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Chapitre 114 minIntermédiaire

Finalités de l'entreprise et parties prenantes

Par Josselyn C., prof de BTS SIO. Mis à jour le .

À la fin de ce chapitre, tu sauras

  • distinguer finalité, but et objectif ;
  • identifier les finalités d'une entreprise à partir d'un dossier ;
  • classer les parties prenantes et repérer leurs attentes ;
  • montrer que leurs intérêts peuvent converger ou diverger.

3 exercices corrigés1 schéma

Les finalités de l'entreprise sont les raisons profondes pour lesquelles elle existe : créer de la valeur et durer (finalité économique), faire vivre les personnes qui y travaillent (finalité sociale) et contribuer à la société (finalité sociétale). Les parties prenantes sont tous les acteurs qui influencent l'entreprise ou sont touchés par ses décisions. Ce chapitre explique ces deux notions du thème 1 de la CEJM, la façon de les repérer dans un dossier et leurs conflits.

Le management, c'est quoi ?

Le management est l'ensemble des actions qui permettent de diriger une organisation : fixer des objectifs, organiser les ressources pour les atteindre, animer les personnes, puis contrôler les résultats et corriger. Henri Fayol, l'un des premiers auteurs du management, en distinguait cinq dès 1916 : prévoir, organiser, commander, coordonner, contrôler. Un siècle plus tard, la liste tient toujours, même si l'on dit plutôt « animer » que « commander ».

En CEJM, le management est le champ qui analyse les choix de l'entreprise : pourquoi elle existe, comment elle s'organise, comment elle mobilise ses salariés, quelle stratégie elle suit. L'économie regarde son environnement (marché, État, conjoncture) et le droit regarde ses règles (contrats, travail, numérique) : tu retrouves ces deux autres regards dans les cours CEJM économie et CEJM droit.

Le programme parle d'organisation au sens large. Une entreprise est une organisation qui produit des biens ou des services pour les vendre. Une association, une collectivité ou un hôpital sont aussi des organisations, avec d'autres finalités. Les sujets de l'E4 portent presque toujours sur une entreprise du numérique : une ESN, un éditeur de logiciels, un hébergeur, une start-up.

Finalité, buts et objectifs : ne pas confondre

Trois mots reviennent dans les sujets et ne disent pas la même chose.

NotionDéfinitionHorizonExemple chez Kalidev
FinalitéLa raison d'être de l'entreprise, sa vocation durablePermanent« Rendre le numérique utile aux petites structures »
ButUne orientation générale qui traduit la finalitéLong termeDevenir l'ESN de référence des PME de la région
ObjectifUn résultat précis, chiffré et daté, qu'on peut contrôlerCourt ou moyen termeAtteindre 3 500 cabinets abonnés à Agendo fin 2027

Un bon objectif est SMART : spécifique, mesurable, atteignable, réaliste et temporellement défini. « Améliorer Agendo » n'est pas un objectif ; « réduire de 30 % le nombre de tickets de support liés à Agendo d'ici juin 2027 » en est un.

Les trois finalités de l'entreprise

Le programme demande d'identifier les finalités économique, sociale et sociétale de l'entreprise.

La finalité économique. L'entreprise crée de la valeur : elle produit des biens ou des services qui valent plus que ce qu'ils ont coûté. Cette valeur lui permet de dégager un profit, de rémunérer ses apporteurs de capitaux, d'investir et donc de durer (pérennité) et de grandir (croissance). Sans rentabilité, aucune entreprise privée ne survit longtemps. Pour Peter Drucker, la finalité de l'entreprise est d'abord de créer un client : le profit est la condition de la survie et la mesure de la réussite, pas le but en soi.

La finalité sociale. L'entreprise fait vivre les personnes qui y travaillent : elle crée des emplois, verse des salaires, forme ses salariés, leur offre des conditions de travail et des perspectives d'évolution. Elle tient compte des attentes de ses salariés, qui ne se limitent pas à la rémunération : sens du travail, reconnaissance, équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.

