Chapitre 415 minIntermédiaire
Le rôle de l'État : croissance, inflation et chômage
Par Josselyn C., prof de BTS SIO. Mis à jour le .
À la fin de ce chapitre, tu sauras
- ranger une intervention de l'État dans l'une de ses trois fonctions ;
- définir la croissance et distinguer PIB en valeur et en volume ;
- expliquer les causes et les effets de l'inflation ;
- calculer un taux de chômage et distinguer ses formes.
4 exercices corrigés1 schéma
L'État régule l'économie en remplissant trois fonctions : il produit ce que le marché ne fournit pas (allocation), il corrige la répartition des revenus (redistribution) et il stabilise l'activité (régulation). Ce chapitre présente ces trois fonctions, puis ce que l'État cherche à obtenir, la croissance économique, et ce qu'il cherche à éviter, l'inflation et le chômage. Il ouvre la question du thème 2 : « Quel est le rôle de l'État dans la régulation économique ? » Les politiques qu'il mène pour y parvenir sont au chapitre 5.
Pourquoi l'État intervient-il dans l'économie ?
Le marché coordonne efficacement des millions de décisions grâce aux prix. Mais il a des limites, que les chapitres précédents ont montrées :
- il ne produit pas, ou pas assez, certains biens dont tout le monde a besoin (la défense, la recherche fondamentale, les infrastructures) ;
- il ignore les externalités (chapitre 3) ;
- il laisse se former des positions dominantes qui faussent la concurrence (chapitre 2) ;
- il produit des inégalités de revenus que la société peut juger excessives ;
- il connaît des crises, avec du chômage ou de l'inflation.
Les économistes ne sont pas d'accord sur l'ampleur de l'intervention souhaitable. Les libéraux veulent un État limité à ses fonctions régaliennes (sécurité, justice, défense) et au respect des règles du marché. Les keynésiens, du nom de l'économiste John Maynard Keynes, pensent que l'État doit soutenir l'activité quand elle ralentit. Dans les faits, tous les États développés interviennent fortement, avec des dosages différents.
Les trois fonctions de l'État
On classe traditionnellement les interventions de l'État en trois fonctions.
| Fonction | Objectif | Moyens | Exemples |
|---|---|---|---|
| Allocation | Produire ou financer les biens et services que le marché fournit mal, corriger les défaillances du marché | Les services publics, les investissements publics, les taxes et normes contre les externalités | L'éducation, les routes, le déploiement de la fibre optique sur tout le territoire, l'ANSSI qui protège les systèmes d'information de l'État et des opérateurs vitaux |
| Redistribution | Réduire les inégalités de revenus | Les prélèvements obligatoires (impôt sur le revenu progressif, cotisations) et les prestations sociales (allocations, minima sociaux, retraites, remboursements de santé) | Un ménage aisé paie proportionnellement plus d'impôt sur le revenu ; une famille modeste reçoit des allocations |
| Régulation (ou stabilisation) | Stabiliser l'activité : soutenir la croissance et l'emploi, contenir l'inflation | Les politiques économiques conjoncturelles (budget de l'État, politique monétaire) | Un plan de relance pendant une crise ; une hausse des taux de la banque centrale face à l'inflation |
Les biens collectifs expliquent la fonction d'allocation. Ce sont des biens dont on ne peut pas réserver l'usage à ceux qui paient (la non-exclusion) et que plusieurs personnes peuvent utiliser en même temps sans gêne (la non-rivalité) : l'éclairage public, la défense nationale, la cybersécurité d'un pays. Puisque chacun peut en profiter sans payer, aucune entreprise privée ne peut les vendre : l'État les produit et les finance par l'impôt.
La redistribution se fait de deux façons. La redistribution verticale réduit les écarts entre riches et pauvres (impôt progressif, minima sociaux). La redistribution horizontale protège contre les risques de la vie, quel que soit le revenu : la maladie, la vieillesse, le chômage, les charges de famille.
La croissance économique
La croissance économique est l'augmentation durable de la production de biens et de services d'un pays. On la mesure par le taux de variation du produit intérieur brut (PIB) en volume.
