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Chapitre 117 minIntermédiaire

Les agents économiques et leurs échanges

Par Josselyn C., prof de BTS SIO. Mis à jour le .

À la fin de ce chapitre, tu sauras

  • identifier les agents économiques en relation avec une entreprise et leur rôle ;
  • distinguer flux réels et flux monétaires, et lire le circuit économique ;
  • classer un échange en marchand ou non marchand ;
  • reconnaître la concurrence, la coopération et la coopétition ;
  • classer les facteurs du macro-environnement avec la grille PESTEL.

3 exercices corrigés1 schéma

Un agent économique est une personne ou un groupe qui prend des décisions économiques : produire, consommer, épargner, prêter, emprunter. On en distingue quatre principaux, les ménages, les entreprises, les banques et l'État, auxquels s'ajoute le reste du monde. Ce chapitre explique le rôle de chacun, les échanges qui les relient et la façon dont une entreprise informatique s'insère dans ce réseau. Il ouvre la question du thème 1 : « Comment s'établissent les relations entre l'entreprise et son environnement économique ? »

L'entreprise, un système ouvert

Une entreprise ne vit pas seule. Pour fonctionner, Kerlog achète des ordinateurs, des licences et de l'électricité à des fournisseurs, emploie des salariés, emprunte à sa banque, paie des impôts et des cotisations, et vend ses services à des clients. Chacun de ces partenaires prend ses propres décisions, qui modifient la situation de Kerlog : un client qui réduit son budget informatique, une banque qui relève ses taux, un concurrent qui baisse ses prix.

C'est ce qu'on appelle l'environnement économique de l'entreprise : l'ensemble des agents avec lesquels elle échange et des marchés sur lesquels elle intervient. On distingue souvent deux cercles.

  • Le micro-environnement : les acteurs en relation directe avec l'entreprise, sur lesquels elle peut agir un peu. Clients, fournisseurs, concurrents, partenaires, banques.
  • Le macro-environnement : les grandes tendances qu'elle subit sans pouvoir les modifier. Croissance, inflation, réglementation, évolutions technologiques, démographie. On le passe en revue avec la grille PESTEL, présentée ci-dessous.

Les questions d'économie du thème 1 portent surtout sur le premier cercle : qui sont les agents, que s'échangent-ils, et comment fonctionnent les marchés qui les relient.

Le macro-environnement : la grille PESTEL

La grille PESTEL classe les facteurs du macro-environnement en six familles, pour repérer les opportunités et les menaces qu'ils créent pour une entreprise. C'est un outil de management (il sert au diagnostic externe), mais ses facteurs sont des notions d'économie et de droit que ce cours et le cours de droit expliquent.

LettreFacteurExemple pour Kerlog
PPolitique : stabilité, choix de l'État, commande publiqueLes collectivités qui numérisent leurs services lancent des appels d'offres (opportunité)
EÉconomique : croissance, inflation, taux d'intérêt, chômageLa hausse des taux de la BCE renchérit les crédits des clients, qui reportent leurs projets informatiques (menace)
SSocioculturel : démographie, modes de vie, attentesLe télétravail multiplie les postes à gérer et à sécuriser à distance (opportunité)
TTechnologique : innovations, nouveaux usagesL'intelligence artificielle automatise une partie du support de premier niveau (menace pour l'infogérance, opportunité pour Helpix)
EÉcologique : climat, énergie, déchetsLes clients veulent un numérique plus sobre : matériel reconditionné, durée de vie allongée (opportunité)
LLégal : lois et règlementsLe RGPD et les règles de cybersécurité imposent des mesures que les PME ne savent pas mettre en œuvre seules (opportunité de vente)

Les quatre agents économiques et leurs rôles

Chaque agent se définit par sa fonction principale, ce qu'il fait d'abord dans l'économie, et par l'origine de ses ressources.

AgentFonction principaleRessources principalesExemple dans le numérique
MénagesConsommer ; fournir leur travail ; épargnerSalaires, revenus du patrimoine, prestations socialesUn particulier qui s'abonne à un service de stockage en ligne ; une développeuse salariée
EntreprisesProduire des biens et des services marchands pour réaliser un profitLe chiffre d'affaires tiré de leurs ventesKerlog, un éditeur de logiciels, un fabricant de serveurs, un hébergeur
Banques (institutions financières)Financer l'économie : collecter l'épargne, accorder des crédits, gérer les paiementsLes intérêts et les commissionsLa banque qui prête à Kerlog pour acheter ses serveurs
État (administrations publiques)Produire des services non marchands, redistribuer les revenus, réguler l'activitéLes prélèvements obligatoires (impôts et cotisations sociales)L'État qui finance des écoles et des hôpitaux, l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI)

Deux agents complètent le tableau.

