Chapitre 1013 minIntermédiaire
Le marché du travail et les politiques de l'emploi
Par Josselyn C., prof de BTS SIO. Mis à jour le .
À la fin de ce chapitre, tu sauras
- distinguer offre et demande de travail, et calculer les indicateurs d'emploi ;
- décrire les grandes évolutions du marché du travail ;
- expliquer la segmentation et la coexistence du chômage et des pénuries ;
- classer une politique de l'emploi en active ou passive.
4 exercices corrigés
Le marché du travail est le lieu de rencontre entre l'offre de travail des personnes qui cherchent un emploi et la demande de travail des entreprises et des administrations qui recrutent ; le prix qui s'y forme est le salaire. Ce chapitre explique comment on mesure l'emploi et le chômage, quelles sont les grandes évolutions du marché du travail, pourquoi il est segmenté, pourquoi chômage et pénuries de main-d'œuvre coexistent, et ce que font les pouvoirs publics. Il traite la question du thème 5 : « Quelles sont les principales évolutions du marché du travail ? »
L'offre et la demande de travail
Sur ce marché, les rôles sont inversés par rapport au langage courant.
- L'offre de travail vient des ménages : ce sont les personnes qui proposent leur travail. Une diplômée de BTS SIO qui cherche un poste de technicienne offre son travail.
- La demande de travail vient des entreprises et des administrations : ce sont elles qui demandent du travail pour produire. Kerlog, qui recrute trois techniciens, demande du travail.
Le salaire est le prix du travail. Mais le marché du travail ne fonctionne pas comme un marché ordinaire, où le prix s'ajuste librement.
- Le salaire est encadré : par le salaire minimum (le SMIC), par les conventions collectives qui fixent des minima par niveau de qualification (les ESN appliquent en général la convention collective dite Syntec), par les accords d'entreprise.
- Le travail n'est pas homogène : un développeur expérimenté et un technicien débutant ne sont pas interchangeables. Il y a en réalité de nombreux marchés du travail, par métier, par qualification et par région.
- Le salaire dépend de la productivité du salarié (ce qu'il rapporte), de sa qualification, de la rareté de ses compétences et du rapport de force dans la négociation.
Dans les métiers du numérique, la demande de travail est forte et certaines compétences sont rares (cybersécurité, cloud, données) : les salaires y sont plus élevés et les salariés ont un pouvoir de négociation important. C'est l'application directe de la formation des prix vue au chapitre 2.
Mesurer l'emploi et le chômage
L'Insee mesure la situation du marché du travail avec quelques indicateurs.
- La population active regroupe les personnes qui ont un emploi (les actifs occupés) et les chômeurs. Les retraités, les étudiants qui ne travaillent pas et les personnes au foyer sont inactifs.
- Le taux d'activité rapporte la population active à la population totale de la même tranche d'âge.
- Le taux d'emploi rapporte les actifs occupés à la population totale de la même tranche d'âge.
- Le taux de chômage rapporte les chômeurs, au sens du BIT, à la population active (chapitre 4).
taux d'activité = (actifs occupés + chômeurs) / population de la tranche d'âge × 100
taux d'emploi = actifs occupés / population de la tranche d'âge × 100
taux de chômage = chômeurs / (actifs occupés + chômeurs) × 100
Au deuxième trimestre 2026, le taux de chômage était de 8,3 % en France (2,7 millions de personnes), en hausse de 0,7 point sur un an, et de 21,6 % chez les 15-24 ans. 1,9 million de personnes appartenaient au halo autour du chômage : elles souhaitent travailler, mais ne sont pas comptées comme chômeuses parce qu'elles ne cherchent pas activement ou ne sont pas disponibles tout de suite (Insee).
Les grandes évolutions du marché du travail
Le programme demande de « décrire les principales tendances du marché du travail ». En voici six, à illustrer avec le dossier.
- La tertiarisation. Les services représentent aujourd'hui la grande majorité des emplois, au détriment de l'industrie et de l'agriculture. Le numérique en fait partie.
- La hausse des qualifications. La part des cadres et des professions intermédiaires augmente, celle des ouvriers et des employés peu qualifiés diminue. Le diplôme protège du chômage.
- La polarisation des emplois. Les emplois très qualifiés (ingénieurs, experts) et les emplois peu qualifiés de service difficiles à automatiser (soin, livraison, nettoyage) progressent ; les emplois intermédiaires faits de tâches routinières (saisie, comptabilité de base, guichet) reculent, parce que les logiciels les automatisent.
- La numérisation et l'intelligence artificielle. Elles transforment le contenu des métiers plus qu'elles ne les suppriment en bloc : un technicien de support passe moins de temps sur les incidents répétitifs et plus sur les problèmes complexes ou la sécurité. Elles créent des métiers (administrateur cloud, analyste en cybersécurité, ingénieur des données) et en menacent d'autres.
