif, que l'activité d'un agent produit sur d'autres agents sans que le marché le fasse payer ou le rémunère. Ce chapitre montre comment repérer les externalités qu'une entreprise subit ou provoque et comment l'État les corrige, puis explique le rôle des banques et du marché financier, qui apportent aux entreprises l'argent dont elles ont besoin. Il termine la question du thème 1 sur les relations entre l'entreprise et son environnement économique.

Les externalités : définition

Quand Kerlog vend un abonnement Helpix, le prix rémunère le service rendu : c'est un échange marchand ordinaire. Mais certaines conséquences d'une activité touchent des tiers, qui ne sont pas parties à l'échange, sans aucun paiement. On parle d'externalité (ou d'effet externe).

  • Une externalité négative impose un coût à des tiers, sans compensation. L'entreprise qui la provoque ne paie pas ce coût.
  • Une externalité positive procure un avantage à des tiers, sans qu'ils paient. L'entreprise qui la provoque n'est pas rémunérée pour cet avantage.
ActivitéExternalitéSensQui en est touché
Un centre de données refroidi à l'eau dans une région en sécheressePression sur la ressource en eauNégativeLes habitants, les agriculteurs
Le renouvellement rapide des ordinateurs et des smartphonesDéchets électroniques et extraction de métauxNégativeLes riverains des décharges et des mines, les générations futures
Une entreprise qui ne corrige pas les failles de ses serveursSes machines piratées servent à attaquer d'autres entreprisesNégativeLes victimes des attaques
Un logiciel libre publié par une entrepriseD'autres entreprises l'utilisent et l'améliorent gratuitementPositiveToutes les entreprises utilisatrices
Une ESN qui forme des apprentisLes jeunes formés travailleront ensuite ailleurs avec ces compétencesPositiveLes futurs employeurs
L'installation d'un centre de recherche dans une villeDes start-up se créent autour, attirées par les compétencesPositiveLes entreprises voisines

L'exemple de la faille de sécurité est important pour un informaticien : la sécurité d'un système protège aussi les autres. Une entreprise mal protégée fait courir un risque à ses clients, à ses fournisseurs et à des inconnus, sans en supporter le coût. C'est l'une des raisons pour lesquelles les organisations les plus sensibles, comme les opérateurs d'importance vitale, ont des obligations de sécurité, et pour lesquelles l'Union européenne a adopté en 2022 la directive NIS 2, qui les étend à des milliers d'organisations. En France, sa transposition (le projet de loi dit « résilience ») était encore en discussion au Parlement à l'automne 2026.

Pourquoi les externalités justifient l'intervention de l'État

Le marché ne tient compte que des coûts et des avantages qui passent par les prix. Il en résulte deux défauts.

  • Trop d'activités à externalités négatives. Le producteur ne paie pas les dégâts qu'il cause : son coût privé est inférieur au coût réel pour la société. Il produit donc plus que ce qui serait souhaitable pour la collectivité.
  • Trop peu d'activités à externalités positives. Le producteur ne touche qu'une partie des avantages qu'il crée : il en produit moins que ce qui serait souhaitable. Une entreprise hésite à financer une recherche dont ses concurrents profiteront gratuitement.

Les économistes parlent de défaillance du marché : le marché, laissé à lui seul, n'aboutit pas à la meilleure situation pour la collectivité. L'État intervient alors pour internaliser l'externalité, c'est-à-dire faire entrer son coût ou son avantage dans les calculs de l'entreprise.

OutilPrincipeExemple
La taxeFaire payer le coût causé à la société (principe « pollueur-payeur »)L'éco-participation payée à l'achat d'un appareil électronique finance la collecte et le recyclage des déchets électroniques
La normeInterdire ou imposer un comportementL'obligation pour les opérateurs d'importance vitale de sécuriser leurs systèmes d'information, que la directive européenne NIS 2 (en cours de transposition en France) étend à d'autres organisations ; les exigences d'écoconception des appareils
Le marché de quotasFixer un plafond d'émissions et laisser les entreprises s'échanger des droitsLe système européen d'échange de quotas de CO₂ pour l'industrie et la production d'énergie
La subventionRémunérer l'avantage créé pour les autresLe crédit d'impôt recherche, qui rembourse une partie des dépenses de recherche des entreprises ; les aides à l'embauche d'apprentis
L'information obligatoireRendre visible un effet cachéL'étiquette européenne des smartphones et des tablettes, qui affiche depuis juin 2025 leur classe de réparabilité et leur consommation d'énergie

Ce rôle d'allocation des ressources de l'État est approfondi au chapitre 4.

Kerlog, par exemple, reçoit des externalités positives : elle recrute des techniciens formés gratuitement pour elle par les lycées et les universités de Rennes, et elle bâtit Helpix sur des briques de logiciel libre. Elle produit des externalités positives (les apprentis qu'elle forme) et négatives (les déchets du matériel qu'elle remplace chez ses clients, la consommation d'énergie de ses serveurs).