Le PIB mesure la richesse produite en une année sur le territoire d'un pays. On le calcule en additionnant les valeurs ajoutées de toutes les entreprises et administrations, plus les impôts sur les produits moins les subventions sur les produits. Il se mesure de trois façons qui donnent le même résultat : par la production (les valeurs ajoutées), par les revenus (salaires, profits, impôts) et par les dépenses (consommation, investissement, solde des exportations et des importations).
Deux précisions évitent des contresens.
- PIB en valeur et PIB en volume. Le PIB en valeur (ou nominal) est mesuré aux prix de l'année : il augmente quand on produit plus, mais aussi quand les prix montent. Le PIB en volume (ou réel) retire l'effet de la hausse des prix : c'est lui qui mesure la croissance. Si le PIB en valeur augmente de 3 % et les prix de 2 %, le PIB en volume augmente d'environ 1 %.
- Croissance et développement. Le PIB ne mesure ni la répartition des revenus, ni le bien-être, ni les dégâts écologiques, ni le travail bénévole. Le développement, plus large, intègre la santé, l'éducation et la qualité de vie.
D'où vient la croissance ? Une économie produit plus quand elle utilise plus de facteurs de production (plus de travailleurs, plus de machines) ou quand elle les utilise mieux : c'est la hausse de la productivité, portée par l'innovation, le progrès technique, la formation et l'organisation. Le numérique et l'intelligence artificielle sont aujourd'hui attendus comme des sources de gains de productivité, comme l'électricité ou l'informatique l'ont été en leur temps. Ces notions sont développées pour l'entreprise au chapitre 6.
La croissance n'est pas régulière : l'économie alterne des phases d'expansion (la production augmente vite), de ralentissement, de récession (la production baisse, en pratique au moins deux trimestres de suite) et de reprise. C'est la conjoncture, la situation économique du moment. Une crise est un retournement brutal de la conjoncture.
Pour l'entreprise, la croissance compte directement : quand l'activité progresse, les clients de Kerlog investissent dans leur informatique ; quand elle recule, ils reportent leurs projets et renégocient leurs contrats.
Premier déséquilibre : l'inflation
L'inflation est la hausse durable et généralisée du niveau général des prix. Une hausse du prix d'un seul produit n'est pas de l'inflation. En France, l'Insee la mesure avec l'indice des prix à la consommation (IPC), calculé sur un panier de biens et services représentatif de la consommation des ménages.
| Année | Inflation en France (moyenne annuelle de l'IPC) |
|---|---|
| 2022 | 5,2 % |
| 2023 | 4,9 % |
| 2024 | 2,0 % |
| 2025 | 0,9 % |
Source : Insee, indice des prix à la consommation, moyennes annuelles.
Trois mots à ne pas confondre :
- la désinflation : l'inflation ralentit, les prix augmentent moins vite (de 2023 à 2025 en France) ;
- la déflation : les prix baissent, l'inflation est négative ;
- la stagflation : l'inflation s'accompagne d'une activité faible et d'un chômage élevé.
Les causes de l'inflation.
- L'inflation par la demande : la demande augmente plus vite que la capacité de production ; les entreprises, qui ne peuvent pas produire davantage tout de suite, relèvent leurs prix.
- L'inflation par les coûts : les coûts de production augmentent (énergie, matières premières, salaires) et les entreprises les répercutent sur leurs prix. La flambée de l'énergie de 2022 en est un exemple.
- L'inflation importée : les produits importés renchérissent, parce que leur prix monte à l'étranger ou parce que l'euro baisse face aux autres monnaies.
- L'inflation monétaire : la quantité de monnaie en circulation augmente plus vite que la production.