  • Le reste du monde regroupe tous les agents étrangers. Kerlog achète ses ordinateurs à un fabricant étranger (une importation), paie un hébergeur américain pour une partie de ses serveurs, et vend Helpix à quelques clients belges (une exportation).
  • Les associations (les institutions sans but lucratif au service des ménages, dans la classification de l'Insee) produisent des services non marchands : une association qui reconditionne des ordinateurs pour des familles, une fondation qui finance un logiciel libre.

Un même agent joue souvent plusieurs rôles. Un ménage est consommateur quand il achète un smartphone, offreur de travail quand il cherche un emploi, épargnant quand il place de l'argent sur un livret. Une entreprise est productrice, mais aussi cliente de ses fournisseurs, emprunteuse auprès de sa banque et contribuable pour l'État. À l'examen, nomme le rôle que joue l'agent dans la situation décrite, pas seulement sa catégorie.

Les opérations économiques

Les agents réalisent cinq grandes opérations.

  1. Produire. Créer des biens (des objets : un serveur, un câble) ou des services (une prestation : une maintenance, un hébergement, un abonnement à un logiciel). Le secteur informatique produit surtout des services.
  2. Répartir les revenus. La production rapporte des revenus : salaires pour les salariés, profits pour les entreprises et leurs propriétaires, intérêts pour les prêteurs, impôts pour l'État.
  3. Consommer. Utiliser des biens et des services pour satisfaire un besoin. La consommation des ménages est la consommation finale ; les biens et services qu'une entreprise utilise pour produire (l'électricité d'un centre de données, les licences de Kerlog) sont des consommations intermédiaires.
  4. Épargner. Garder la part du revenu qui n'est pas consommée.
  5. Investir. Acheter des biens durables qui serviront à produire plusieurs années : des serveurs, des locaux, un logiciel développé en interne.

La valeur ajoutée mesure la richesse qu'une entreprise crée elle-même : c'est la différence entre la valeur de sa production et celle des consommations intermédiaires qu'elle a utilisées. Si Kerlog vend pour 7,2 millions d'euros de services en une année et consomme pour 2,1 millions d'euros de licences, de matériel revendu, d'hébergement et d'énergie, elle crée 5,1 millions d'euros de valeur ajoutée. Cette valeur rémunère ensuite les salariés (salaires et cotisations), l'État (impôts), les prêteurs (intérêts), les associés (dividendes) et l'entreprise elle-même (ce qu'elle garde pour investir). La somme des valeurs ajoutées des entreprises et des administrations d'un pays, c'est le produit intérieur brut (PIB), étudié au chapitre 4.

Les échanges entre agents : le circuit économique

Les agents ne produisent pas tout ce dont ils ont besoin : ils échangent. Chaque échange crée deux flux de sens opposés.

  • Un flux réel : un bien, un service ou du travail qui passe d'un agent à l'autre.
  • Un flux monétaire : la somme d'argent qui le paie, dans l'autre sens.

Quand un salarié de Kerlog travaille un mois, il fournit son travail (flux réel, du ménage vers l'entreprise) et reçoit un salaire (flux monétaire, de l'entreprise vers le ménage). Quand il dépense ce salaire pour acheter un ordinateur, le flux réel va de l'entreprise au ménage et le flux monétaire du ménage à l'entreprise.

En reliant tous ces échanges, on obtient le circuit économique : une représentation simplifiée de l'économie, où chaque agent reçoit des flux et en émet. Ce qu'un agent dépense devient le revenu d'un autre.

État et administrations publiquesMénagesEntreprisesReste du mondeBanquestravailsalairesbiens, servicesconsommationimportationsleur paiementexportationsleur paiementimpôtsprestationsimpôtssubventions, commandesépargnecréditsflux réelflux monétaire
Le circuit économique simplifié : flux réels en trait plein, flux monétaires en pointillé

Certains flux du circuit n'ont pas de contrepartie directe. Les impôts et les cotisations sont des prélèvements obligatoires ; les prestations sociales et les subventions sont des transferts. Ce ne sont pas des échanges, mais des opérations par lesquelles l'État redistribue les revenus (chapitre 4).

Le circuit montre deux idées utiles pour l'examen.