Le rôle des banques

Une banque est une entreprise qui collecte l'argent des agents, accorde des crédits et gère les moyens de paiement. Elle remplit quatre fonctions.

  1. L'intermédiation. Elle met en relation ceux qui ont de l'argent disponible (les épargnants, souvent les ménages) et ceux qui en ont besoin (les emprunteurs, souvent les entreprises et l'État). Elle évite à Kerlog de chercher elle-même des centaines d'épargnants prêts à lui prêter.
  2. La transformation. Les épargnants veulent pouvoir retirer leur argent à tout moment ; les entreprises veulent emprunter pour cinq ou dix ans. La banque transforme des dépôts de court terme en crédits de long terme, et prend le risque de ce décalage.
  3. La création monétaire. Quand une banque accorde un crédit, elle crédite le compte de l'emprunteur : elle crée de la monnaie qui n'existait pas. On résume souvent par la formule « les crédits font les dépôts ». Cette monnaie est détruite au fur et à mesure des remboursements. La banque centrale encadre ce pouvoir.
  4. La gestion des moyens de paiement : comptes, cartes, virements, prélèvements, terminaux de paiement des commerçants.

En échange de ces services, la banque perçoit des intérêts sur les crédits et des commissions sur les services. Le taux d'intérêt est le prix de l'argent emprunté. Il dépend :

  • du taux directeur de la banque centrale, auquel les banques se refinancent ;
  • de la durée du prêt (en général, plus elle est longue, plus le taux est élevé) ;
  • du risque que représente l'emprunteur : une entreprise jeune ou fragile paie un taux plus élevé, ou se voit refuser le crédit.

La banque centrale et les taux directeurs

Dans la zone euro, la Banque centrale européenne (BCE) est la banque des banques. Elle émet les billets, prête aux banques et fixe ses taux directeurs. Son objectif principal, fixé par les traités européens, est la stabilité des prix ; elle vise une inflation de 2 % à moyen terme. Son action sur l'activité économique est détaillée au chapitre 5.

Le taux de la facilité de dépôt de la BCE (le taux auquel elle rémunère l'argent que les banques lui confient) montre comment les taux ont évolué ces dernières années :

Date d'effetTaux de la facilité de dépôt de la BCE
Juillet 20220 % (il était négatif depuis 2014)
Septembre 20234 %, après dix hausses face à l'inflation
Juin 20243,75 %, première baisse
Juin 20252 %, après huit baisses
Juin 20262,25 %, nouvelle hausse
Septembre 20262,5 %

Source : BCE, taux directeurs de la zone euro. Consulte le site de la BCE pour le taux en vigueur.

Quand la BCE relève ses taux, les banques prêtent plus cher aux entreprises et aux ménages. Un projet d'investissement rentable avec un crédit à 2 % peut ne plus l'être à 4 %. C'est un lien que les sujets de CEJM demandent souvent d'expliquer.

Financement direct et financement indirect

Une entreprise qui a besoin d'argent peut le trouver de deux façons.

  • Le financement indirect (ou intermédié) : elle emprunte à une banque, qui a elle-même collecté l'épargne ou créé la monnaie. L'épargnant ne sait pas à quelle entreprise son argent sert. C'est le mode de financement principal des PME en France.
  • Le financement direct : elle obtient l'argent des épargnants sans intermédiaire financier qui prête, en émettant des titres sur le marché financier : des actions (elle fait entrer de nouveaux associés) ou des obligations (elle emprunte directement aux investisseurs). C'est surtout le mode de financement des grandes entreprises.
Épargnantscapacité de financementEntreprisesbesoin de financementFinancement directMarché financieractions, obligationsachat de titrescapitaux, empruntsBanquesintermédiaires financiersdépôts, épargnecréditsFinancement indirect (intermédié)
Financement direct par le marché financier, financement indirect par les banques

Le marché financier

Le marché financier est le marché où s'échangent les titres de long terme, les actions et les obligations. Il a deux compartiments.

