Chapitre 815 minIntermédiaire
Le financement de l'entreprise : bilan, BFR et modes de financement
Par Josselyn C., prof de BTS SIO. Mis à jour le .
À la fin de ce chapitre, tu sauras
- relier un besoin de financement au cycle d'exploitation ou d'investissement ;
- lire un compte de résultat et un bilan simplifiés ;
- calculer le fonds de roulement, le BFR et la trésorerie ;
- choisir un mode de financement adapté à une situation.
4 exercices corrigés1 schéma
Financer l'entreprise, c'est trouver l'argent nécessaire à son activité courante (le cycle d'exploitation) et à ses investissements (le cycle d'investissement). Ce chapitre explique d'où viennent ces besoins, comment les lire dans le compte de résultat et le bilan, ce que sont le fonds de roulement, le besoin en fonds de roulement et la trésorerie, puis compare les modes de financement possibles. Il traite la question du thème 3 : « Quel financement pour l'entreprise ? »
Deux cycles, deux besoins de financement
Le cycle d'exploitation regroupe les opérations de l'activité courante, qui se répètent sans cesse : acheter, produire, vendre, encaisser. Il crée un besoin de financement parce que l'entreprise paie avant d'encaisser. Kerlog verse les salaires de ses techniciens à la fin de chaque mois, mais ses clients paient leurs factures d'infogérance 60 jours après les avoir reçues. Pendant deux mois, Kerlog avance l'argent. Plus l'activité grandit, plus cette avance grossit.
Le cycle d'investissement regroupe l'acquisition des biens durables : serveurs, véhicules, locaux, développement d'un logiciel, rachat d'une entreprise. L'entreprise dépense une grosse somme tout de suite, et l'investissement ne rapporte que progressivement, sur plusieurs années. Kerlog a investi 600 000 euros pour développer Helpix ; les abonnements remboursent cette dépense année après année.
| Cycle d'exploitation | Cycle d'investissement | |
|---|---|---|
| Opérations | Achats, salaires, ventes, encaissements | Acquisition de biens durables |
| Durée | Courte, renouvelée en permanence (quelques semaines ou mois) | Longue (plusieurs années) |
| Origine du besoin | Le décalage entre les paiements et les encaissements | La dépense initiale, récupérée lentement |
| Financement adapté | Court terme : crédit fournisseur, découvert, affacturage, et une part de ressources stables | Long terme : autofinancement, capitaux propres, emprunt, crédit-bail |
Le compte de résultat
Le compte de résultat récapitule l'activité de l'entreprise pendant une période, en général une année (l'exercice). Il compare les produits (ce que l'activité a rapporté : les ventes, principalement) et les charges (ce qu'elle a coûté : achats, salaires, impôts, intérêts, amortissements). La différence est le résultat : un bénéfice si les produits dépassent les charges, une perte sinon.
Le compte de résultat simplifié de Kerlog pour l'année, en milliers d'euros :
| Charges | k€ | Produits | k€ |
|---|---|---|---|
| Achats et charges externes (licences, matériel revendu, hébergement, loyers) | 2 100 | Chiffre d'affaires (infogérance, développements, abonnements Helpix) | 7 200 |
| Impôts et taxes | 100 | ||
| Salaires et charges sociales | 4 500 | ||
| Dotations aux amortissements | 250 | ||
| Résultat d'exploitation | 250 | ||
| Charges financières (intérêts des emprunts) | 30 | ||
| Impôt sur les bénéfices | 55 | ||
| Résultat net (bénéfice) | 165 |
Le résultat d'exploitation mesure la performance de l'activité elle-même : 7 200 − 2 100 − 100 − 4 500 − 250 = 250 k€. Après les intérêts (30) et l'impôt (55), il reste un bénéfice de 165 k€.
Les dotations aux amortissements méritent une explication. Un serveur acheté 5 000 euros et utilisé cinq ans ne compte pas 5 000 euros de charges l'année de l'achat : la comptabilité étale son coût sur sa durée d'utilisation, 1 000 euros par an. C'est une charge qui ne correspond à aucune sortie d'argent cette année-là : l'argent est sorti au moment de l'achat. C'est pourquoi on calcule la capacité d'autofinancement (CAF), l'argent que l'activité a réellement dégagé, en ajoutant les amortissements au résultat net : 165 + 250 = 415 k€ pour Kerlog (calcul simplifié).