  • Les agents sont interdépendants. Si les ménages consomment moins, les entreprises vendent moins, embauchent moins, et les revenus des ménages baissent à leur tour. Si l'État augmente ses dépenses, une partie devient le revenu des entreprises qui lui vendent. C'est ce mécanisme que l'État utilise dans une politique de relance (chapitre 5).
  • Les banques font circuler l'argent entre ceux qui ont des excédents (souvent les ménages, qui épargnent) et ceux qui ont des besoins de financement (souvent les entreprises, qui investissent). Leur rôle est détaillé au chapitre 3.

Échanges marchands et échanges non marchands

Un échange est marchand quand il se fait sur un marché, à un prix qui couvre au moins le coût de production : Kerlog vend ses abonnements Helpix à 29 euros par mois et par technicien, et ce prix couvre ses coûts et dégage un profit.

Un échange est non marchand quand le bien ou le service est fourni gratuitement ou à un prix très inférieur à son coût. Il est financé autrement que par la vente :

  • par les prélèvements obligatoires, pour les services publics : l'enseignement, la santé, la sécurité, les services en ligne de l'administration ;
  • par les dons et le bénévolat, pour les associations : une encyclopédie en ligne financée par des dons, un logiciel libre développé par une communauté ;
  • par d'autres revenus de l'entreprise : un service gratuit financé par la publicité ou par la vente d'une version payante, comme dans le modèle freemium étudié au chapitre 9.

Concurrence et coopération

Sur ses marchés, une entreprise rencontre deux types de relations avec les autres entreprises.

La concurrence. Des entreprises proposent des produits qui répondent au même besoin et cherchent à attirer les mêmes clients. Elle est directe quand les produits sont semblables (Helpix face aux autres logiciels de gestion de tickets) et indirecte quand les produits sont différents mais satisfont le même besoin (un tableur partagé, ou un service informatique interne qui gère ses tickets par courriel). La concurrence pousse les entreprises à baisser leurs prix, à innover et à soigner leur qualité. Le chapitre 2 montre comment elle forme les prix.

La coopération. Des entreprises s'associent pour atteindre un objectif qu'elles n'atteindraient pas seules. Les formes sont nombreuses :

  • un partenariat commercial : Kerlog est partenaire d'un éditeur de logiciels de sauvegarde, qu'elle installe chez ses clients en échange d'une remise ;
  • la sous-traitance : Kerlog confie une partie d'un développement à une petite entreprise spécialisée dans les applications mobiles (chapitre 7) ;
  • le groupement d'entreprises pour répondre ensemble à un appel d'offres trop gros pour une seule, fréquent dans les marchés publics informatiques ;
  • les réseaux et pôles de compétitivité, où entreprises, laboratoires et écoles d'un territoire travaillent ensemble sur des projets d'innovation ;
  • la normalisation : des concurrents s'entendent sur un standard commun pour que leurs produits fonctionnent ensemble (le Wi-Fi, l'USB, les formats de fichiers ouverts).

Quand des concurrents coopèrent sur un point tout en restant rivaux sur le reste, on parle de coopétition. Deux ESN rennaises qui se disputent les mêmes clients peuvent répondre ensemble à l'appel d'offres d'une région, parce que l'une apporte le réseau et l'autre le développement.

Application : les agents en relation avec Kerlog

Voici comment présenter, dans une copie, les relations de Kerlog avec son environnement économique.

AgentRôle dans la situation de KerlogCe que Kerlog donneCe que Kerlog reçoit
Ménages (ses 80 salariés)Offreurs de travailDes salairesDu travail et des compétences
Entreprises clientes (PME de la région, 1 400 abonnés à Helpix)Demandeurs de services informatiquesDes services : infogérance, développements, abonnementsLe paiement des factures (chiffre d'affaires)
Entreprises fournisseurs (matériel, licences, hébergeur)Offreurs de biens et servicesLe paiement des achatsDu matériel, des licences, de l'hébergement
Entreprises concurrentes (autres ESN, éditeurs de logiciels de tickets)Rivales sur les mêmes marchés ; parfois partenairesUne pression sur ses prixParfois des projets communs
BanqueFinanceurDes intérêts, des remboursementsUn prêt pour ses investissements, la gestion de ses paiements
État et collectivitésRégulateur, client, financeurDes impôts et des cotisationsDes marchés publics, des aides à l'innovation, un cadre juridique
Reste du mondeFournisseur et clientLe paiement des importationsDes ordinateurs importés, des clients étrangers

Exercices

Exercice 1 sur 3 Les agents et leurs rôles Réussi À revoir

Lis la situation, puis présente dans un tableau chaque agent économique, son rôle et le flux qu'il échange avec l'entreprise.