  • Le marché primaire est celui de l'émission des titres neufs : quand une entreprise émet des actions ou des obligations, elle reçoit l'argent des acheteurs. C'est là que se fait le financement.
  • Le marché secondaire, la Bourse, est celui où les titres déjà émis s'échangent entre investisseurs. L'entreprise ne reçoit rien de ces échanges, mais le marché secondaire est indispensable : un investisseur achète plus volontiers un titre neuf s'il sait qu'il pourra le revendre facilement.
ActionObligation
NatureUne part du capital de la sociétéUne part d'un emprunt
Ce que reçoit l'investisseurUn dividende, variable, voté chaque année si l'entreprise fait des bénéficesUn intérêt (le coupon), fixé à l'avance
RemboursementJamais : l'actionnaire revend son action pour récupérer son argentÀ l'échéance prévue
DroitsIl vote en assemblée générale, il est propriétaire d'une partie de l'entrepriseIl est créancier, sans droit de vote
RisqueÉlevé : le cours peut baisser, le dividende disparaîtrePlus faible : l'entreprise doit payer, sauf faillite

En France, la Bourse est gérée par Euronext. Un compartiment, Euronext Growth, accueille des PME en croissance. Mais l'immense majorité des PME n'est pas cotée : pour faire entrer de nouveaux associés, elles s'adressent à des investisseurs privés (des particuliers aisés, appelés business angels, ou des fonds de capital-investissement qui misent sur les start-up), ou au financement participatif sur des plateformes en ligne. Le chapitre 8 compare tous ces modes de financement du point de vue de l'entreprise.

Exercices

Exercice 1 sur 3 Repérer les externalités Réussi À revoir

Pour chaque situation, dis s'il y a une externalité, son sens, qui la produit et qui la subit.

  1. Un éditeur publie gratuitement sous licence libre la bibliothèque de chiffrement qu'il a développée.
  2. Une PME laisse un serveur obsolète exposé sur Internet ; il est piraté et sert à envoyer des millions de courriels frauduleux.
  3. Kerlog facture à un client la migration de sa messagerie.
  4. Une grande entreprise installe son campus à Rennes ; les restaurants et les ESN du quartier voient leur clientèle augmenter.
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 1
  1. Externalité positive, produite par l'éditeur, reçue par toutes les entreprises et tous les développeurs qui réutilisent la bibliothèque sans payer.
  2. Externalité négative, produite par la PME (sa négligence), subie par les destinataires des courriels et les victimes des fraudes, qui ne sont pas indemnisés par la PME.
  3. Pas d'externalité : c'est un échange marchand, dont le prix rémunère le service rendu au client.
  4. Externalité positive, produite par la grande entreprise, reçue par les commerces et les ESN voisins, qui gagnent des clients sans rien lui verser.

Tu avais trouvé ?

Exercice 2 sur 3 Direct ou indirect ? Réussi À revoir

Classe chaque opération en financement direct ou indirect.

  1. Kerlog obtient un prêt de 200 000 euros de sa banque pour renouveler ses serveurs.
  2. Un grand éditeur de logiciels émet des obligations à sept ans auprès d'investisseurs.
  3. Une start-up fait entrer un fonds de capital-investissement à son capital.
  4. Une entreprise utilise son découvert bancaire en fin de mois.
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 2
  1. Indirect : la banque s'interpose entre les épargnants et Kerlog.
  2. Direct : les investisseurs prêtent directement à l'éditeur, sur le marché financier (marché primaire des obligations).
  3. Direct : le fonds apporte des capitaux propres sans intermédiaire qui prête ; la start-up n'est pas cotée, mais elle se finance en émettant de nouvelles actions.
  4. Indirect : c'est un crédit bancaire de court terme.

Tu avais trouvé ?

Exercice 3 sur 3 La hausse des taux et l'investissement Réussi À revoir

Kerlog prévoit d'emprunter 200 000 euros sur 5 ans pour moderniser l'infrastructure qui héberge Helpix. Sa banque lui propose deux scénarios de remboursement par annuités constantes, selon le taux obtenu.

Taux annuelAnnuité (remboursement + intérêts)
2 %42 431,68 €
4 %44 925,42 €
  1. Calcule le coût total du crédit (les intérêts payés) dans chaque scénario.
  2. Explique, en reliant la politique de la BCE à la situation de Kerlog, pourquoi une hausse des taux directeurs peut retarder ce projet.
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 3
  1. À 2 % : 5 × 42 431,68 = 212 158,40 euros remboursés, soit 12 158,40 euros d'intérêts. À 4 % : 5 × 44 925,42 = 224 627,10 euros, soit 24 627,10 euros d'intérêts. Le doublement du taux fait un peu plus que doubler le coût du crédit : 12 468,70 euros de plus.
  2. Quand la BCE relève ses taux directeurs, les banques se refinancent plus cher et répercutent cette hausse sur les taux de leurs crédits. Pour Kerlog, l'emprunt de 200 000 euros coûterait environ 12 500 euros de plus sur cinq ans, et chaque annuité augmenterait de près de 2 500 euros. Si les gains attendus du projet (des serveurs plus économes, un service Helpix plus fiable) ne couvrent plus ce coût, Kerlog peut reporter l'investissement, le réduire ou le financer autrement, par exemple avec ses bénéfices passés. C'est le mécanisme par lequel la hausse des taux freine l'investissement des entreprises.

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Chapitre terminé !

Fais les 3 exercices avant de passer à la suite : c'est en t'entraînant que tout se fixe.

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