Le bilan
Le bilan est une photographie du patrimoine de l'entreprise à une date donnée, en général le dernier jour de l'exercice. Il a deux colonnes, qui ont toujours le même total.
- L'actif décrit ce que l'entreprise possède et l'usage qu'elle a fait de ses ressources : les immobilisations (les biens durables), les stocks, les créances (ce que les clients et d'autres lui doivent), la trésorerie (l'argent en banque).
- Le passif décrit l'origine des ressources : les capitaux propres (l'apport des associés et les bénéfices conservés), les dettes financières (les emprunts), les dettes d'exploitation (envers les fournisseurs, le personnel, l'État et les organismes sociaux).
Le bilan simplifié de Kerlog, en milliers d'euros :
| Actif | k€ | Passif | k€ |
|---|---|---|---|
| Immobilisations (serveurs, logiciel Helpix, aménagements, véhicules) | 1 300 | Capitaux propres | 1 500 |
| Stocks (matériel à installer) | 50 | Emprunts bancaires | 600 |
| Créances clients | 1 440 | Dettes fournisseurs | 250 |
| Autres créances | 110 | Dettes fiscales et sociales (salaires, cotisations, TVA) | 900 |
| Trésorerie (disponibilités) | 400 | Abonnements Helpix encaissés d'avance | 50 |
| Total | 3 300 | Total | 3 300 |
Fonds de roulement, besoin en fonds de roulement et trésorerie
Pour juger l'équilibre financier, on regroupe les postes du bilan selon leur durée.
Le fonds de roulement (FR) est l'excédent des ressources stables sur les emplois stables. Il représente la part des ressources de long terme qui reste disponible, après le financement des immobilisations, pour financer le cycle d'exploitation.
FR = ressources stables − emplois stables
FR de Kerlog = (1 500 + 600) − 1 300 = 800 k€
Le besoin en fonds de roulement (BFR) est le besoin de financement créé par le cycle d'exploitation : ce que l'entreprise a avancé (stocks, créances) moins ce qu'on lui a avancé (dettes d'exploitation).
BFR = (stocks + créances d'exploitation) − dettes d'exploitation
BFR de Kerlog = (50 + 1 440 + 110) − (250 + 900 + 50) = 1 600 − 1 200 = 400 k€
La trésorerie nette est ce qui reste quand le fonds de roulement a financé le besoin en fonds de roulement.
trésorerie nette = FR − BFR
trésorerie nette de Kerlog = 800 − 400 = 400 k€
On la vérifie au bilan : 400 k€ de disponibilités, et aucun découvert. Kerlog est en bonne santé financière : ses ressources stables financent ses immobilisations et tout son besoin d'exploitation.
| Situation | Signification | Risque |
|---|---|---|
| FR positif et supérieur au BFR : trésorerie positive | Les ressources stables financent les immobilisations et le cycle d'exploitation | Aucun, sauf si la trésorerie est trop abondante et dort |
| FR positif mais inférieur au BFR : trésorerie négative | L'entreprise finance une partie de son exploitation par des découverts | Dépendance à la banque, frais financiers élevés |
| FR négatif | Des immobilisations sont financées par des ressources de court terme | Déséquilibre grave : l'entreprise peut ne plus pouvoir payer ses dettes |
La règle de l'équilibre financier en découle : les emplois stables doivent être financés par des ressources stables. On ne finance pas des serveurs qui serviront cinq ans avec un découvert remboursable dans le mois.
Pour réduire son BFR, l'entreprise peut raccourcir les délais clients (facturer plus tôt, relancer, proposer un escompte pour paiement rapide, faire payer d'avance), allonger les délais fournisseurs dans la limite de la loi, et réduire ses stocks.