- La diversification des formes d'emploi. Le contrat à durée indéterminée (CDI) reste la norme pour la majorité des salariés, mais les embauches se font majoritairement en contrats courts (CDD, intérim). Le travail indépendant se développe, avec le statut de micro-entrepreneur et le travail par l'intermédiaire de plateformes. Dans le numérique, les développeurs indépendants, payés à la journée, sont nombreux.
- Le télétravail et l'organisation du travail. Depuis la crise sanitaire, le télétravail partiel s'est installé dans les métiers qui le permettent, dont l'informatique. Il élargit la zone de recrutement des entreprises et change le management.
La segmentation du marché du travail
Le marché du travail n'est pas un marché unique où tous les travailleurs seraient en concurrence. Il est segmenté : il se divise en compartiments séparés, entre lesquels on circule difficilement.
- Le marché primaire rassemble les emplois stables : CDI à temps plein, salaires plus élevés, perspectives de carrière, formation, protection. Les salariés y sont souvent qualifiés.
- Le marché secondaire rassemble les emplois instables : CDD, intérim, temps partiel subi, faibles salaires, peu de formation. Les jeunes, les moins diplômés, une partie des femmes et des personnes d'origine immigrée y sont surreprésentés.
On parle aussi de dualisme entre les insiders, les salariés en place et protégés, et les outsiders, qui alternent contrats courts et chômage. Une entreprise peut organiser elle-même cette segmentation : un noyau de salariés en CDI qu'elle fidélise, et une périphérie de CDD, d'intérimaires et de prestataires qui absorbent les variations d'activité.
Dans le secteur informatique, la segmentation existe aussi. Les experts qualifiés sont recherchés, qu'ils soient salariés ou indépendants à des tarifs élevés ; les débutants sans expérience et les postes de support de premier niveau, plus facilement délocalisés ou automatisés, sont plus exposés à l'instabilité. La qualification et l'expérience font passer d'un segment à l'autre : c'est pourquoi l'alternance, qui donne les deux, est si efficace pour l'insertion.
Les déséquilibres du marché du travail
Le principal déséquilibre est le chômage : l'offre de travail dépasse la demande. Ses causes ont été présentées au chapitre 4 : une demande de biens insuffisante (chômage conjoncturel), un coût du travail jugé trop élevé pour certaines qualifications, une inadéquation entre les compétences des chômeurs et les besoins des entreprises (chômage structurel), le temps de recherche entre deux emplois (chômage frictionnel).
Le déséquilibre inverse existe en même temps : des difficultés de recrutement. Des entreprises ne trouvent pas les salariés qu'elles cherchent, et des postes restent vacants. Dans le numérique, les ESN peinent à recruter des profils expérimentés en cybersécurité, en cloud ou en développement, pendant que des chômeurs d'autres secteurs cherchent un emploi.
Cette coexistence s'explique par :
- l'inadéquation des qualifications : les compétences recherchées ne sont pas celles des personnes disponibles ;
- l'inadéquation géographique : les emplois sont dans les métropoles, les chômeurs parfois ailleurs, et le logement freine la mobilité ;
- l'attractivité de certains métiers (salaires, horaires, conditions de travail) ;
- le manque d'information : les entreprises et les candidats ne se trouvent pas.
Les politiques de l'emploi
La politique de l'emploi regroupe les interventions publiques destinées à réduire le chômage, à corriger les déséquilibres du marché du travail et à en limiter les conséquences. On distingue deux familles.
| Politiques passives | Politiques actives | |
|---|---|---|
| Logique | Accepter le niveau de chômage et en atténuer les conséquences | Agir pour augmenter l'emploi et le retour à l'emploi |
| Mesures | Indemnisation des chômeurs (assurance chômage), dispositifs de départ anticipé à la retraite | Formation des chômeurs et des salariés, accompagnement des demandeurs d'emploi, aides à l'embauche (apprentissage, jeunes, seniors), baisse des cotisations sociales sur les bas salaires, aides à la création d'entreprise, contrats aidés |
| Exemples | L'allocation d'aide au retour à l'emploi versée par l'assurance chômage | Le compte personnel de formation, les aides à l'embauche d'apprentis, l'accompagnement par France Travail |
Depuis le 1er janvier 2024, France Travail a remplacé Pôle emploi, en application de la loi pour le plein emploi du 18 décembre 2023. Depuis le 1er janvier 2025, les bénéficiaires du revenu de solidarité active (RSA) et les jeunes accompagnés par les missions locales y sont inscrits automatiquement, pour un accompagnement renforcé.
Les politiques de l'emploi utilisent aussi les leviers généraux : la politique de relance contre le chômage conjoncturel (chapitre 5), les politiques de formation contre le chômage structurel, les réformes du droit du travail (contrats, rupture, négociation d'entreprise) pour faciliter les embauches.
Un débat traverse ces politiques : faut-il plus de flexibilité (des règles plus souples pour embaucher et licencier, afin que les entreprises embauchent plus facilement) ou plus de sécurité (protéger les salariés et leurs revenus) ? La flexisécurité, inspirée du modèle danois, cherche à combiner les deux : des règles d'embauche et de licenciement souples, une indemnisation généreuse et un accompagnement intensif vers un nouvel emploi.