Les conséquences de l'inflation.
| Pour qui ? | Effet |
|---|---|
| Les ménages | Leur pouvoir d'achat baisse si leurs revenus augmentent moins vite que les prix ; leur épargne non rémunérée perd de la valeur |
| Les emprunteurs (entreprises, État) | Leurs dettes, fixées en euros, pèsent moins lourd : l'inflation les avantage, tant que les taux d'intérêt restent bas |
| Les entreprises | Leurs coûts augmentent (salaires, énergie, licences) ; elles doivent ajuster leurs prix, et deviennent moins compétitives si leurs concurrents étrangers subissent moins d'inflation |
| L'économie | L'incertitude sur les prix futurs freine les décisions d'investissement ; la banque centrale relève ses taux, ce qui ralentit l'activité |
Le pouvoir d'achat mesure la quantité de biens et services qu'un revenu permet d'acheter. Il augmente si le revenu progresse plus vite que les prix. Avec un salaire en hausse de 2 % et des prix en hausse de 0,9 %, le pouvoir d'achat progresse d'environ 1,1 %.
Deuxième déséquilibre : le chômage
Un chômeur, au sens du Bureau international du travail (BIT), est une personne en âge de travailler (15 ans ou plus) qui remplit trois conditions : elle n'a pas travaillé, ne serait-ce qu'une heure, pendant la semaine de référence ; elle est disponible pour prendre un emploi dans les deux semaines ; elle a cherché activement un emploi dans le mois précédent (ou en a trouvé un qui commence dans moins de trois mois).
Le taux de chômage rapporte le nombre de chômeurs à la population active (les personnes qui ont un emploi et les chômeurs) :
taux de chômage = chômeurs / population active × 100
Au deuxième trimestre 2026, le taux de chômage au sens du BIT était de 8,3 % de la population active en France, soit 2,7 millions de personnes, et de 21,6 % chez les 15-24 ans (Insee). Autour de ces chômeurs, 1,9 million de personnes souhaitaient un emploi sans être comptées comme chômeurs, faute d'être disponibles ou d'avoir cherché : c'est le halo autour du chômage.
On distingue plusieurs formes de chômage selon leur cause, ce qui oriente le remède.
| Forme | Cause | Exemple | Remède principal |
|---|---|---|---|
| Conjoncturel | L'activité ralentit, les entreprises produisent moins et embauchent moins | Une récession fait baisser les commandes ; une ESN gèle ses recrutements | Relancer l'activité (politique conjoncturelle) |
| Structurel | Les compétences des chômeurs ne correspondent pas aux emplois disponibles, ou les emplois ne sont pas là où sont les chômeurs | Des postes de développeurs ou d'experts en cybersécurité restent vacants pendant que des salariés d'industries en déclin cherchent un emploi | Former, faciliter la mobilité (politique structurelle) |
| Frictionnel | Le temps nécessaire pour passer d'un emploi à un autre | Une technicienne quitte son poste et met deux mois à trouver le suivant | Améliorer l'information sur les offres (incompressible en partie) |
L'analyse du marché du travail, de sa segmentation et des politiques de l'emploi est au chapitre 10.
Les autres déséquilibres surveillés
L'État surveille aussi deux soldes.
- Le solde public : quand les dépenses des administrations publiques dépassent leurs recettes, il y a un déficit public, financé par l'emprunt. Les déficits successifs s'accumulent dans la dette publique. Les règles européennes fixent des valeurs de référence (un déficit inférieur à 3 % du PIB, une dette inférieure à 60 % du PIB) que la France dépasse (chapitre 5).
- Le solde extérieur : quand un pays importe plus qu'il n'exporte, son solde commercial est déficitaire. Il dépend alors du reste du monde pour se financer.
Croissance, emploi, stabilité des prix et équilibre extérieur forment les quatre objectifs que les politiques économiques cherchent à atteindre en même temps.
Exercices
Exercice 1 sur 4 Ranger les interventions de l'État Réussi À revoir
Classe chaque mesure dans l'une des trois fonctions de l'État et justifie.
- L'État finance un programme de recherche publique sur l'intelligence artificielle.
- Le barème de l'impôt sur le revenu comporte des taux de plus en plus élevés par tranche de revenu.
- Pendant une récession, l'État augmente ses investissements dans les réseaux et les bâtiments publics.
- Une taxe frappe la vente des appareils électroniques pour financer leur recyclage.