La finalité sociétale. L'entreprise a un impact sur la société et l'environnement au-delà de ses salariés et de ses clients : pollution, consommation d'énergie, emplois dans un territoire, accès de tous à un service. La finalité sociétale consiste à rendre cet impact positif ou, au moins, à le réduire quand il est négatif. C'est la logique de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE), détaillée au chapitre 3.

FinalitéQuestion qu'elle poseCe que fait Kalidev
ÉconomiqueL'entreprise crée-t-elle assez de valeur pour durer et se développer ?Résultat net de 610 000 € en 2025, réinvesti dans Agendo
SocialeLes salariés trouvent-ils dans l'entreprise un emploi, un revenu, des compétences ?30 recrutements en 2025, 4 jours de formation par salarié et par an
SociétaleL'activité est-elle bénéfique, ou au moins acceptable, pour la société et l'environnement ?Allongement de la durée de vie des postes des clients, écoconception d'Agendo

Raison d'être et société à mission

La loi PACTE du 22 mai 2019 a fait entrer la finalité sociétale dans le droit des sociétés, à trois niveaux qui s'empilent :

  1. Pour toutes les sociétés : l'article 1833 du Code civil dispose désormais que la société est gérée dans son intérêt social, « en prenant en considération les enjeux sociaux et environnementaux de son activité ».
  2. Pour celles qui le veulent : la société peut inscrire dans ses statuts une raison d'être, « constituée des principes dont la société se dote et pour le respect desquels elle entend affecter des moyens » (article 1835 du Code civil).
  3. Pour aller plus loin : la société peut prendre la qualité de société à mission. Ses statuts fixent alors une raison d'être et des objectifs sociaux et environnementaux ; un comité de mission suit leur exécution et un organisme tiers indépendant les vérifie.

Le modèle se diffuse : l'Observatoire des sociétés à mission comptait 2 411 sociétés à mission en France au 31 décembre 2025, et plusieurs ESN en font partie. Pour une entreprise du numérique, c'est un argument de recrutement auprès de candidats qui cherchent du sens, et un argument commercial auprès des clients publics attentifs à l'impact de leurs prestataires.

Les parties prenantes

Une partie prenante (stakeholder) est une personne ou un groupe qui influence l'entreprise ou qui est affecté par ses décisions. Le terme a été popularisé par Edward Freeman en 1984. On les classe de deux façons.

Internes ou externes. Les parties prenantes internes font partie de l'entreprise : dirigeants, salariés, actionnaires (on les range tantôt à l'intérieur, tantôt à l'extérieur ; justifie ton choix), représentants du personnel. Les parties prenantes externes sont autour : clients, fournisseurs, banques, concurrents, État et collectivités, associations, médias, riverains.

Contractuelles ou diffuses. Les parties prenantes contractuelles (ou primaires) sont liées à l'entreprise par un contrat : salariés (contrat de travail), clients (contrat de vente ou de prestation), fournisseurs, banques, actionnaires (statuts). Les parties prenantes diffuses (ou secondaires) n'ont pas de contrat mais subissent ou influencent son activité : État, collectivités, ONG, médias, communauté des utilisateurs, générations futures.

KalidevInternesDirigeantsSalariésActionnairesCSEExternes contractuellesClientsFournisseursBanquesExternes diffusesÉtatConcurrentsAssociationsCNILMédias
Les parties prenantes de Kalidev, des plus proches aux plus diffuses

Chaque partie prenante a des attentes envers l'entreprise et des moyens d'influence sur elle.