Les modes de financement
| Mode | Principe | Avantages | Limites |
|---|---|---|---|
| Autofinancement | L'entreprise finance ses besoins avec l'argent qu'elle a dégagé (la CAF), moins les dividendes versés | Gratuit, pas de dette, indépendance totale | Limité par la rentabilité ; réduit les dividendes |
| Augmentation de capital | Les associés actuels ou de nouveaux associés apportent des fonds en échange d'actions ou de parts | Ressource durable, sans remboursement ; renforce la solidité et la capacité d'emprunt | Partage du pouvoir et des bénéfices (dilution) ; les investisseurs exigent une forte rentabilité |
| Capital-investissement, business angels | Des investisseurs spécialisés entrent au capital d'entreprises jeunes ou en croissance | Fonds importants, conseils, réseau | Perte d'une partie du contrôle ; objectif de revente avec plus-value |
| Emprunt bancaire | La banque prête une somme, remboursée avec intérêts | Pas de partage du pouvoir ; intérêts déductibles du résultat | Remboursement obligatoire même si l'activité baisse ; garanties exigées ; coût lié aux taux |
| Emprunt obligataire | L'entreprise emprunte directement aux investisseurs en émettant des obligations | Montants élevés, durée longue | Réservé aux grandes entreprises |
| Crédit-bail (leasing) et location | Un organisme achète le bien et le loue à l'entreprise, qui peut l'acheter en fin de contrat | Pas d'apport, le bien est financé à 100 % ; rapide | Coût total plus élevé qu'un achat ; l'entreprise n'est pas propriétaire pendant le contrat |
| Aides publiques | Subventions, avances remboursables, prêts de Bpifrance, crédits d'impôt | Coût faible ou nul | Dossiers longs ; conditions à respecter |
| Financement participatif | Une plateforme en ligne collecte auprès du public des dons, des prêts ou des prises de participation | Accès à des fonds sans banque ; fait connaître le projet | Montants limités ; exposition publique en cas d'échec |
Le cycle d'exploitation a aussi ses financements de court terme :
- le crédit fournisseur : payer ses fournisseurs à 30 ou 60 jours, ce qui revient à se faire financer par eux ;
- le découvert bancaire et la facilité de caisse : la banque autorise un solde négatif, rapide mais cher ;
- l'affacturage : l'entreprise cède ses factures clients à une société d'affacturage, qui la paie tout de suite moins une commission et se charge du recouvrement ;
- l'escompte et la cession de créances : la banque avance le montant de factures non encore payées.
Choisir un mode de financement
Le choix dépend de plusieurs critères, à appliquer au cas.
- La nature du besoin : un investissement durable se finance à long terme (capitaux propres, emprunt, crédit-bail), un besoin d'exploitation à court terme, avec une base de ressources stables (le fonds de roulement).
- Le coût : l'autofinancement ne coûte rien, le découvert coûte cher, les capitaux propres coûtent cher en contrôle et en dividendes.
- L'indépendance : les fondateurs qui veulent garder le contrôle préfèrent l'autofinancement et l'emprunt à l'entrée de nouveaux associés.
- La capacité d'endettement : une banque prête difficilement à une entreprise déjà très endettée ou dont les capitaux propres sont faibles. Les capitaux propres servent de garantie.
- La situation de l'entreprise : une start-up sans bénéfices ni historique n'obtient pas facilement de prêt ; elle lève des fonds auprès d'investisseurs et sollicite Bpifrance. Une PME rentable et établie finance ses investissements par autofinancement et emprunt.
- Le niveau des taux d'intérêt : quand ils montent, l'emprunt coûte plus cher, ce qui peut faire préférer l'autofinancement ou reporter un projet (chapitre 3).
Exercices
Exercice 1 sur 4 Analyser l'équilibre financier Réussi À revoir
Voici le bilan simplifié de DataSud, éditeur de logiciels, en milliers d'euros.
| Actif | k€ | Passif | k€ |
|---|---|---|---|
| Immobilisations | 900 | Capitaux propres | 600 |
| Créances clients | 700 | Emprunts | 350 |
| Autres créances d'exploitation | 50 | Dettes fournisseurs | 120 |
| Disponibilités | 30 | Dettes fiscales et sociales | 450 |
| Découvert bancaire | 160 | ||
| Total | 1 680 | Total | 1 680 |
- Calcule le fonds de roulement, le besoin en fonds de roulement et la trésorerie nette.