Ce que les évolutions du marché du travail changent pour l'entreprise
Une entreprise du numérique doit adapter sa gestion des ressources humaines à ce marché.
- Recruter autrement : former des alternants et des apprentis, recruter des profils en reconversion et les former, élargir la recherche grâce au télétravail.
- Fidéliser les compétences rares : salaires, formation, télétravail, projets intéressants, perspectives d'évolution. Le départ d'un expert coûte cher.
- Anticiper les besoins en compétences : c'est la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences, étudiée en management (cours CEJM management).
- Choisir la forme d'emploi adaptée : CDI, CDD, intérim, recours à des indépendants ou à la sous-traitance, dans le respect du droit du travail (cours CEJM droit).
Exercices
Exercice 1 sur 4 Calculer les indicateurs Réussi À revoir
Dans un pays, la population de 15 à 64 ans compte 40 millions de personnes. Parmi elles, 28,5 millions ont un emploi et 2,5 millions sont chômeurs au sens du BIT.
- Calcule la population active, le taux d'activité, le taux d'emploi et le taux de chômage.
- 400 000 chômeurs découragés arrêtent de chercher un emploi. Que deviennent le taux de chômage et le taux d'emploi ? Qu'en conclure ?
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 1
- Population active = 28,5 + 2,5 = 31 millions. Taux d'activité = 31 / 40 × 100 = 77,5 %. Taux d'emploi = 28,5 / 40 × 100 = 71,25 %. Taux de chômage = 2,5 / 31 × 100 = 8,1 % (8,06 %).
- Ils deviennent inactifs : chômeurs = 2,1 millions, population active = 30,6 millions. Taux de chômage = 2,1 / 30,6 × 100 = 6,9 % ; le taux d'emploi ne change pas (71,25 %), puisque personne n'a trouvé d'emploi. Le chômage baisse sans que la situation s'améliore : ces personnes rejoignent le halo autour du chômage. Il faut donc toujours lire le taux de chômage avec le taux d'emploi.
Tu avais trouvé ?
Exercice 2 sur 4 Les segments du marché du travail Réussi À revoir
Classe chaque emploi dans le marché primaire ou secondaire et justifie.
- Un ingénieur cloud en CDI dans un grand groupe, avec un plan de formation annuel.
- Un technicien de déploiement en intérim, missionné trois semaines pour installer des postes.
- Une développeuse en CDI chez Kerlog depuis six ans.
- Un étudiant en CDD de deux mois au support téléphonique d'un opérateur, à temps partiel.
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 2
- Primaire : emploi stable, qualifié, avec formation et perspectives.
- Secondaire : emploi temporaire, sans garantie de continuité ni formation.
- Primaire : CDI, ancienneté, compétences reconnues.
- Secondaire : contrat court, temps partiel, peu qualifié et peu protégé.
Tu avais trouvé ?
Exercice 3 sur 4 Actives ou passives ? Réussi À revoir
Classe chaque mesure et dis quelle forme de chômage elle vise surtout.
- Une formation de six mois en administration de réseaux pour des demandeurs d'emploi.
- Le versement d'une allocation à un salarié licencié.
- Une aide financière à l'entreprise qui embauche un apprenti.
- Un service en ligne qui met en relation les offres d'emploi et les candidats.
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 3
- Active ; elle vise le chômage structurel (adapter les compétences aux emplois disponibles).
- Passive ; elle atténue les conséquences du chômage, quelle que soit sa forme (et soutient la consommation, ce qui limite le chômage conjoncturel).
- Active ; elle vise l'insertion des jeunes, plus touchés par le chômage, et la qualification (chômage structurel).
- Active ; elle vise le chômage frictionnel (réduire le temps de recherche).
Tu avais trouvé ?
Exercice 4 sur 4 Recruter dans un marché tendu Réussi À revoir
Kerlog n'arrive pas à recruter deux administrateurs systèmes expérimentés depuis six mois. Dans le même temps, la région compte de nombreux demandeurs d'emploi. En t'appuyant sur les notions du chapitre, explique cette situation et propose deux solutions pour Kerlog.
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 4
Explication. Le marché du travail n'est pas unique : il est segmenté par qualification. Le marché des administrateurs expérimentés est en tension : la demande de travail des entreprises dépasse l'offre de travail disponible, parce que ces compétences sont rares. Les demandeurs d'emploi de la région n'ont pas ces compétences : c'est une inadéquation des qualifications, à l'origine d'un chômage structurel qui coexiste avec des difficultés de recrutement.
Solutions. Recruter des profils moins expérimentés ou en reconversion et les former, par exemple en alternance (un étudiant de BTS SIO option SISR) ou avec une préparation opérationnelle à l'emploi financée par France Travail ; renforcer l'attractivité du poste (salaire aligné sur le marché, télétravail partiel qui élargit la zone de recrutement, formations certifiantes) ; à court terme, recourir à un prestataire ou à un indépendant pour couvrir le besoin (chapitre 7).
Tu avais trouvé ?