Partie prenanteSes attentesSon moyen d'influenceChez Kalidev
ActionnairesRentabilité, valeur de leurs parts, dividendesVote en assemblée, nomination des dirigeants, apport ou retrait de capitauxLes deux fondateurs (70 %) et un fonds régional entré en 2022 (30 %)
SalariésSalaire, emploi stable, intérêt du travail, formation, télétravailDémission, grève, représentants au CSE, réputation sur les sites d'avis118 salariés, dont 58 développeurs très demandés sur le marché
ClientsQualité, prix, délais, sécurité de leurs donnéesChoix d'un concurrent, avis en ligne, négociation140 PME et collectivités, 2 700 cabinets abonnés à Agendo
FournisseursPaiement à l'heure, volume de commandes, relation durablePrix, conditions, dépendanceHébergeur cloud certifié HDS, éditeurs de logiciels
BanquesRemboursement, solvabilitéOctroi ou refus de crédit, tauxPrêt de 800 000 € pour l'agence de Grenoble
État, collectivitésEmploi, impôts, respect du droitLois, contrôles, commande publique, aidesLa CNIL pour les données d'Agendo, les marchés publics des collectivités
Société civileComportement responsable, sobriétéMédias, boycott, campagnesAssociations de patients attentives aux données de santé

Convergences et divergences d'intérêts

Les parties prenantes ont parfois des intérêts convergents : la croissance de Kalidev profite à la fois aux actionnaires (valeur), aux salariés (emplois, évolution) et à la région (emplois, impôts). Elles ont souvent des intérêts divergents :

  • les actionnaires veulent des dividendes, les salariés des augmentations : le même bénéfice ne peut pas tout payer ;
  • les clients veulent des prix bas, les salariés de meilleurs salaires ;
  • les clients d'Agendo veulent de nouvelles fonctions vite, l'équipe de sécurité veut des tests et des audits qui ralentissent les livraisons.

Le rôle du dirigeant est d'arbitrer entre ces attentes. Deux visions s'opposent sur la façon de le faire.

Vision actionnarialeVision partenariale
Auteur de référenceMilton Friedman (« la responsabilité sociale de l'entreprise est d'accroître ses profits », 1970)Edward Freeman (théorie des parties prenantes, 1984)
L'entreprise sert…ses actionnaires (shareholders), propriétaires du capitall'ensemble de ses parties prenantes (stakeholders)
Le dirigeant est…le mandataire des actionnairesl'arbitre entre des intérêts légitimes
Mesure de la performanceLa valeur pour l'actionnaireUne performance globale : économique, sociale, environnementale

La loi PACTE penche vers la vision partenariale, sans abandonner l'intérêt des associés.

Hiérarchiser les parties prenantes : la matrice pouvoir-intérêt

Toutes les parties prenantes n'appellent pas la même attention. La matrice d'Aubrey Mendelow (1991) les classe selon deux critères : leur pouvoir sur l'entreprise et leur intérêt pour la décision étudiée. On en tire une stratégie pour chacune.

Intérêt faibleIntérêt fort
Pouvoir fortSatisfaire : les tenir informées, éviter qu'elles s'opposentAssocier : les impliquer dans la décision (acteurs clés)
Pouvoir faibleSurveiller : effort minimalInformer : les tenir au courant, écouter leurs remarques

Prends la décision de Kalidev d'augmenter le prix d'Agendo de 49 € à 59 € HT par mois. Les fondateurs et le fonds d'investissement sont des acteurs clés (pouvoir et intérêt forts). Les cabinets abonnés ont un intérêt fort et un pouvoir réel : ils peuvent résilier, donc il faut les informer tôt et justifier la hausse. La banque a du pouvoir mais peu d'intérêt pour cette décision : il suffit de la satisfaire.

À l'examen : identifier finalités et parties prenantes

Les questions reprennent les compétences du programme : « Identifiez les finalités de l'entreprise X », « Caractérisez les parties prenantes de X », « Montrez que les intérêts des parties prenantes peuvent diverger », « Repérez les attentes des parties prenantes ».

La méthode tient en trois temps :

  1. Définir la notion en une phrase (finalité, partie prenante).
  2. Repérer dans les annexes les indices précis : un chiffre, une citation du dirigeant, un extrait de la charte, une revendication des salariés.
  3. Qualifier chaque élément : quelle finalité, quelle partie prenante, interne ou externe, quelle attente, quel moyen d'influence.

Exercices

Exercice 1 sur 3 Finalité, but ou objectif ? Réussi À revoir

Classe chaque phrase extraite du rapport annuel de Kalidev : finalité, but ou objectif.