DataSud, éditeur montpelliérain d'un logiciel de comptabilité pour les artisans, vient d'obtenir un prêt de 150 000 euros de sa banque pour recruter trois développeurs. Ses 2 300 clients paient un abonnement mensuel. Le logiciel est hébergé chez un prestataire allemand. DataSud a reçu une aide de la région pour un projet de recherche avec l'université de Montpellier.

Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 1
AgentRôleFlux avec DataSud
BanqueFinanceurPrête 150 000 euros (flux monétaire vers DataSud) ; recevra des intérêts et des remboursements
Ménages (les trois développeurs recrutés)Offreurs de travailFournissent leur travail ; reçoivent un salaire
Entreprises clientes (les artisans)Demandeurs du logicielReçoivent le service ; paient un abonnement mensuel
Reste du monde (l'hébergeur allemand)FournisseurFournit l'hébergement (une importation de service) ; reçoit un paiement
État (la région, une collectivité territoriale)Financeur de l'innovationVerse une aide (flux monétaire sans contrepartie directe)
UniversitéPartenaire de recherche (administration publique)Coopère au projet ; échange de connaissances

Les artisans clients sont des entreprises, même quand ils travaillent seuls : ils achètent le logiciel pour leur activité professionnelle, pas pour leur consommation personnelle.

Tu avais trouvé ?

Exercice 2 sur 3 Flux réels ou flux monétaires Réussi À revoir

Pour chaque opération, indique le flux réel et le flux monétaire, avec leur sens.

  1. Un technicien de Kerlog travaille un mois.
  2. Kerlog achète 20 ordinateurs portables à un distributeur.
  3. Kerlog paie la cotisation patronale d'assurance maladie.
  4. Une PME cliente paie sa facture d'infogérance de mars.
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 2
  1. Flux réel : le travail, du ménage (le technicien) vers Kerlog. Flux monétaire : le salaire, de Kerlog vers le ménage.
  2. Flux réel : les ordinateurs, du distributeur vers Kerlog. Flux monétaire : le prix, de Kerlog vers le distributeur.
  3. Flux monétaire : la cotisation, de Kerlog vers la Sécurité sociale (les administrations publiques). Il n'y a pas de flux réel direct en échange : la contrepartie est la protection sociale des salariés, un service non marchand. C'est un prélèvement obligatoire.
  4. Flux monétaire : le paiement, de la PME vers Kerlog. Le flux réel (le service d'infogérance) a eu lieu en mars, avant le paiement : flux réel et flux monétaire ne sont pas toujours simultanés. Ce décalage crée un besoin de financement (chapitre 8).

Tu avais trouvé ?

Exercice 3 sur 3 Marchand ou non marchand, concurrence ou coopération Réussi À revoir

  1. Classe ces services en marchands ou non marchands : un abonnement à Helpix ; un cours en ligne gratuit d'une université publique ; une messagerie gratuite financée par la publicité ; un logiciel libre développé par des bénévoles ; une formation payante en cybersécurité.
  2. Kerlog et une autre ESN rennaise, Breizh Info, répondent ensemble à l'appel d'offres d'une communauté de communes pour l'infogérance de ses 40 sites. Le reste de l'année, elles se disputent les mêmes clients. Nomme cette relation et dis ce qui la rend licite.
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 3
  1. Marchands : l'abonnement à Helpix, la messagerie financée par la publicité (le service est gratuit pour l'utilisateur, mais l'entreprise vend des espaces publicitaires sur un marché), la formation payante. Non marchands : le cours en ligne d'une université publique (financé par les prélèvements obligatoires), le logiciel libre développé par des bénévoles (financé par le don de temps).
  2. C'est de la coopétition : les deux entreprises coopèrent sur un projet (un groupement pour répondre à un appel d'offres) tout en restant concurrentes ailleurs. Elle est licite parce qu'elle porte sur un projet précis, que le client connaît, et pas sur les prix qu'elles pratiquent chacune auprès de leurs autres clients. Si elles s'accordaient pour ne pas se faire concurrence sur certains clients, ce serait une entente interdite.

Tu avais trouvé ?

Chapitre terminé !

Fais les 3 exercices avant de passer à la suite : c'est en t'entraînant que tout se fixe.

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