- Vérifie la trésorerie nette à partir du bilan.
- Diagnostique la situation et propose deux solutions.
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 1
- FR = (600 + 350) − 900 = 50 k€. BFR = (700 + 50) − (120 + 450) = 750 − 570 = 180 k€. Trésorerie nette = 50 − 180 = −130 k€.
- Disponibilités − découvert = 30 − 160 = −130 k€. Le résultat concorde.
- Le fonds de roulement, bien que positif, est trop faible pour financer le besoin en fonds de roulement : DataSud finance une partie de son exploitation par un découvert, cher et révocable par la banque. Les créances clients (700 k€) pèsent lourd. Solutions : renforcer les ressources stables (augmentation de capital, nouvel emprunt à moyen terme, mise en réserve des bénéfices) ; réduire le BFR en raccourcissant les délais clients (relances, facturation d'avance des abonnements, affacturage d'une partie des factures).
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Exercice 2 sur 4 Le poids des délais clients Réussi À revoir
Une ESN réalise un chiffre d'affaires de 3 600 000 euros TTC par an, régulier sur l'année. Ses clients paient en moyenne à 60 jours. On compte 360 jours dans l'année.
- Calcule le montant moyen de ses créances clients.
- Elle obtient de ses clients un paiement à 45 jours. Combien de trésorerie libère-t-elle ?
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 2
- Créances = 3 600 000 × 60 / 360 = 600 000 euros : à tout moment, deux mois de chiffre d'affaires restent à encaisser.
- À 45 jours : 3 600 000 × 45 / 360 = 450 000 euros. La baisse du BFR libère 150 000 euros de trésorerie, sans emprunt ni augmentation de capital.
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Exercice 3 sur 4 Choisir le bon financement Réussi À revoir
Propose un mode de financement adapté à chaque besoin et justifie.
- Kerlog veut renouveler sa flotte de six véhicules d'intervention sans immobiliser sa trésorerie.
- Une start-up de deux fondateurs, sans chiffre d'affaires, a besoin de 800 000 euros pour développer son logiciel.
- Une ESN rentable doit payer ses salaires de fin d'année alors que deux gros clients paieront en janvier.
- Kerlog, très rentable, veut racheter un concurrent de 15 salariés sans faire entrer d'associés.
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 3
- Le crédit-bail ou la location longue durée : les véhicules sont financés à 100 % sans apport, les loyers s'étalent sur la durée d'utilisation. Un emprunt bancaire serait aussi adapté.
- Une levée de fonds auprès de business angels ou d'un fonds de capital-investissement, complétée par des aides et prêts de Bpifrance : sans chiffre d'affaires, la start-up n'obtiendra pas de prêt bancaire classique, et son besoin est durable.
- Un financement de court terme : découvert autorisé, facilité de caisse ou affacturage des deux factures. Le besoin est passager, il ne justifie pas une ressource longue.
- L'autofinancement, complété si besoin par un emprunt bancaire : Kerlog finance un investissement durable avec des ressources stables, et garde le contrôle de son capital.
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Exercice 4 sur 4 Résultat, CAF et autofinancement Réussi À revoir
À partir du compte de résultat de Kerlog présenté dans ce chapitre :
- Calcule la valeur ajoutée (chiffre d'affaires − achats et charges externes).
- Calcule la capacité d'autofinancement simplifiée.
- Kerlog verse 65 000 euros de dividendes. Quel est le montant de l'autofinancement ? Suffit-il pour financer un investissement de 300 000 euros ?
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 4
- Valeur ajoutée = 7 200 − 2 100 = 5 100 k€ (le chiffre utilisé au chapitre 1).
- CAF = résultat net + dotations aux amortissements = 165 + 250 = 415 k€.
- Autofinancement = CAF − dividendes = 415 − 65 = 350 k€. Il suffit en principe pour un investissement de 300 k€, à condition que la trésorerie le permette au moment de la dépense. Kerlog peut aussi garder cet autofinancement pour d'autres projets et emprunter une partie, si le taux proposé est faible par rapport à la rentabilité attendue.
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