  1. « Nous voulons que chaque PME accède à un numérique simple et sûr. »
  2. « Ramener le délai moyen de résolution des incidents d'infogérance sous 4 heures ouvrées avant fin 2026. »
  3. « Devenir le premier logiciel de rendez-vous des kinésithérapeutes de la région Auvergne-Rhône-Alpes. »
  4. « Recruter 25 développeurs en CDI en 2027. »
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 1
  1. Finalité : c'est la raison d'être, sans horizon ni chiffre.
  2. Objectif : résultat chiffré (4 heures), daté (fin 2026), contrôlable.
  3. But : une orientation de long terme, mais sans mesure ni date précises. Pour en faire un objectif, il faudrait chiffrer la part de marché visée et fixer une échéance.
  4. Objectif : chiffré (25), daté (2027) et contrôlable.

Tu avais trouvé ?

Exercice 2 sur 3 Les finalités d'une ESN Réussi À revoir

Extrait d'un article sur l'ESN Datagone (fictive) : « Fondée en coopérative (SCOP), Datagone appartient à ses 60 salariés, qui détiennent la majorité du capital et élisent leur dirigeant. Elle met en réserve 45 % de ses bénéfices pour financer son développement. Depuis 2024, elle consacre 1 % de son chiffre d'affaires à des missions gratuites pour des associations d'insertion par le numérique. »

Identifie les finalités de Datagone en t'appuyant sur le texte.

Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 2
  • Finalité économique : Datagone dégage des bénéfices et en met 45 % en réserve « pour financer son développement » : elle cherche à durer et à croître.
  • Finalité sociale : elle appartient à ses salariés, qui élisent leur dirigeant : la répartition du pouvoir et du résultat est tournée vers les personnes qui y travaillent. C'est la finalité dominante d'une SCOP.
  • Finalité sociétale : 1 % du chiffre d'affaires sert des missions gratuites pour l'insertion par le numérique : elle cherche un impact positif au-delà de ses membres.

Tu avais trouvé ?

Exercice 3 sur 3 Parties prenantes et divergences Réussi À revoir

Kalidev envisage de délocaliser son support de niveau 1 (la première ligne qui répond aux appels des clients d'infogérance) chez un prestataire à Casablanca, pour réduire ce coût de 35 %.

  1. Cite quatre parties prenantes concernées par cette décision, en précisant si elles sont internes ou externes.
  2. Pour chacune, donne son attente et dis si cette décision la satisfait.
  3. Place-les dans la matrice pouvoir-intérêt et propose une stratégie pour la partie prenante la plus sensible.
Voir la réponseMasquer la réponse de l'exercice 3
  1. et 2. Par exemple :
Partie prenanteInterne ou externeAttenteEffet de la décision
Actionnaires (fondateurs, fonds)InterneRentabilitéFavorable : le coût du support baisse de 35 %
Techniciens du support (12 salariés)InterneGarder leur emploiDéfavorable : leurs postes sont menacés
PME clientesExterneQualité et rapidité du support, proximitéIncertain : risque de baisse de qualité, mais prix possiblement maintenus
Prestataire marocainExterneUn contrat durableFavorable
Représentants du personnel (CSE)InterneDéfendre l'emploi et les conditions de travailDéfavorable ; le CSE doit être consulté sur un projet qui modifie l'organisation
  1. Actionnaires : pouvoir et intérêt forts, à associer. Techniciens et CSE : intérêt très fort, pouvoir réel (consultation obligatoire du CSE, grève, départs) : ce sont les plus sensibles. Il faut les associer au projet tôt : expliquer les raisons, étudier les reclassements (vers le support de niveau 2 ou l'équipe Agendo), proposer des formations. PME clientes : intérêt fort, pouvoir réel mais dispersé (chaque PME pèse peu seule, mais toutes peuvent résilier) : les informer tôt et garantir la qualité par un engagement de service dans le contrat ; les plus gros clients, au pouvoir fort, sont à associer (test du nouveau support avant généralisation).

Tu avais trouvé ?

Chapitre terminé !

Fais les 3 exercices avant de passer à la suite : c'est en t'entraînant que tout se fixe.

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