- L'assurance chômage verse une allocation aux salariés qui ont perdu leur emploi.
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 1
- Allocation : la recherche fondamentale produit des externalités positives que le marché finance mal ; l'État la prend en charge.
- Redistribution verticale : les ménages aux revenus élevés paient proportionnellement plus, ce qui réduit les écarts de revenus.
- Régulation : l'État soutient la demande et l'activité pour sortir de la récession (politique conjoncturelle de relance).
- Allocation : la taxe internalise une externalité négative (les déchets électroniques).
- Redistribution horizontale (protection contre un risque, le chômage), qui joue aussi un rôle de régulation : en maintenant une partie du revenu des chômeurs, elle soutient la consommation pendant une crise.
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Exercice 2 sur 4 Calculer la croissance et le pouvoir d'achat Réussi À revoir
- Le PIB en volume d'un pays passe de 2 500 à 2 540 milliards d'euros en un an. Calcule le taux de croissance.
- L'année suivante, le PIB en valeur augmente de 3 % et les prix de 2 %. Calcule le taux de croissance en volume, d'abord par l'approximation, puis exactement.
- Le salaire d'un technicien augmente de 2 % alors que les prix augmentent de 0,9 %. Son pouvoir d'achat augmente-t-il, et de combien ?
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 2
- (2 540 − 2 500) / 2 500 × 100 = 1,6 %.
- Approximation : 3 % − 2 % = environ 1 %. Calcul exact : 1,03 / 1,02 = 1,0098, soit 0,98 % de croissance en volume. L'approximation (soustraire les taux) suffit quand les taux sont faibles.
- Oui : 1,02 / 1,009 = 1,0109, soit une hausse du pouvoir d'achat d'environ 1,1 % (approximation : 2 − 0,9 = 1,1 point).
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Exercice 3 sur 4 Diagnostiquer le chômage Réussi À revoir
Pour chaque situation, nomme la forme de chômage et propose une mesure adaptée.
- Après la fermeture d'une usine de composants électroniques, 300 opérateurs de production cherchent un emploi, alors que les ESN de la région ne trouvent pas de techniciens réseau.
- La demande s'effondre pendant une crise ; les entreprises de toute l'économie réduisent leurs embauches.
- Un développeur démissionne pour déménager à Bordeaux et cherche pendant six semaines.
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 3
- Chômage structurel (inadéquation des compétences). Mesure : des formations de reconversion vers les métiers du numérique, financées par l'État, la région ou le compte personnel de formation.
- Chômage conjoncturel (demande insuffisante). Mesure : une politique de relance, par exemple une hausse des dépenses publiques ou une baisse des taux d'intérêt.
- Chômage frictionnel (temps de recherche entre deux emplois). Mesure : améliorer l'appariement entre offres et demandes d'emploi (plateformes d'offres, accompagnement par France Travail) ; il ne disparaît jamais complètement.
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Exercice 4 sur 4 L'inflation et l'entreprise Réussi À revoir
En 2023, les salaires des techniciens de Kerlog augmentent de 5 % et sa facture d'énergie de 20 %. Ses contrats d'infogérance sur trois ans contiennent une clause de révision annuelle des prix indexée sur l'indice Syntec ; les abonnements Helpix ont un prix fixé à la souscription pour un an.
- Quelle cause d'inflation subit Kerlog ?
- Explique comment ses deux types de contrats la protègent, ou non, contre cette inflation.
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 4
- Une inflation par les coûts : ses coûts de production (salaires, énergie) augmentent, ce qui la pousse à relever ses propres prix.
- Les contrats d'infogérance la protègent en partie : chaque année, le prix est révisé selon l'indice Syntec, qui suit l'évolution des salaires du secteur ; la marge est préservée si ses coûts n'augmentent pas plus vite que l'indice. Les abonnements Helpix, à prix fixe pendant un an, ne la protègent pas : la hausse des coûts réduit sa marge jusqu'au renouvellement, où Kerlog pourra augmenter le prix, au risque de perdre des clients au profit de concurrents moins chers.
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